Skip to content

Léon Bloy : dans les ténèbres

Léon Bloy est mort il y a 104 ans et un jour. Retour sur le dernier texte de l’imprécateur catholique, écrit au cœur d’une apocalypse dans laquelle nous barbotons encore.

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
© Marc Obregon pour L'Incorrect

Pour s’y rendre, il faut emprunter l’infâme avenue Aristide Briand, gouttière verruqueuse qui traverse trois cités-dortoirs avachies dans leurs décombres : Montrouge et ses incubateurs familiaux sabordés par le périphérique, l’hostile Bagneux répandue en boucheries hallal et en forclusions communautaires, enfin Bourg-La-Reine, chancre lambrissé dans lequel corusquent encore quelques maisonnettes qui furent bourgeoises dans un autre millénaire. Heureusement, aucune avenue ici ne porte son nom, pas la moindre rue ni la plus petite échancrure boulevardière : Léon Bloy échappe encore aux hommages veules, les Saints comme les poux sont rarement solubles dans la boue mémorielle des cadastres.

On imagine sans peine le regard que poserait le mendiant ingrat sur l’actuelle banlieue sud : lui qui la trouvait déjà abjecte il y a plus de cent ans, il aurait sans doute le vertige aujourd’hui devant ces litières bétonnées où rien ne pousse si ce n’est la vérole d’un âge contrefait. Gargotes drosophiles où grincent des vents de viande viciée, cités hlm sans tain, maisons de retraite calfatées à coups de bétonnière, lampadaires où fleurissent ignominieusement les annonces d’épavistes et les CV de moukères, laitances sourdes et syncopes des néons qui brasillent dans la soue leur poudre d’insecte. Enfin, c’est le cimetière, coincé entre deux rangées de gingkos qui crachotent leur chlorophylle corrompue. Le gardien est un Furfur qui grasseye de pattes et de doigts contre les pierres tombales, miaulant son désarroi d’être le seul vivant dans ce jardin de macchabs. On s’avance, le soleil a des allures de glaive, il fauche la chienlit qui pousse au pied des sarcophages, il nous guide vers le tombeau du Tardigrade-Roi.

Lire aussi : Bernanos, le paratonnerre du XXe siècle

Le voici enfin ! béni d’un Dieu qui ventriloque sa douleur dans les veines du marbre, dans les veines des morts, dans les cors aux pieds des charognes. « Léon Bloy » nous dit-on, et pis c’est tout. Léon Bloy, le taquet du siècle, la meurtrière où s’épient les ordalies d’un Occident rebooté à chaque seconde de sa captieuse maturation. La tombe de Léon Bloy, c’est encore cette bouche du soleil, tombée dans le siècle pour partager les eaux du limon, les sueurs du sang, les sarments du prurit. La Salette de Brou est effondrée comme nous au pied du mausolée, ses larmes sont devenus un pétrin, l’âme du périgourdin s’y fixe, mille fois répétée par les ruches de l’atome. Le voilà, celui qui a sonné le glas de l’éternité ! Ramassé en ses loques, plus ne rien vibre ici-bas mais son verbe résonne encore sur la harpe des cieux, térébrant, comme si la lumière qui tutoyait Dieu ne pouvait que s’avouer malfaite, proximant les centaures et Son Visage Chromé. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest