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Le Québec contre la Reine

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Publié le

25 février 2019

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Québec contre la reine

Le 4 décembre, en déposant une motion au parlement provincial, pour abolir la prestation de serment d’allégeance à la reine Elizabeth II, le parti québécois a rappelé que son objectif restait l’établissement d’une république indépendante de la monarchie britannique, « l’ennemi héréditaire ».

 

Symboles du Québec, les fleurs de lys qui flottent fièrement le long du Saint-Laurent nous renvoient à la grande histoire de France, celle des explorations et des conquêtes. Ici on parle encore français et on le revendique. Pendant deux siècles, la Belle Province aura été une possession du royaume de France avant sa cession aux Britanniques en 1763, après la guerre de Sept ans, un événement illustré dans le roman de James Fenimore Cooper, Le dernier des Mohicans.

 

« Je me souviens » : la devise est inscrite sur le blason officiel d’une province en perpétuelle rébellion contre l’occupant britannique. Cette méfiance à l’égard de Londres subsiste toujours dans le subconscient de nos cousins d’Amérique et puise sa source dans le « Grand dérangement », cet épisode marquant de l’histoire française au Canada quand des milliers d’Acadiens furent déportés par les Anglais au XVIIIe siècle.

 

Lire aussi : L’édito monde de Hadrien Desuin : Vive le Français libre !

 

Pendant que la reine boit le thé…

 

Le Québec est logiquement la province canadienne où la monarchie constitutionnelle compte le moins de partisans. Selon un sondage du 25 mai 2018, à peine 17 % des Québécois soutiennent le maintien du statut quo actuel contre 68 % d’entre eux qui veulent sa fin. « Plusieurs raisons peuvent expliquer cela », indique Kevin Guillot, administrateur d’un site sur la monarchie britannique. « D’abord Elizabeth II est seulement représentée par un gouverneur général. Vivant au Royaume-Uni, elle ne peut se déplacer régulièrement sur ses terres canadiennes. Les Québécois ressentent cette absence comme un abandon. Ils ne peuvent continuer à être gouvernés par un monarque lointain qui se contente de déléguer ses pouvoirs à une tierce personne. Et si la reine a accompli pas moins de 22 visites au Canada, pour les plus récalcitrants de ses sujets francophones, elle n’est simplement pas là, elle boit le thé à Londres. »

 

« Savoir que leur futur monarque ne parle pas la seconde langue nationale est intolérable pour les Québécois » renchérit Kevin Guillot

 

« Ensuite l’avenir de la monarchie britannique ne réjouit pas les Québécois. Son fils, le prince Charles n’est pas très populaire. Beaucoup désirent voir le duc de Cambridge, William, succéder à sa grand-mère, ou mieux, que la monarchie canadienne tombe avec la mort de la reine. Pis, si la reine parle parfaitement le français, comme elle a encore su le démontrer lors du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, ce n’est pas le cas de Charles ou de William. Et savoir que leur futur monarque ne parle pas la seconde langue nationale est intolérable pour les Québécois », renchérit Kevin Guillot.

 

Des propos qui font écho à ceux de l’écrivain Luc Lavoie : « Je trouve que la monarchie britannique est une institution tellement dépassée qui s’est ridiculisée elle-même depuis 50 ans. On est dans une société moderne, on n’a pas d’attache avec l’Angleterre ». Au Québec, on préfère de loin honorer les révoltes des patriotes au XIXe siècle contre les tuniques rouges ou encore inviter le prince Jean d’Orléans en 2008 pour le 400e anniversaire de la fondation de la capitale quand le reste du Canada continue de festoyer en hommage à la reine Victoria.

 

Lire aussi : Mathieu Bock-Côté : « Il se pourrait bien que les Québécois redécouvrent l’idée d’indépendance »

 

Les deux référendums sur l’indépendance (1980 et 1995) ayant échoué, le porte-parole de la section québécoise de la ligue monarchiste canadienne, qui voue un culte à « the Queen », Etienne Boisvert, défend lui un « système qui fait partie de l’identité nationale et qui a apporté la démocratie au pays ». Alors, « oui, la couronne est associée à l’envahisseur anglais, mais on parle d’événements qui se sont déroulés il y a plus de 300 ans. Ce n’est plus du tout la même institution qu’autrefois » affirmait-il en 2011.

 

Patriotes contre tuniques rouges

 

Le mariage de l’héritier de la couronne comme celui de son frère ont été l’occasion pour les nationalistes québécois de verser dans la critique. Ici on trouve comme argument principal des souverainistes, dont les thèses ont largement été influencées par l’Action française, le coût de la monarchie britannique : « Au Québec, on n’a pas d’affaires à payer pour ça, mais tant qu’on reste dans le Canada, on y est obligé » avait martelé alors à 24hmontréal, le président du mouvement national québécois au nom évocateur, François Saint-Louis. Un faux débat qui fait mouche dans la société québécoise. Il oublie de dire que les Québécois, comme l’ensemble des Canadiens, ne versent aucun impôt à la Couronne britannique, y compris pour l’entretien de « la Citadelle », la résidence d’Elizabeth II à Québec, la capitale.

 

Au Québec, on préfère de loin honorer les révoltes des patriotes au XIXe siècle contre les tuniques rouges ou encore inviter le prince Jean d’Orléans en 2008 pour le 400e anniversaire de la fondation de la capitale quand le reste du Canada continue de festoyer en hommage à la reine Victoria.

 

Le regard que portent les jeunes québécois 2.0 sur cette monarchie est-il différent de celui de leurs aînés ? « Pour les milléniaux, une famille royale qui se contente d’accomplir des voyages officiels ne les intéresse pas. Ils semblent complètement détachés de ce système de gouvernance qu’est la monarchie constitutionnelle. Leurs origines britanniques sont très lointaines ou inexistantes. Ils expriment donc avec une certaine légitimité ne pas vouloir maintenir cette monarchie qui les gouverne », conclut Kevin Guillot. Les députés péquistes devront continuer à prêter serment de loyauté à la reine en attendant que leur rêve se réalise un jour, celui d’un… Québec libre.

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