Skip to content

L’éditorial de Jacques de Guillebon : Quarantaine bien tapée

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
© DR

C’est une épidémie. Sexe à tous les étages, en tout lieu, en tout temps et à toute occasion : de la bite à Griveaux à la mystique charnelle de Jean Vanier, c’est comme si le contemporain n’était plus que la victime de ses pulsions vénériennes ; la victime volontaire de ce grand phallus qu’il a érigé il y a cinquante ans, tel ses ancêtres païens, en dieu général, cause et raison de tout, fin de chaque chose, alpha et oméga. Rien de nouveau sous le soleil, dirait Qohelet, car pouvoir et sexe ont toujours fait bon ménage, si l’on ose dire. On peut même supputer sans trop de risque de se tromper que l’attrait principal du pouvoir, au moins pour la gent masculine, tient dans la satisfaction des désirs sexuels qu’il suppose.

 

 

 

La nouveauté, s’il y en a une, c’est que le pouvoir n’a plus les moyens du secret qu’il réclamait pour exister et se perpétrer. Il n’a plus de secret, non seulement parce qu’il a été lui aussi arraisonné par la technique – témoin, la facilité de diffusion des vidéos « intimes » de M. Griveaux – mais aussi et surtout parce que les hommes de pouvoir ne connaissent plus l’ascèse qu’implique son exercice. Parce qu’ils se sont volontairement laissé asservir par la publicité faite à leurs existences et qu’ils se sont laissé aller à croire qu’ils pourraient gouverner tout en demeurant monsieur tout le monde. Certes, Maurras l’avait dit il y a longtemps, que la république étant le régime qui réclame le plus de vertu est aussi celui qui y pousse le moins. La volonté de pureté et d’incorruptibilité des Robespierre a été rarement pratiquée par ses successeurs, c’est le moins qu’on puisse dire, et déjà la IIIe République souffrait de l’exposition de ses présidents libidineux ou fous. Louis XIV qui savait ce qu’était le pouvoir pour avoir hérité la sagesse de 40 rois se faisait opérer de la fistule anale dans le secret avant que d’en faire un nouvel argument de sa grandeur totale. François Hollande, lui, se fait gauler en scooter quand il rend visite à sa maîtresse.

Comme lorsque l’on a coupé avec la tête du roi le principe archaïque, au sens de fondement du pouvoir, plus grand et plus lointain que l’homme qui l’exerce, on a ouvert la porte au culte du tyran, c’est-à-dire au séducteur, tuant toute possibilité d’exercice de la vraie liberté à son égard. Vis-à-vis du pouvoir que l’on n’a pas choisi, toujours demeure le moyen de se distancier et d’en refuser les abus.

Mais au-delà du secret, c’est à une crise non-pareille d’autorité que l’on assiste, et pas seulement dans le monde strictement politique. Le cas de Jean Vanier, fondateur de la communauté de l’Arche qui vient hélas s’ajouter à mille autres scandales touchant l’Église catholique, en est une parfaite illustration. Le prieur de la grande Chartreuse, Dysmas de Lassus, a su poser des mots justes sur l’origine de cette crise : c’est, depuis les années 60 et la mauvaise interprétation du concile Vatican II qui a été faite, le principe d’autorité qui a été battu théoriquement en brèche, ouvrant paradoxalement la voie à des abus autoritaires. Comme lorsque l’on a coupé avec la tête du roi le principe archaïque, au sens de fondement du pouvoir, plus grand et plus lointain que l’homme qui l’exerce, on a ouvert la porte au culte du tyran, c’est-à-dire au séducteur, tuant toute possibilité d’exercice de la vraie liberté à son égard. Vis-à-vis du pouvoir que l’on n’a pas choisi, toujours demeure le moyen de se distancier et d’en refuser les abus. Mais quand c’est à un maître sur qui l’on voulait régner que l’on s’est donné, on entre dans une impossibilité logique de se soustraire à lui. C’est l’aporie de la démocratie : nul n’est légitime à contester M. Macron dans la rue ou ailleurs, puisque nous dit-on, nous l’avons choisi, élu. Aussi ce pouvoir n’est-il jamais plus grand que mon désir, et aussi est-il parfaitement écrasant.

Ils tombent comme à Gravelotte au premier coup de tabac. M. Griveaux a montré sa bite à sa maîtresse et c’est tout la macronie qui tremble. M. Vanier a tripoté des disciples spirituelles et c’est toute la sainteté de l’Église catholique qui est remise en cause.

C’est une épidémie, donc, mais dont nous sommes tous les porteurs et les vecteurs volontaires : nous avons voulu des hommes pour nous gouverner qui ne soient que des hommes. Ils tombent comme à Gravelotte au premier coup de tabac. M. Griveaux a montré sa bite à sa maîtresse et c’est tout la macronie qui tremble. M. Vanier a tripoté des disciples spirituelles et c’est toute la sainteté de l’Église catholique qui est remise en cause. C’est une épidémie, et nous avons en effet besoin d’une bonne quarantaine. En langage chrétien, on appelle ça un carême, ça tombe bien.

 

 

Jacques de Guillebon

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest

Share This