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Le trumpisme survivra-t-il ?

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Publié le

15 décembre 2020

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Malgré sa défaite il y a presque un an, Trump songe déjà à lever des fonds pour les prochaines élections et envisage même de créer une télévision. Il continuera de compter au sein du Parti républicain et du débat politique. Pour analyser l’extrême division de la société américaine, nous nous sommes entretenus avec l’écrivain Guy Millière, ex-maître de conférences à Paris VIII qui vit aux États-Unis et qui vient de publier Après Trump ? (Balland, 2020).
Trump

Comment envisagez-vous le mandat de Joe Biden et donc l’après Trump, sachant qu’il y a peu de chances que les procès intentés par l’équipe Trump débouchent sur une invalidation ?

Si Joe Biden accède à la présidence, il sera le Président le plus illégitime de toute l’histoire des États-Unis. Et si les Républicains conservent une faible majorité au Sénat, ce qui sera le cas s’ils gagnent les deux élections sénatoriales de Georgie qui doivent faire l’objet d’un second tour au mois de janvier, il n’aura pas tous les pouvoirs, et les Républicains pourront atténuer partiellement ses capacités de nuisance.Il fera néanmoins beaucoup de dégâts : augmenter les impôts et remettre en place de multiples réglementations pesant sur les petites et moyennes entreprises, restreindre la production d’énergie et accroître les prix de celle-ci, ce dans un contexte où l’économie redémarre à peine après la récession née de la pandémie, ne peut qu’être désastreux.

Et des décisions de politique étrangère délétères pourraient être prises, telles la levée des sanctions imposées à l’Iran des mollahs par l’administration Trump, et une déstabilisation du Proche-Orient tout entier suivrait vraisemblablement. L’abandon de la politique de fermeté vis-à-vis de la Chine mise en place elle aussi par l’administration Trump, abandon clairement envisagé par une hypothétique administration Biden, aurait des conséquences profondes, à l’échelle planétaire, cette fois. Le retour à une politique laxiste vis-à-vis du terrorisme islamique serait – puisqu’on trouve dans l’entourage de Biden des gens qui ont trouvé des excuses aux auteurs d’attentats suicides, tels Reema Dodin, choisie comme cheffe de cabinet adjoint – tout à fait possible.

Peut-on parler d’une division durable de la société américaine et de l’avènement d’une vraie gauche qui imprègne de plus en plus un parti démocrate, jadis anti-communiste et centriste ? Y a-t-il derrière l’anti-trumpisme radical un vrai clivage opposant « patriotes » et internationalistes ?

Les divisions aux États-Unis n’ont jamais été aussi vives depuis la Guerre de Sécession. La gauche extrême a toujours eu du mal à s’implanter aux États-Unis. Elle avait, dans les années 1945-50, le visage du parti communiste américain, et deux affaires d’espionnage survenues au début des années 1950 l’ont fait échouer et ont conduit à son effondrement : les affaires Rosenberg et Chambers-Hiss. La Commission des Affaires anti-américaines de la Chambre des représentants a en suite débusqué tous les communistes présents dans l’appareil d’État.

Lire aussi : Pourquoi la haute finance a voté Biden

Dans les années 1960, une décennie plus tard, les gens de gauche extrême se sont présentés comme constituant une nouvelle gauche, non communiste, et ils ont utilisé une stratégie d’infiltration conçue par le philosophe communiste italien Antonio Gramsci et perfectionnée par le maître à penser de la gauche extrême américaine jusqu’à ce jour, Saul Alinsky. Ils se sont emparés peu à peu de tous les secteurs des universités où s’enseignent les sciences humaines, la littérature, les arts, le journalisme. Ceux qu’ils ont formés sont devenus instituteurs, professeurs de lycée, journalistes, artistes. Ils en sont venus à tenir très largement l’enseignement primaire et secondaire, les rédactions des grands journaux et magazines, puis celles de chaînes de télévision, mais aussi le secteur du cinéma et du show business. La dernière étape pour eux a été la prise en main d’un parti politique et ils se sont emparés du parti démocrate qui, sous leur emprise, est devenu un parti de gauche au sein duquel les modérés ont été marginalisés.

L’arrivée au pouvoir de Barack Obama a été pour eux le couronnement de leurs efforts. Barack Obama a promis, dès l’automne 2008, de changer radicalement l’Amérique, et c’est ce qu’il a commencé à faire en huit ans. Il a procédé avec subtilité pour ne pas susciter des réactions trop vives de ses adversaires, qui ont néanmoins créé le mouvement des Tea parties, qu’il est parvenu à briser par le harcèlement fiscal. Il a noué des relations avec les grandes entreprises américaines, en utilisant tous les moyens du capitalisme de connivence et en leur offrant des contrats gouvernementaux en échange de leurs contributions financières au parti démocrate.

Des « néo-cons » très interventionnistes comme John Mc Cain ou d’autres Républicains bon teint ont fait preuve d’une très grande hostilité envers Donald Trump

John McCain était néo-conservateur, Mitt Romney était un républicain appartenant à l’establishment du parti. Les néo-conservateurs tels que John McCain imaginaient qu’on pouvait installer la démocratie partout sur terre à coups de changements de régime et d’intervention armée. Trump a rejeté cette idée, constaté son échec, et adopté une politique étrangère acceptant les régimes tels qu’ils sont et divisant le monde en amis et en ennemis des États-Unis. Les néo-conservateurs n’ont pas admis que Trump rejette le néo-conservatisme et sont devenus très hostiles à son égard. Les Républicains de l’establishment acceptaient la domination des Démocrates pour peu qu’il leur reste des avantages financiers. Mitt Romney était leur candidat idéal en 2012. Ils avaient leur candidat idéal en 2016, Jeb Bush. Donald Trump s’est imposé contre la volonté des dirigeants du parti, et ils ne le lui ont pas pardonné.

Le Parti républicain a été profondément remodelé par Donald Trump. C’est désormais le parti du patriotisme économique et du patriotisme tout court, de la défense des valeurs américaines et occidentales, des classes moyennes et populaires attachées aux valeurs de l’Amérique

Il a été en 2016 l’ennemi de la gauche et de la gauche extrême, l’ennemi du parti démocrate, mais aussi des néo-conservateurs et de l’establishment du parti républicain. Il s’est fait élire, malgré tout : en s’adressant aux ouvriers et employés qui votaient jusque-là démocrate, mais aussi aux minorités ethniques, et il a modifié profondément l’électorat du Parti républicain pour en faire un parti adhérant aux idées qu’il porte : patriotisme économique et patriotisme tout court, réaffirmation des valeurs fondamentales de la société américaine et de la civilisation occidentale, retour à une politique étrangère inspirée de Ronald Reagan reposant sur le réarmement matériel et moral du pays et sur la souveraineté des États-Unis dans toutes leurs décisions et abandon de l’interventionnisme.

Le trumpisme a-t-il un avenir et un éventuel successeur qui reprendrait le flambeau ?

Le Parti républicain a été profondément remodelé par Donald Trump. Ce n’est plus du tout le parti des grandes entreprises et des milieux d’affaires, qui ont basculé du côté démocrate. C’est désormais le parti du patriotisme économique et du patriotisme tout court, de la défense des valeurs américaines et occidentales, des classes moyennes et populaires attachées aux valeurs de l’Amérique. C’est aussi le parti des petits et moyens entrepreneurs, qui avaient beaucoup souffert sous Obama et sous le règne presque absolu du capitalisme de connivence.

Les Républicains qui ont combattu Trump auront beaucoup de mal à reprendre le contrôle de leur ancien parti, d’une part parce que les nouveaux membres les considèrent comme des traîtres et, d’autre part parce que le basculement des grandes entreprises et milieux d’affaires dans le camp démocrate est appelé à se consolider. Grandes entreprises et milieux d’affaires ne soutiennent pas la gauche parce qu’ils ont rejoint les idées de la gauche extrême, mais parce que celle-ci, en combattant les valeurs américaines, le patriotisme économique et le patriotisme, contribue à éroder les repères de la population américaine et permet d’avancer vers la dissolution multiculturaliste et la submersion migratoire.

Lire aussi : Éditorial monde #37 : Populiste ou populaire ?

Le désistement de Sanders envers Joe Biden, pourtant réputé plutôt centriste, a-t-il été négocié sur les bases d’une intégration partielle de positions BLM et de personnalités « islamo-gauchistes » à l’européenne ?

Les gens de gauche extrême tiennent tout ce que l’infiltration menée depuis les années 1960 leur permet de tenir aux États-Unis : universités, écoles lycées, médias, culture, gauche politique, médias sociaux. Ils ont l’appui des grands milieux d’affaire et n’ont aucun problème de financement. Ils ont éliminé ou neutralisé les gens de gauche modérée qui subsistent dans le parti, en leur faisant comprendre que quiconque s’oppose à la gauche extrême risque d’être exclu et de disparaître du champ politique. Ils ont remplacé la lutte des classes, notion qui ne fonctionne pas vraiment aux États-Unis, par la lutte des races et ils s’efforcent d’attiser la colère des noirs contre les blancs. Ils s’allient avec les islamistes parce que les islamistes leur servent à combattre et à détruire les valeurs américaines qu’ils détestent. Ils sont hostiles au christianisme et rejettent la civilisation occidentale, comme les islamistes. Ils pensent les utiliser comme des instruments au service de leurs fins.

Les islamistes, eux, pensent utiliser les gens de gauche extrême pour avancer, et les considèrent comme des idiots utiles. Avant Obama, les islamistes avaient gagné en influence aux États-Unis grâce à la gauche extrême. Sous Obama, ils ont pris beaucoup d’importance. Deux islamistes ont obtenu des sièges à la Chambre des représentants : Ilhan Omar et Rashida Tlaib. Et quand l’une d’elles tient des propos antisémites virulents, le parti démocrate reste silencieux. Ilhan Omar tient régulièrement des réunions publiques de soutien au CAIR (Council on American-Islamic Relations), la branche américaine des Frères Musulmans. Bernie Sanders a accepté d’être écarté à nouveau en 2020, mais a posé ses conditions, et il est devenu le principal concepteur du programme du parti démocrate. Le parti démocrate l’a écarté et a choisi Joe Biden parce que Bernie Sanders est trop ouvertement extrémiste, alors que Biden donne l’image d’un démocrate à l’ancienne, mais le programme est bien celui de Bernie Sanders. Joe Biden n’a aucune conviction, et chacun sait à Washington que s’il devient Président, il ne sera qu’un homme de paille et dira ce qu’on lui demandera de dire. Les décisions seront prises par d’autres que lui. Essentiellement Barack Obama et ses fidèles.

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