Skip to content

Les mots sont-ils de droite ?

Par

Publié le

5 juillet 2022

Partage

L’actualité récente nous a montré que le sapin de Noël est aussi politique qu’une constitution et le foie gras un marqueur de civilisation aussi manifeste que le droit de vote. Mais comment décider à coup sûr ce qui est de droite ou de gauche ? Notre chroniqueur Richard de Seze répond.
mots

En lisant l’autre jour un article sur le titanoboa, j’étais tombé sur poïkilotherme qui signifie que la température de la bestiole varie en fonction de la température du milieu. Puis un article sur l’un des derniers artisans cordiers de France m’a apporté toupin, après quelques recherches, qui s’est révélé être en fait un couchoir toupin (ou gabieu). Poïkilotherme avait cet air de respectabilité scientifique tempérée par le grec, couchoir toupin présentait l’honnête visage du bout de bois façonné par un ouvrier habile. Je m’étais alors rappelé ce passage de La Gloire de mon père où Pagnol raconte son amour des mots : « Or, dans les discours de l’oncle, il y en avait de tout nouveaux et qui étaient délicieux : damasquiné, florilège, filigrane, ou grandioses : archiépiscopal, plénipotentiaire. Lorsque sur le fleuve de son discours, je voyais passer ces vaisseaux à trois ponts, je levais la main et je demandais des explications, qu’il ne refusait jamais ».

Il est certain que la familière bonhommie du toupin était aimable et que la précision de poïkilotherme avait ceci de réjouissant qu’elle apportait une capacité à résumer facilement tout un discours. Mais que de syllabes… Et ces mots trop visiblement forgés dans le métal du corpus gréco-latin sur l’enclume de la classification (avec le marteau de l’analyse) sont un peu poussifs. Est-il mot plus laid que prestidigitateur (XIXe), là où escamoteur ou magicien seraient parfaits ? Et plénipotentiaire, purement latin, n’a pas le charme de pantocratore – j’ajoute un e pour le franciser – auquel on pourrait prêter la même signification en adoucissant sa pédante précision par le grec, qui éloigne un peu la cuistrerie, fait chatoyer les syllabes.

Lire aussi : Le poulpe est-il de droite ?

Comment ne pas aimer toupin, qui a l’évidence, le poli et le naturel de houlque, paume et calice ? Tous ces mots nous disent l’antiquité de la civilisation, la lente distillation du vocabulaire nécessaire, l’observation attentive des choses et le perfectionnement des tours de main ; ce qui n’empêche pas qu’on puisse frapper avec bonheur de nouveaux mots, fouilleux ou grelinette, pourvu qu’on y entende sonner le génie de la langue, qu’on y entende bruisser le français. C’est ainsi qu’on apprend que planchodrome est le mot français pour dire skatepark : oui, mais bof… Au pire, on aurait préféré squêteparc, comme médianoche ou travelingue. Gênance réapparaît (ADG l’utilisait), et c’est très bien. Autrice et iel sont dans le Larousse et le Petit Robert, et c’est mal : l’idéologie parle, la langue est amuïe.

C’est ainsi qu’il y a des mots de droite, portés par quelques siècles d’usage constant, bien mâchés en Saintonge ou en Bourgogne, à peine épaufrés, qui parfois resurgissent du fond des provinces ou déboulent du Québec, et des mots de gauche, ramassés dans les caniveaux anglosaxons, confectionnés par des technocrates ou dégradés par Typhaine D. Les premiers décrivent le monde et illuminent nos jours, les seconds mutilent le monde et étrécissent nos jours.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest