On croirait qu’il a scruté lui-même, de près, dans la nuit du sépulcre, le visage du Crucifié. Les tableaux, huiles ou fusains, sont presque comme des instantanés en noir et blanc (le Saint Suaire et les photos de Secondo Pia ont dû être une source d’inspiration), et le visage évolue : traité là comme émergeant de la pénombre, avec un fondu qui évoque Rembrandt, ou ici comme un portrait anthropométrique pris à la morgue, le visage accusant tous les coups qui lui ont été portés. On sent une familiarité avec le gisant, une volonté de le contempler avant sa résurrection, dans le secret d’un tombeau où personne n’avait pénétré une fois la pierre roulée devant l’entrée.
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Même si un tableau en deux parties représente aussi le suaire, corps qu’on devine sous une toile, surmonté d’un tableau distinct pour la figure du Christ, l’exposition multiplie surtout la face unique et mystérieuse, parfois crispée et exhibant tous les stigmates de la Passion, parfois reposée et comme déjà recomposée par le mystérieux travail de la résurrection – qui nous vaut des toiles comme Transfiguration, où une explosion irradie des points blancs depuis un point central : c’est le flash du moment où le Christ, revenu des Enfers, jardinier d’un nouvel Éden, adopte son corps glorieux avant de se promener quarante jours durant en Palestine. Pour les chrétiens, magnifique introduction au Carême. Pour les autres, magnifique expression contemporaine d’un thème multiséculaire.
Un seul regret : un accrochage indigent. Mais se retrouver face à ce soleil noir (titre d’un des tableaux) sur le point d’exploser comme une seconde naissance de l’univers, véritablement transformé par la résurrection, vaut bien qu’on passe outre la pauvreté de la mise en scène.
Antoine Poulain, « Images du Christ ». Jusqu’au 15 mars seulement !
Ancienne sacristie du Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy, 75005 Paris.
Exposition organisée avec le concours des collectifs d’artistes chrétiens Majestart et Césâmes.







