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Le retour des exorcistes

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Publié le

21 mai 2018

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exorciste

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Chassez le surnaturel, il revient au galop, disait l’autre. Manifestement, le temps des exorcistes est revenu en France. Ni psys, ni torquemadas, ces traqueurs de démon new look combattent discrètement le mal au coeur du monde.

 

« La plus grande ruse du diable est de nous persuader qu’il n’existe pas », disait Baudelaire, pointant l’enthousiasme béat de ses contemporains pour les progrès des Lumières. Force est de constater que cette formule est plus que jamais d’actualité. Relégué au statut de symbole, le Diable a mué de diviseur (diabolos en grec) à rassembleur (symbolon), ce qui a tout d’une hérésie. Cependant, il subsiste encore aujourd’hui une profession dont on ne soupçonnait même plus l’existence : les exorcistes. Le père Georges Berson, prêtre exorciste du diocèse de Paris, fait partie de cette poignée d’hommes qui ont dédié leur vie au combat contre Satan. Après avoir répondu favorablement à ma demande d’entretien, il me reçoit dans un bureau étriqué et austère à l’Accueil Saint Michel, avec pour seules décorations un crucifix et un tableau de l’Archange Michel. Exerçant à quelques centaines de mètres du cimetière du père Lachaise, il a travaillé dans l’aérospatiale dans une première vie. Les bobos du XIe arrondissement seraient sans doute étonnés qu’au cœur même de leur quartier subsistent de telles pratiques d’un autre temps. Prêtre à l’ancienne, Georges Berson semble tout droit issu des pages d’un roman de Bernanos. Depuis qu’il est en poste, il ne chôme pas! En effet, la France n’est pas en reste du côté de cette pratique. Il y a une centaine de prêtres exorcistes aujourd’hui, soit un par diocèse, alors qu’ils n’étaient encore qu’une quinzaine en 1977. Enfin, l’Hexagone est le seul pays catholique à abriter un congrès annuel des exorcistes, lequel mêle théologiens, prêtres et psychiatres.

À la différence des exorcismes dits « mineurs » qui consistent essentiellement dans des prières de libération, les exorcismes majeurs nécessitent le recours au rituel romain

Nommé il y a 11 ans, le père Berson traite aujourd’hui 2 500 demandes par an. À titre de comparaison, son prédécesseur le père Maurice Bellot, qui a occupé le même poste de 1994 à 2008, n’en recevait que 1 500. Le nombre de demandes qui débouchent sur un exorcisme dit « majeur », c’est-à-dire visant à libérer le possédé du démon, a aussi considérablement augmenté, passant de 15 il y a une dizaine d’années à une petite cinquantaine aujourd’hui. Certes, ce chiffre est minime mais est-ce étonnant dans une société largement déchristianisée comme la nôtre ? L’exorcisme est d’abord un acte religieux. À la différence des exorcismes dits « mineurs » qui consistent essentiellement dans des prières de libération, les exorcismes majeurs nécessitent le recours au rituel romain. Codifié pour la première fois en 1614, ce dernier a été réformé par Rome et validé sous sa forme actuelle par Jean-Paul II en 1998. Décrit dans un livre à la couverture en simili cuir rouge, De exorcismis et supplicationibus quibusdam (« Des exorcismes et des prières qui s’y rapportent »), dont la diffusion reste limitée aux seuls évêques et aux prêtres exorcistes, le nouveau rituel accorde une place prépondérante aux formules déprécatives (prières adressées à Dieu), même si les formules imprécatives (injonctions à Satan de se retirer du corps du possédé) n’ont pas disparu pour autant.

 

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Depuis l’affaire des possédées de Loudun, beaucoup d’eau (bénite) a coulé sous les ponts. Aujourd’hui, le prêtre exorciste a d’abord une tâche de « discernant »: il lui appartient de trier les demandes en distinguant les cas de possession authentiques de ceux relevant de la psychiatrie. Pour cela, il s’appuie sur des écoutants chargés de faire une première sélection. « Il y a des signes comme une haine du crucifix, de la vierge, de l’Église, du prêtre. La personne peut révéler des choses qu’elle ne connaît pas et qu’elle ne peut pas connaître normalement. Par exemple, la personne peut rappeler au prêtre certains de ses péchés. La personne peut parler une langue qu’elle n’a jamais apprise. Aucun de ces signes n’est un signe absolu de possession diabolique », explique le père Georges Berson. Le rituel réformé de l’exorcisme exige que l’on n’ait recours à l’exorcisme que dans les cas où la psychiatrie s’est révélée incompétente. Il faut dire que certains faits divers ont fait jurisprudence par le passé comme la célèbre affaire Anne-Liese Michel, cette jeune catholique allemande décédée de faim et de déshydratation en 1976 après avoir subi 67 exorcismes en 10 mois. Contrairement aux idées reçues, la frontière entre psychiatres et exorcistes est devenue poreuse depuis longtemps.

Le rituel réformé de l’exorcisme exige que l’on n’ait recours à l’exorcisme que dans les cas où la psychiatrie s’est révélée incompétente

À ce propos, rappelons qu’il existe depuis 1994 une définition du « délire de possession » dans le DSM-IV, un manuel à vocation internationale qui répertorie les troubles mentaux. La distinction entre possession démoniaque et hystérie est parfois difficile à établir. Pour cela, des passerelles ont été établies entre psychiatres et prêtres exorcistes. « C’est rare mais il arrive qu’un psychiatre nous envoie des gens parce qu’il estime que cela relève peut-être de notre compétence », explique à ce sujet le prêtre. Outre les traditionnels spasmes du possédé, l’exorciste assiste parfois à des scènes spectaculaires, notamment des cas de xénolalie. « Il est arrivé une fois qu’un possédé me parle en néerlandais avec un parfait accent d’Amsterdam après que j’ai dit au diable de sortir en néerlandais. Le diable a répondu qu’il ne voulait pas sortir et qu’il était mieux là où il était qu’en enfer », raconte-t-il.

 

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Il arrive aussi que le père Berson reçoive des demandes de la part de non-catholiques, y compris des musulmans ou des juifs. Certaines personnes lui ont même été envoyées par un imam. Concernant le profil type des personnes faisant des demandes d’exorcisme, il met en évidence la dimension éminemment culturelle de ces dernières: « On a 80 % de femmes et 20 % d’hommes. On a 65 % de personnes qui viennent soit des Antilles, soit de l’Afrique noire. Sur les 35 % de blancs qui restent, il y en a environ la moitié qui sont portugais. Il y a un élément culturel important derrière les demandes. » De toute évidence, ces chiffres traduisent le degré de déchristianisation des populations de souche. Autre signe des temps : les charlatans qui monnayent leurs services se multiplient, comme cet « exorciste » autoproclamé qui se fait facturer 155 € de l’heure pour libérer des immeubles parisiens de l’emprise du Malin et auquel le journal The Economist a récemment consacré un reportage. Par ailleurs, les demandes d’exorcisme cachent toujours une souffrance psychologique.

Autre signe des temps : les charlatans qui monnayent leurs services se multiplient, comme cet « exorciste » autoproclamé qui se fait facturer 155 € de l’heure pour libérer des immeubles parisiens de l’emprise du Malin

« Dans les cas d’exorcismes majeurs, il y a presque toujours un terrain propice du fait de traumas dans l’enfance comme des viols ou des incestes. C’est presque toujours le cas. Sur ce terrain fragilisé, il y a eu une prise de risque par la personne: soit elle s’est mise à invoquer les morts, soit elle a fait du spiritisme, soit elle a fait tourner les tables, soit elle fait partie de groupes de musique sataniste », dit à ce propos le père Berson. Aux personnes qui ne jurent que par la psychiatrie pour expliquer les phénomènes de possession, ce dernier ré- pond que chaque personne relève à des degrés divers de la psychiatrie. Enfin, il rappelle que l’exorciste a d’abord un rôle d’écoute : « Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon exorciste ? D’abord, l’obéissance à l’Archevêque. Et puis il faut s’efforcer d’être un bon chré- tien et un bon prêtre. La première chose c’est de se taire et d’écouter la personne. Il faut avoir des qualités d’accueil, d’écoute et de bienveillance. »

Certes, l’exorciste n’est pas un psychiatre en soutane. Mais les deux professions n’ont-elles pas le même but, à savoir libérer les hommes du mal qui les terrasse ? Contrairement à son prédécesseur Maurice Bellot qui a publié un livre d’entretiens sur le sujet avec un psychiatre, le père Georges Berson croit en l’existence du Diable : « Le diable est un être spirituel déchu. Ce n’est pas une entité. Ce n’est pas non plus un symbole. Dire cela est contraire à la foi de l’Église. […] Beaucoup de prêtres après 68 sont tombés dans le panneau. Je ne chercherais pas chez eux l’expression de la foi de l’Église. » Exorcistes de tous pays, unissez-vous! Il devient urgent d’exorciser la modernité.

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