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Les critiques musicales de février

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Publié le

1 mars 2021

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Les critiques musicales du mois de janvier par Alexandra Do Nascimento et Romaric Sangars.
Critiques musicales

BRILLANT MAIS TROP SAGE

Siempre lo Mismo de Belkacem Drif, Oime Production – Inouïe Distribution, 15,99 €

Rien ne prédestinait Belkacem Drif à devenir ce fameux batteur, compositeur, et arrangeur. D’une initiation aux percussions flamencas auprès d’une famille gitane, naît chez lui une passion pour le flamenco. Il étudie ensuite au Conservatoire de Paris les percussions classiques et l’harmonie jazz. « J’avais envie de regrouper des musiciens venant d’horizons divers pour une seule et unique raison : casser les clivages ». Siempre lo Mismo est l’opus d’un amoureux des rythmes, qu’ils proviennent de sa Kabylie d’origine, de l’Espagne ou des États-Unis. Ce goût certain pour la découverte contient toutefois un bémol : ce disque reste un rien trop sage, trop « propre ». Au vu de l’entourage de rêve – Marc Buronfosse, contrebasse ; Julien Alour, bugle ; Éric Le Lan à la trompette – on était en droit d’espérer plus d’audace. La surprise survient cependant avec la seule reprise de l’album, le Boléro de Ravel exécuté en trio, basse, batterie et piano. Revisité et arrangé, il ne comprend aucun solo et le célèbre ostinato à la caisse claire ouvre toujours la partition mais les mesures rythmiques se succèdent en 4/4, 1/8, 5/8 avant de recouvrer le calme et la douceur d’une respiration binaire sur quatre mesures. Un artiste à suivre. Alexandra Do Nascimento

JOYAU DE FOLK ANGLAISE

Not what I expected to hope for de Barton Hartshorn, Suxeed – Inouïe Distribution, 14 €

Le coeur de Barton Hartshorn est partagé entre le Londres de son père et le Paris de sa mère. Ces deux vies géographiques et musicales distinctes se séparent en une première expérience française (sous son vrai nom : Duncan Roberts) en tant que leader du groupe Dictaphone, et une autre avec Not What I expected to Hope for, bijou de british pop élégante, avec lequel il nous revient ce mois-ci. Il faut probablement plusieurs écoutes à l’auditeur pour mesurer l’importance d’un tel album. Des références aux Scarabées et à Spandau Ballet peuvent agacer ou griser mais Barton, quoi qu’il en soit, assimile l’héritage des précurseurs et parvient à se réinventer. « J’ai grandi en écoutant les paroles d’Elvis Costello, le style vocal de Lloyd Cole, le son de U2 dans les stades et l’étrangeté de Talk Talk. J’ai planifié mon futur autour de ces chansons et de ce monde : je songeais à qui j’allais ressembler et à ce que j’allais faire ». Tel était le programme. On obtient aujourd’hui un récit d’un délit d’adolescent « Forbidden days », une lettre à un adolescent de la part de l’homme qu’il va devenir « Message back to you », une mise en garde contre l’oubli de l’essentiel lorsqu’on devient adulte « Listen for a Change » : autant de narrations soignées qui ont été produites lors de tournées américaines puis enregistrées ensuite à Paris, à Montreuil et en Normandie. Un superbe résultat. Alexandra Do Nascimento

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PARCE QUE TU N’ES NI FROID NI BOUILLANT

Providence de Chevalrex, Vietnam, 12,99 €

Décrit comme raffiné, discret et novateur, Rémy Poncet, alias « Chevalrex » est présenté comme un espoir de la pop française par les Inrocks, Télérama et France Inter qui ne se trompent pas systématiquement. Son cinquième album, Providence, se veut mélancolique avec nonchalance, intimiste et sophistiqué, spleenétique mais résilient. Il est vrai que le multi-instrumentiste propose des compositions assez chiadées, mais ce qui émane de ce travail appliqué est juste lisse à en crever. Ce Vincent Delerm intimidé qui susurre ses textes narcissiques et nébuleux dans de petites bulles sonores donne l’impression d’un gender-fluid ruminant sa nostalgie dans une cabine UV. Ni souffle, ni déchirure, ni détresse, ni joie, ni froideur, on n’entend là que les échos d’une zone intra-utérine ou virtuelle où un post-humain se touche vaguement la bite en regrettant la soirée de la veille tout en se demandant : « Suis-je d’ici ou de là-bas ? Ah ah ah ah ah… » Manifestement, il se contente de stagner dans un entre-deux répugnant où rien n’a jamais eu lieu. À vomir. Romaric Sangars

UN BLUES RENOUVELÉ

Awa Blues de Grant Haua, Dixiefrog, prix non communiqué

Un vent de renouveau souffle sur ce genre musical si codifié : Awa Blues de Grant Haua dévoile en effet une aisance mélodique et une histoire singulière entre culture maori et entière dévotion au blues sans jamais se prendre au sérieux. « Je voulais conserver le côté “roots” et authentique en ajoutant quelques instruments. Il faut raconter l’histoire sans passer par quatre chemins ». Une manière directe de se raconter, donc, avec un grain de voix grave et espiègle. Quant à la technique de guitare : elle est stupéfiante. Son incontournable Can’t let it go se veut un titre à la sauce Green Onions des Booker T & the MG’s, la vélocité en sus ! « Le caractère essentiel de cet album, c’est la simplicité. J’aime la nourriture simple mais délicieuse. Je veux que mes chansons soient aussi satisfaisantes qu’un bon dîner dominical fait maison. » L’excellent label de Blues indépendant français et distributeur européen DixieFrog a su intercepter la comète et témoigne : « Nous ne pouvions décemment pas passer à côté d’un tel phénomène ». Awa Blues et son écriture réaliste laissent peu de place à la rêverie, mais pour la première fois sans doute dans l’histoire du blues, le vague à l’âme enjoué de Grant Haua séduit d’une manière complètement inédite. Alexandra Do Nascimento

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