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Le wokisme, stade suprême de l’altruisme

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Publié le

16 novembre 2021

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En dénonçant toutes les hiérarchies en tant que telles au nom de l’altruisme, le mouvement woke américain est une véritable école du ressentiment, qui ne conçoit même plus qu’il puisse exister des égalités injustes et des inégalités justes.
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Si le mouvement woke est américain, ses idées sont françaises. Elles ne viennent pas de Deleuze et Derrida, mais de plus loin encore : du positivisme d’Auguste Comte. Ce graphomane, dont la statue trône indûment sur la place de la Sorbonne, a inventé « l’altruisme » et l’a donné pour le sommet de la posture éthique : « Vivre pour autrui, écrivait Comte dans Système de politique positive, devient enfin la loi du bonheur autant que celle du devoir, d’après l’essor que la vie sociale procure aux inclinations où tous les individus concourent spontanément ». Cet altruisme falsifie la vie morale française depuis cent cinquante ans, car valoriser autrui, uniquement parce qu’il est un autre, escamote la véritable question morale, celle de la valeur réelle d’autrui, qui dépend de ses actes et de son caractère. De plus, un altruiste fait ainsi l’économie de la réelle et douloureuse introspection de sa valeur personnelle, en fonction des qualités objectives de générosité, de patience, d’amour et de justice. Il lui suffit de se croire « ouvert aux autres » pour s’absoudre tout péché.

Le wokisme est une barbarie niveleuse, une « école du ressentiment »

En tant que susceptibilité tatillonne face aux « injustices sociales » et à toute forme de « discrimination », le wokisme est le stade suprême de l’altruisme. Or, non seulement il ne sait pas que « Je est un Autre », mais il opère avec une conception de la justice extrêmement sommaire, incapable de concevoir qu’il existerait des égalités injustes. Insensible aux valeurs concrètes, distribuées inéquitablement entre les individus, il ne saurait penser que c’est une injustice de donner la même chose à des hommes inégaux, c’est pourquoi il conteste les hiérarchies réelles basées sur le mérite, le talent, ou l’ancienneté. En ce sens, le wokisme est une barbarie niveleuse, une « école du ressentiment », comme l’avait appelée Harold Bloom dans Le Canon occidental. Ce n’est qu’un avatar de l’éternelle envie du cancre envers le génie, un énième déguisement des loups en brebis. Alors qu’il se prétend révolutionnaire, c’est aussi une perversion des idées de la Révolution française, car celle-ci voulait redonner la préséance au mérite individuel sur les privilèges de naissance, c’est-à-dire rétablir la hiérarchie naturelle des talents.

Lire aussi : Georges Guiscard : « Le wokisme est un millénarisme révolutionnaire »

Pour résister, il suffira de ne jamais perdre de vue que l’égalité des hommes en droits n’est pas synonyme d’identité de fait. Cette tension jamais résolue entre la situation sociale et les qualités d’un individu, c’est l’espace de la liberté politique, dont ces fanatiques de l’égalité n’ont que faire. C’est un espace à retrouver en s’émancipant des injonctions altruistes, propres à la « religion de l’Humanité ». Pour cela, il faudrait ravir le Bien et la bonne conscience aux bien-pensants, en dénonçant la falsification qu’ils opèrent des aspirations les plus saintes de l’homme. Vivre pour autrui n’a pas de valeur si autrui est un zéro, et plus encore, aimer autrui est une ignominie, si autrui est ignoble.

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