Les obsédés de l’insaisissable

© Nicolas Pinet pour L’Incorrect

« L’amour espère tout, et son espérance n’est jamais confondue ». Kierkegaard, Éphémérides théologiques de Louvain / « Si peu qu’il représente d’espérance, ne gâchons pas Dieu ». Montherlant / « Il n’y a pas de plus haute espérance que le désespoir surmonté ». Bernanos Quoi de plus beau en des temps troublés, que de parler d’espérance ? Des gilets jaunes à toutes les formes d’insurrection, celle que nous choisissons ira vers la sainteté et les promesses de résurrection. Le reste, on laisse ça au temps médiatique (BFM en boucle dans le salon, Le Monde sur la table de la cuisine). La rue a des airs d’émission de télé. Une espèce de villa des cœurs brisés, où le cœur deviendrait le portefeuille. Tout le monde depuis un gros mois fait des blagues sur les ronds-points. Les gilets investissent le territoire Les choses ne semblent pas bien claires – on commence à manifester contre la hausse du carburant. C’est la goutte de Diesel qui fait déborder le vase. Les choses s’emballent. Tout le monde parle. Tout le monde a un truc à revendiquer. On retrouve la ville, les gestes, le graffiti. On retrouve les autres. Chaque samedi. On fait lien. L’espérance est là. On savait les nations mortelles. Et on attendait l’aventure. L’espérance est collective. Elle est notre rapport au temps et à la possibilité. Autrui doit espérer aussi et la possibilité vivra. Le reste, on s’en fout. « Les gens de droite sont toujours aigres. Ceux de gauche ont une espérance imbécile. Reste les frivoles ». (Chardonne, 2 mai 1961) « Ne pleurez pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance ». Saint Paul L’espérance semble être le dernier sentiment qui fait entrevoir comme probable la réalisation de ce que l’on désire. Une force de conservation effroyable. L’une des trois vertus théologales (avec la foi et la charité) qui nous porte à penser que nous serons sauvés en obtenant la grâce « win à Super Mario vs Un livre dont vous êtes le héros ». Sans l’espérance, il n’y a plus rien. Elle suppose la patience et la confiance en l’avenir. Elle nourrit les aspirations, les désirs et les perspectives. Une attente du bien. Tout cela ne pouvant exister qu’en Dieu – que nous espérons posséder. À l’inverse, les romantiques dénonçaient la fragilité et le caractère trompeur des espérances au profit de la mélancolie et encensaient la posture du désespéré : la complainte sera toujours plus facile : « et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? » (..) A lire en ligne pour les abonnés ou à découvrir dans le dernier numéro de L'Incorrect.
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