L’actualité internationale a eu le mérite de rappeler à quiconque l’avait oublié qu’être une puissance militaire et disposer de moyens de défense dissuasif n’est pas qu’un luxe. Mais les leçons ne s’arrêtent pas là. Ne pas dépendre de puissances hostiles et avoir une certaine autonomie en termes de production est une perspective qui semble aujourd’hui enviable.
Certains décideurs publics et privés occidentaux se sont récemment emparés de cette question, c’est le cas en ce qui concerne les semi-conducteurs, composants fabriqués majoritairement à partir de silicium. Ces puces similaires à des cerveaux électroniques, dont de multiples appareils modernes sont dépendants (scanners IRM, smartphones, voitures, 5G, consoles de jeu et ordinateurs en tout genre…), sont aujourd’hui le nerf d’une guerre économique et stratégique.
La pénurie due au covid 19 a, dans le domaine de l’automobile par exemple, au mieux forcé certains constructeurs à changer leurs compteurs numériques par des compteurs à aiguille, au pire empêché la production au niveau mondial de 7,7 millions de véhicules en 2021.
La pénurie due au covid 19 a, dans le domaine de l’automobile par exemple, au mieux forcé certains constructeurs à changer leurs compteurs numériques par des compteurs à aiguille, au pire empêché la production au niveau mondial de 7,7 millions de véhicules en 2021. Cela avait d’ailleurs poussé Emmanuel Macron à annoncer un plan d’investissement de 6 milliards d’euros fin 2021 afin de doubler la production de ces précieuses puces au niveau national et de sécuriser leur approvisionnement.
Mais ce qui inquiète le monde occidental bien plus qu’une production momentanément gelée par cette épidémie, c’est que Taïwan, où sont fabriqués environ 70% des semi-conducteurs à l’échelle mondiale, risque de prochainement passer sous pavillon chinois.
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Cette île stratégique qui, comme chacun sait, voit son indépendance discutée depuis plusieurs années (la contestation de la souveraineté du territoire datant de sa scission avec la République populaire de Chine en 1949) a notamment essuyé à l’occasion du centenaire du Parti Communiste Chinois la déclaration du président Xi Jinping suivante le 1er juillet 2021 : « Résoudre la question de Taïwan et réaliser la réunification complète de la patrie sont les missions historiques et indéfectibles du Parti Communiste Chinois, tout comme elles sont l’aspiration commune du peuple chinois ».
Plus récemment encore, en pleine invasion de l’Ukraine, cette île reconnue par le pouvoir central chinois comme étant sa 23e province s’est fait survoler par 9 avions chinois au sein de la zone de défense aérienne. Ce n’est cependant qu’une des nombreuses manifestations d’hostilité envoyées par la Chine ces derniers temps. Pour rappel, 969 incursions ont eu lieu dans la même zone en 2021, contre 380 en 2020.
Le problème est qu’en cas d’annexion, la Chine risquerait de gravement compromettre la coopération de l’industrie taïwanaise avec les grands groupes alliés de l’Occident: Google, Apple, Nvidia mais aussi Samsung, Toyota et bien d’autres. Or, cette technologie requiert non seulement des matières premières, mais surtout des machines et de la technologie de très haute ingénierie (les dernières puces sont gravées en 5 ou 7 nanomètres afin d’améliorer les leurs performances et de réduire leur consommation). C’est pourquoi des gouvernements tout comme des entreprises se sont mis à investir massivement dans le secteur des semi-conducteurs. Les États-Unis, à l’avant garde sur cet enjeu majeur, ont prévu un investissement de 50 milliards d’aide au rapatriement et à la construction d’usines pour les entreprises volontaires du secteur.
Les États-Unis, à l’avant garde sur cet enjeu majeur, ont prévu un investissement de 50 milliards d’aide au rapatriement et à la construction d’usines pour les entreprises volontaires du secteur.
Plus directement, le Japon a promis à l’entreprise TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, la plus grosse fonderie indépendante de semi-conducteurs au monde) et à Sony une enveloppe de 10 milliards d’euros pour la construction d’une usine de puce à semi-conducteurs sur le sol japonais. L’Union européenne, sous l’impulsion du commissaire européen Thierry Breton, souhaite, lui, quadrupler la production de semi-conducteurs sur le sol européen d’ici à 2030 via un plan d’investissement massif. C’est également le cas pour des entreprises comme Apple ou Samsung, qui construisent actuellement des usines respectivement en Arizona et au Texas pour des investissements de 38 et 15 milliards de dollars.
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Si une inversion du sens de l’histoire peut donc être espérée, il est cependant dommage que l’Occident ait mis tant de temps à sortir de sa naïveté mondialiste et de sa dépendance. Même si revirement il y a, il ne sera probablement jamais égal à celui de la désindustrialisation passée. Pour rappel, en 2020, si les entreprises américaines représentaient encore 48 % des ventes mondiales de ces puces, elles étaient seulement 12 % à être produites aux États-Unis, contre 37 % en 1990.
En plus d’une dépendance bien connue à la Chine pour les produits manufacturés, une dépendance énergétique nouvellement mise en lumière avec le conflit ukrainien (sans parler des matières premières comme le blé) vient donc s’ajouter une dépendance technologique qui pourrait s’avérer compromettante pour les conflits à venir.
Reste donc à savoir si les décideurs publics et privés qui réagissent aujourd’hui n’ont pas mis trop de temps à écarter leurs œillères idéologiques car la robotisation, si elle est une étape nécessaire, ne suffira pas à elle seule à lutter contre la vassalisation industrielle de l’Occident.





