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Les Barbares, les vrais

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Publié le

20 août 2020

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Force de chaos qui effraie les sédentaires civilisés, le barbare ne représente pas un bloc homogène mais relève d’une multitude d’époques, de cultures et de peuples. Éternel autre, fascinant, révélant notre part sombre et animale : le « barbare » est-il notre proche parent ou notre lointain antagoniste ? Le dictionnaire qui lui est consacré aux Presses Universitaires de France donne quelques pistes.

Sous la direction du professeur d’histoire médiévale Bruno Dumézil, spécialiste du haut Moyen-Âge, ce dictionnaire fait appel à de grands noms de la recherche historique française, notamment Jean-Louis Brunaux, particulièrement renommé pour ses ouvrages consacrés aux Celtes et aux Gaulois. Une longue introduction chronologique revient sur la notion même de « barbare », concept forgé par les Grecs pour donner une cohérence au monde extérieur s’appuyant sur les sciences de l’époque, à commencer par la fameuse théorie des climats, puis repris par les Romains accédant à la civilisation avant d’être abandonné au Moyen-Âge en Occident… les barbares s’étant alors rendus maîtres et conservateurs de la civilisation.

Les représentations de ces lointains cousins indo-européens des Romains n’étaient d’ailleurs pas toujours univoques. Le stoïcien Posidonios d’Apamée et d’autres Grecs ont ainsi pu écrire que les druides celtes s’apparentaient aux gymnosophistes d’Inde.

Évoquant les « barbares » de toutes les latitudes, qu’ils aient été Germains, juifs, Britanniques, Arabes, Huns, Éthiopiens ou Perses, l’ouvrage permettra au néophyte de distinguer les deux principales familles de ces peuples. Ces deux catégories de barbares correspondent à deux vices collectifs qui déplaisaient aux sages et vertueux Grecs et Romains : les frustes et brutaux barbares venant principalement du Nord du monde et les efféminés et décadents barbares d’Orient. Des stéréotypes longtemps vivaces qui ont permis à Rome de construire l’image d’une civilisation vertueuse (par opposition aux Orientaux) et sophistiquée (par opposition aux géants d’Outre Rhin).

Le barbare, comme le montre Liza Méry dans l’entrée consacrée à Tacite, peut aussi servir à édifier Rome si besoin. Dans De Germania, Tacite utilise sa figure pour renvoyer Rome à ses propres turpitudes. En faisant l’éloge du Germain fidèle à son épouse, laquelle est une bonne nourrice ne dépendant pas de ses esclaves, Tacite dit aux Romains qu’ils se laissent aller et qu’ils pourraient perdre cette vigueur guerrière qui fit autrefois leur force. Les représentations de ces lointains cousins indo-européens des Romains n’étaient d’ailleurs pas toujours univoques. Le stoïcien Posidonios d’Apamée et d’autres Grecs ont ainsi pu écrire que les druides celtes s’apparentaient aux gymnosophistes d’Inde. Pareilles comparaisons sont données pour certains juifs hellénisés de l’Égypte lagide par Hécatée d’Abdère.

Bruno Dumézil s’impose parmi les jeunes médiévistes comme autrefois son homonyme Georges Dumézil sut le faire dans l’étude des premières sociétés dites « indo-européennes ». Les plus grands noms y sont. Tous les historiens romain et grecs, mais aussi les chroniqueurs arabes, les chefs barbares des grandes migrations et de la plus haute Antiquité, tel Brennus qui mit Rome à sac en 390 avant JC. Les mondes byzantins et asiatiques ne sont pas ignorés, pas plus que les débuts du christianisme avec une entrée extrêmement intéressante dédiée à l’arien gothique prénommé Wulfila.

Lire aussi : Un soldat grec : « De mon point de vue, il y a eu tentative d’invasion »

De fait, les barbares étaient différents mais partageaient aussi une certaine vision du monde. C’est ce qui explique qu’ils se fédéraient aussi vite qu’ils se faisaient la guerre. Ils étaient tous porteurs d’une forme de nomadisme, meilleurs artisans que bâtisseurs et avides d’entrer dans l’Histoire autrement que par des raids et des pillages chez les Méditerranéens enracinés. Ils sont une part de notre héritage, notamment génétique et anthroponymique. Ils ont aussi contribué à transmettre les cultures romaines et grecques, qu’ils se sont appropriées. N’est-ce pas ce que fit d’abord Rome avec ses voisins étrusques qui lui ont légué une part non négligeable de son art, de ses institutions et de ses croyances ?

Dans ce livre dense qui séduira les connaisseurs comme les plus néophytes, un seul oubli : Ibères, Lusitaniens, Ligures et Celtibères. Des grands peuples du Sud de l’Europe pourtant importants et qui offrirent une résistance militaire farouche à Pompée comme à ses prédécesseurs. Il vaut néanmoins d’être acheté, consulté et gardé, tant les thématiques abordées sont nombreuses et riches d’une grande précision : vêtements, lois, habitats, art de la guerre, rites religieux, organisations politiques, etc.

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