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L’édito de Romaric Sangars : Du style avant tout

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@Gianni Fiorito Wildside Italia Sky Haut et Court TV Media Produccion

Cette décennie commence bien puisque Sorrentino y est notre contemporain et qu’il affirme dans la forme la plus actuelle qui soit – la série – à quel point tout est possible encore. Dans The New Pope, tout est fondamentalement dissonant, pour le plus grand plaisir de notre esprit que la fadeur actuelle épuise.

 

Le mystère de l’homme torturé chez qui la lumière point malgré la corruption s’oppose à la transparence puritaine ou socialiste selon laquelle tout doit être évalué selon des critères idéologiques immédiats et irrévocables. Autrement dit: la spiritualité à la portée des caniches. Cette décennie commence bien puisque Sorrentino nous rappelle que la pompe catholique nous manque et qu’il nous faut nous révolter contre la morbidité française, ce « réalisme » plat faussé par une passion perverse pour l’égalité.

La splendeur n’est pas superflue, elle est fondamentale. Aucun humain ne se réduit à sa dimension la plus triviale. Croire le contraire est une fausse révélation d’ado occupé à piétiner ses idéaux sommaires. En France, le fanatisme idéologique n’a pas cessé, depuis la Révolution, de décapiter les statues. Assumer la beauté sans complexe, comme une bénédiction universelle, ce qu’elle est, comme un signe de Dieu, est devenu suspect. Voilà pourquoi le catholicisme est un scandale. Et pourquoi le catholicisme, quand il s’affadit à son tour, se trahit lui-même.

 Il n’y a pas d’opposition entre la sensualité et l’âme, il y a un conflit entre l’épaisseur qui ne saisit rien et la grâce qui traverse tout.

Il est aussi question de style avec Hugo Jacomet et Parisian Gentleman, qui nous offrent une vraie leçon de philosophie à partir du costume et démontrent encore que, si les Grecs, comme l’affirmait Nietzsche, étaient superficiels par profondeur, nous pouvons poursuivre cette tradition et toiser d’un air désolé ceux qui exhibent leurs intimités souffrantes par superficialité. Soit les connectés communs. Il y a toute une éthique du rayonnement à reprendre et à revendiquer. Un rayonnement qui vient du mystère et non de l’exhibition littérale. C’est-à-dire qui vient de la profondeur. Il n’y a pas d’opposition entre la sensualité et l’âme, il y a un conflit entre l’épaisseur qui ne saisit rien et la grâce qui traverse tout. Une grâce qu’on détecte parfois, chez certains artistes de notre temps et que nous sommes heureux, lorsque c’est possible, de repérer dans ces pages.

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Du style avant tout, donc, résister au « cool », comme le clame Pierre Robin, à tout ce qui prétend nous avachir, nous réduire, nous défaire. Retrouver l’élan qui animait tant l’architecture française que l’éloquence de nos écrivains et l’imposer face à la facilité et la régression générales. Répondre au flux par le fixe. Ce qui s’impose et se maintient, s’envisage à la verticale. Telle est la résistance spirituelle que notre époque exige.

Une posture ? Oui. Mais une posture au sens martial ; une position, même, au sens tactique, c’est ce que nous pouvons adopter. Et assumer d’être étrange, dans un temps transparent. De porter de grands univers en soi qui ne soient pas immédiatement transmissibles ; assumer d’être hermétique, opaque, intraduisible. Ne cherchons pas à nous vendre, mais à demeurer hors de prix, bizarres, impossibles. Comme le furent tous nos plus grands esprits. Comme nous sommes au plus profond. Et à rebours de tous les dogmes inclusifs et fluidifiants, par toutes les œuvres rares mais disponibles, cultivons encore, résolument, nos aspérités.

Par Romaric Sangars

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