Skip to content

Les critiques littéraires du mois #38 2/2

Par

Publié le

28 janvier 2021

Partage

Les critiques littéraires du mois de janvier par Jérôme Malbert, Bernard Quiriny et Romaric Sangars. Partie 2/2.

AU GRAND N’IMPORTE QUOI AVEC VERO

À la piscine avec Norbert de Véronique Pittolo, Seuil, 166 p. – 17 €  

Certains romans désarment littéralement le sens critique. Ni bons, ni nuls, ni rien, ils sont, comment dire ? Au-delà. En-dessous. En-dehors et à côté, comme certaines installations d’art contemporain. À la piscine avec Norbert de Véronique Pittolo fait partie de ces objets improbables, qu’on feuillette avec perplexité, incrédulité, consternation. C’est une sorte de journal : la narratrice nage à la piscine, surfe sur Meetic, couche avec un certain Norbert. Tout part dans tous les sens. Ça n’est ni drôle, ni pas drôle ; ça ne mène nulle part ; on peut sauter des pages, revenir en arrière, rester ou partir. Peu importe. La couverture entreprend d’éclairer la lanterne : « À la piscine avec Norbert est un texte cru, drôle et enjoué, une réponse féminine et féministe aux Houellebecq de tous bords. » Ah, d’accord. « À la piscine avec Norbert est une frite jaune, ferrugineuse et topiaire, une réponse flaccide et bolchevique aux Maître Capello de tous bords », ça marche aussi. À vous de voir. Jérôme Malbert

Lire aussi : Les critiques littéraires du mois #38 1/2

LE ROMANCIER DES EFFONDREMENTS

Vivonne de Jérôme Leroy, La Table Ronde, 410 p – 22 €

Vivonne, nom de rivière, est celui d’un écrivain (fictif), retiré du monde, dont l’œuvre sert de refuge à des admirateurs en butte à la folie des temps : le roman se passe dans le futur, la France est en proie aux inondations, à la guerre civile et aux hackers… Leroy reste décidément l’écrivain des effondrements, de notre monde qui s’écroule. Son livre avance sur deux jambes, entre futur et passé. Côté passé, il déclare sa flamme au cinéma des 70″s et 80″s, Deville, Granier-Deferre et Corneau, et signale son goût pour les détails révélateurs du passé qu’a fixés la caméra, « une façon de s’habiller, une marque de voiture, l’allure des bistrots, la coupe de cheveux des filles ». Le roman est truffé de références, Blondin, Simenon, Hardellet, ou, pour la SF, Le Troupeau aveugle et Soleil vert, dystopies sur un monde inhabitable. S’il est encore possible d’habiter humainement notre monde, telle est au fond la question de ce roman spectaculaire et prenant, et de tous les livres de l’auteur. Bernard Quiriny

Lire aussi : Guido Crepax : Ciao Valentina !

PÔLE FANTÔME

Alphabet triestin de Samuel Brussell, La Baconnière, 136 p. – 19 €

Samuel Brussell, écrivain, éditeur, assembleur de souvenirs personnels ou non, a sans doute perçu un idéal et un double dans la figure d’Anita Pittoni, écrivaine italienne fondatrice des mythiques éditions Zibaldone, elle-même toujours au contact des énergies créatrices environnantes, et qui adora Trieste comme un pôle unique de la création européenne. « Trieste est le lieu de toutes les diasporas, où le choix entre l’exil et les racines, entre l’apaisement et la neurasthénie, n’existe plus ». Ce lieu qui fut, dans son âge d’or, celui du paradoxe et du choc, entre l’Occident et l’Orient du continent, et qui accueillit autant Joyce que Svevo, devient le lieu magique à recomposer pour Brussell qui part en quête, interroge de vieux écrivains, rôde dans les librairies, passe par Genève, convoque tous les rescapés et les fantômes, étudie des lettres, des notes, cite des poèmes pour faire à nouveau sentir, sous un filtre sépia, la tonalité d’une époque, sa profusion comme son génie. L’errance fascinante d’un genre de Sebald agité. Romaric Sangars

Lire aussi : Philippe Barthelet : Portrait de l’artiste en enfant dispersé

KAFKA NIPPON

L’Usine de Hiroko Oyamada, Christian Bourgois, 186 p. – 18,50 €

Trois personnages sont embauchés à l’Usine, un gigantesque complexe industriel. Hélas, leurs emplois sont dépourvus de sens : déchiqueter du papier, corriger des textes sans queue ni tête, étudier des mousses pour un vague projet de végétalisation des toits… Récipiendaire en 2014 du fameux prix Akutagawa, pour un roman qui, déjà, tirait vers l’absurde, Hiroko Oyamada met en scène les structures bureaucratiques géantes et l’aliénation dans le travail parcellisé, où l’employé ne comprend plus ce qu’il fait, ni dans quel but. « Qu’est-ce que je fabrique ? Plus de vingt ans que je suis sur cette planète, et pourtant je suis incapable de faire mieux qu’un travail qui pourrait être confié à un robot. Je travaille, mais je n’ai pas l’impression de mériter l’argent que je gagne ». Le décor kafkaïen de l’usine, vraie ville intégrée, est assez réussi, tout comme les incursions dans le fantastique. Mais l’intrigue au fil des pages s’effiloche, et le roman peine à tenir ses promesses. Bernard Quiriny

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest