[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1584351462979{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
Au XIIIe siècle, en Saxe, dans le monastère cistercien d’Helfta, sainte Mechtilde de Hackeborn devinait Dieu en regardant les blés : « Il y avait là un magnifique champ de blé où le Seigneur était assis […] des rossignols et des alouettes voltigeaient autour de lui ; les rossignols désignaient les âmes éprises d’amour et les alouettes celles qui accomplissaient leurs bonnes actions avec joie et mansuétude ». On sait de source sûre qu’Hilaire de Poitiers, au IVe siècle, contemplait les vaches dans les champs et en tirait de belles réflexions. Enfin, des témoins dignes de foi disent que Jésus, au Ier siècle, a imaginé quelques belles paraboles en regardant les paysages de Palestine, champs et vignes.
Ni dauphins ni anacondas, ni forêt primaire ni houle océane, mais des paysages. Ce qui se découvre quand on sort de la forêt, ce qui apparaît au détour du chemin, ce qui se révèle une fois tourné le coin de la maison. Des paysages si lentement façonnés par l’homme que l’on a longtemps oublié de considérer son action : le petit pont était aussi immémorial que la colline, la digue aussi évidente que le rocher, la mare aussi sûre que la rivière.
Et tous les hommes qui contemplent ces paysages, moissons à venir ou pâturages désolés, ville offerte du haut de la crête ou fenêtre illuminée au creux de la nuit, sentent monter en eux les pensées qui reconnaissent Dieu et forgent les civilisations.
Les grands chemins en pleine forêt, baignés d’une lumière verte, ou les sentiers courant le long d’une paroi rocheuse, ou les routes partageant également l’espace en « à droite » et « à gauche », tous les chemins traversaient des paysages, participaient aux paysages, étaient même des paysages quand il fait si sombre que seule la route claire luit encore un peu. Et tous les hommes qui contemplent ces paysages, moissons à venir ou pâturages désolés, ville offerte du haut de la crête ou fenêtre illuminée au creux de la nuit, sentent monter en eux les pensées qui reconnaissent Dieu et forgent les civilisations.
Lire aussi : Emmy Font, droite au but
Je ne veux pas dire que contempler un iceberg de l’intérieur, s’approcher d’un volcan en éruption ou piétiner des lianes en Amazonie ne procure aucune émotion esthétique ni le sentiment d’une nature écrasante et inhumaine, je veux dire que pour s’extasier sur les beautés sidérales, minérales, végétales et animales, et décider que l’homme doit prendre sa juste part de la préservation de ces beautés, il est nécessaire de passer par le paysage humanisé – qui comprend les ruines, de la grange écroulée à la pyramide aztèque – et qu’à ce compte tous les paysages sont bons, des vignes galiléennes aux rizières cambodgiennes, des immondes champs pétrolifères californiens aux step pes mongoles.
La nature est splendide, impassible et mythiquement vierge ; le paysage contient une histoire, il manifeste une civilisation, il prouve une alliance, il porte une promesse, même et surtout dans sa dévastation, il réclame le bien commun. Le paysage est de droite.
Tous les paysages nous disent que l’homme est capable de vivre avec la nature ou de la détruire, et cette destruction est effrayante en tous points du globe, sans qu’on puisse dire que l’anaconda est un symbole plus admirable que le bruant ortolan. La nature est splendide, impassible et mythiquement vierge ; le paysage contient une histoire, il manifeste une civilisation, il prouve une alliance, il porte une promesse, même et surtout dans sa dévastation, il réclame le bien commun. Le paysage est de droite.
Nota Bene. Cet article doit beaucoup à « Les milieux naturels et le sacré. Esquisse d’une biogéographie spirituelle de la nature », de Bertrand Sajaloli et Étienne Grésillon (Bulletin de l’Association de géographes français, 2019), à « L’exigence écologique chrétienne », de Jean Bastaire (Études, 2005) et à « Les réseaux hydrauliques du bocage charolais », de Dominique Fayard (Monumental, 2020).
Richard de Sèze
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





