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Le sélectron des livres misogynes qui vous donneront, mesdames, envie de retourner dans la kouizine

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Publié le

18 novembre 2020

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L’heure est à la glorification la plus obséquieuse des femmes. À L’Incorrect, nous n’avons jamais eu le goût des louanges unanimes. Nous vous proposons donc aujourd’hui un sélectron des œuvres les plus génialement misogynes de la littérature françaises. Sans rancune dames et demoiselles, vous savez que les amours les plus fous sont les plus taquins.

1- Les Jeunes Filles, Montherlant

En toute honnêteté, le roman star qui enflamma les années 1920 a inspiré ce sélectron et aurait pu lui suffire. La misogynie littéraire française, dans tout le raffinement de sa muflerie, c’est depuis Les Jeunes Filles et pour toujours, Montherlant. Ce roman d’une cruauté inouïe examine froidement, à travers le regard de son héros Pierre Costals, séducteur impénitent, les aspirations de celles dont le sourire est l’étincelle de tous les feux du monde, les femmes entre leur majorité et leur mariage. Qu’en déduit Montherlant ? Qu’elles s’ennuient mortellement, qu’elles n’attendent le salut que d’un mari qui les ouvrira enfin à la vie, qu’elles sont, en somme, l’exact opposé du moule de la femme forte et indépendante où l’on voudrait aujourd’hui les couler. On voit l’aveuglement de leur espoir de mariage alors que les hommes n’ont à leur offrir que le désintérêt ou les étreintes rapides, on voit jusqu’où elles sont prêtes à s’humilier par amour et à quel point elles sont capables de détester quand cet amour s’évanouit.

Bien sûr, Montherlant est un con qui ne comprend rien ni à la beauté de l’amour, ni à celle de l’éternel féminin ou de la complémentarité entre les sexes. Cependant, rappeler à quel point il fut adoré par les femmes alors qu’il les avaient dépeintes si cruellement interroge. N’aimeraient-elles pas un peu les hommes qui les détestent ? Essayez donc, quand les soirées seront de nouveau autorisées, d’y lancer quelques propos misogynes. Vous sentirez les regards féminins s’illuminer d’un courroux gourmand et, rapidement, leur haine vous couvrir amoureusement. Vous finirez peut-être même par en ramener une chez vous et par l’épouser, vous verrez.

2 – Madame Bovary, Flaubert

Vous avez trop longuement étudié les bêtises d’Emma en quatrième pour que l’on s’attarde sur son cas. Emma, c’est ce qu’on appelle désormais dans le langage fleuri de la rue une petite tchoin. Elle trompe son mari avec deux amants dont elle attend l’amour fou alors qu’ils ne la voient que comme une conquête supplémentaire et l’oublieront bien vite. Cette idiote plaque sur tous les événements  sordides qu’elle vit une poésie romantique mal ingurgitée, baigne sans cesse dans le ridicule lorsque l’on saisit l’ironie cinglante de Flaubert. Elle finira par causer la perte de sa famille après s’être endettée en courant après un train de vie qui n’était pas sien.

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Oui, Emma symbolise la sauvagerie toujours contenue dans le sentimentalisme féminin. Madame  Bovary est un crachat à la face des femmes. Malgré tout, on ne peut s’empêcher d’aimer Emma, seul personnage qui possède un tant soit peu le sens de la grandeur au milieu de cette société de province normande qui étouffe de sa médiocrité, seul être qui ressente l’appel immense de l’existence, même avec une maladresse terrible, alors que la bourgeoisie qui l’entoure pourrit dans une autosatisfaction sordide. Emma, salope magnifique, si nous te détestons, c’est peut-être parce que nous ne nous sentons pas capables de combler la faim dévorante de vie qui t’agite.

3- Le Colonel Chabert, Balzac

C’est sûrement du bonapartisme de l’auteur de ses lignes que provient la haine qui s’apprête à s’y exprimer. La comtesse Ferraud, antagoniste du roman, viole en effet un des moments les plus glorieux de notre histoire nationale, la charge d’Eylau de 1808. C’est après sa participation à cette charge que son ex-mari, le colonel Chabert, est annoncé mort. En fait, il a survécu et, après une bataille judiciaire pour faire reconnaître son identité en Allemagne, il revient en France en 1817 pour retrouver sa femme et ses biens. Malgré tout, pendant ce temps, sa femme l’a complètement oublié, s’est mariée à un homme riche, le comte Ferraud, et a liquidé ses biens. La vilaine n’a en plus jamais répondu aux lettres qu’il lui a écrit pour lui assurer qu’il était encore en vie. À son retour de Paris, elle refuse de le reconnaître comme son ancien mari, et s’ensuit quelques péripéties que nous ne vous révélerons pas, au cas où certains n’auraient pas lu le court roman.

La comtesse Ferraud, au contraire d’Emma, est une femme intéressée et vénale, incapable d’un amour sincère. Elle est une autre figure des écueils de la féminité. Dans Le Colonel Chabert, l’homme incarne la constance de l’amour contre le cynisme pur. Il n’y a rien à sauver chez l’ex-femme du colonel, oublions-la vite car elle risquerait de pousser à des extrémités tout à fait scandaleuses notre misogynie déjà fort bien portante.

4 – Manon Lescaut, Abbé Prévost

Manon, Manon… voilà une femme qui causa la perte d’un jeune homme excellent, le chevalier des Grieux. Le danger de la femme qui détourne du droit chemin de la vie par ses désordres, voilà ce que représente Manon. Les deux jeunes gens ne pourront jamais vivre un amour heureux plus de quelques semaines avant que les plans machiavéliques de la jeune femme pour se procurer de l’argent ne les mettent en danger de mort ou ne les fasse enfermer, avant que le capharnaüm qui accompagne tous ses actes ne les rattrape.

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Manon, c’est l’amour toujours fuyant d’une femme trop légère, trop aérienne, pour être enfermée dans une relation stable. C’est la figure première de la femme, celle qui cause de la chute de l’homme, celle d’Ève. Malgré tout, comme pour Emma, on ne peut s’empêcher d’être fasciné par son ingéniosité, par sa fougue. La différence est que, contrairement à l’héroïne de Flaubert qui s’illusionne, Manon vit vraiment l’aventure, son destin y est irrémédiablement lié. Notre détestation pour elle grandit donc en même proportion que notre admiration.

5 – Le Misanthrope, Molière

De la misanthropie à la misogynie, la science des préfixes nous apprend qu’il n’y a qu’un pas. Nous ne sommes qu’à une haine près. Parlons donc pour conclure ce sélectron de Célimène, l’amante terrible de ce bon Alceste que nous adorons. Lui, tout le monde connaît sa haine légitime de l’humanité et de son hypocrisie. Oui, il jette son mépris à la face de Philinte et d’Oronte, les accable de son dégoût. Seulement, il aime la belle Célimène, Célimène qui excelle dans les bons mots assassins, Célimène qui s’amuse de la passion que lui portent tant de jeunes hommes, qui excite leurs espoirs avant de les moquer. Alceste, qu’elle préfère à tous les autres, lui propose de vivre leur amour retirés loin de la fange du monde. Malgré son affection, elle ne peut s’y résoudre, elle est trop attachée aux plaisirs frivoles des salons. Elle refuse la perspective de l’amour pur de la bassesse humaine que lui ouvre Alceste, elle étouffe la passion par légèreté, parce qu’elle n’en a pas le courage. Cette lâcheté de Célimène justifie à elle seule sa place dans le classement.

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