Les scouts de France soutiennent-ils la cause LGBT ?

@DR

Du 22 juillet au 26 juillet, s’est tenu à Jambville, dans les Yvelines, le jamboree des scouts et guides de France qui a rassemblé plus de 20 000 jeunes sur le thème de l’éducation au numérique. Mais la revendication de la « cause LGBT » parmi les thématiques au cœur des préoccupations des scouts fait polémique.

 

C’est un malheureux tweet qui a tout déclenché : le 23 juillet, le compte officiel des scouts et guides de France fait état de la visite de Jean-Michel Blanquer au jamboree de Jambville. À cette occasion, les scouts de France lui ont donné une lettre à remettre au président de la République. « Cinq thématiques sont listées dans cette lettre, écrit le compte officiel des scouts et guides de France qui explique qu’il s’agit des thématiques qui leur tiennent particulièrement à cœur : éducation pour tous, la cause LGBT, l’environnement, l’égalité des chances, le harcèlement scolaire ».

 

 

D’emblée, le mouvement reçoit les félicitations de Marlène Schiappa qui a fait de la cause LGBT son principal cheval de bataille.

 

 

 

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Du côté de l’Église, les réactions se font timides, hormis celle de monseigneur Xavier Malle, évêque de Gap, qui interpelle en ces termes le mouvement : « Triste que l’idéologie LGBT soit présente dans ce beau rassemblement des scouts et guides de France ». À quoi répondit Edouard Bailhache, chargé de mission au sein de l’équipe nationale des scouts de France et principal collaborateur sur les réseaux sociaux de François Mandil, délégué national pour la communication des scouts de France : « La défense de l’égalité et des droits LGBT n’est pas une idéologie, Monseigneur ! »

 

Contacté par nos soins, François Mandil affirme qu’Édouard Bailhache parle en son nom propre et ne représente pas le mouvement. Sur le fond, il précise que « le sigle LGBT identifie des personnes et non pas une idéologie ou une ligne politique » et se réfère au paragraphe 150 du document final du synode des jeunes publié par le pape en octobre 2018 qui entend lutter « contre toute discrimination et toute violence liées à l’orientation sexuelle ». Soit, mais François Mandil oublie de mentionner la phrase suivante dans laquelle l’Église « réaffirme également l’importance anthropologique déterminante de la différence et de la réciprocité entre l’homme et la femme et considère comme réducteur de définir l’identité des personnes uniquement à partir de leur « orientation sexuelle » ».

Les scouts de France s’abritent derrière le respect légitime dû aux personnes pour entretenir la confusion et ne pas évoquer l’enseignement de l’Église.

De fait, c’est tout le problème des scouts de France. Certes, ils démentent prôner officiellement la cause LGBT mais s’abritent derrière le respect légitime dû aux personnes pour entretenir la confusion et ne pas évoquer l’enseignement de l’Église. Dans un courriel interne diffusée à la suite de ce malheureux tweet, François Mandil, par ailleurs ancien militant du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) passé ensuite à EELV, tente de se justifier en se défaussant sur les jeunes : « Une tribu parisienne avait comme projet de camp d’écrire une lettre au président de la République ayant choisi la terre d’aventure « Communication et citoyenneté ». Sachant que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse, venait sur le rassemblement, nous avons proposé à la tribu de remettre cette lettre directement au ministre et d’en discuter avec lui. Ils ont donc travaillé collectivement ensemble pendant leur camp sur les sujets qui leur tenaient à cœur, sur les messages qu’ils avaient envie de porter. Le scoutisme n’a pas vocation à dire aux jeunes ce qu’ils doivent penser mais doit leur donner les moyens de construire librement leurs opinions. Cette lettre à laquelle les jeunes ont abouti n’est donc pas celle des chefs et cheftaines, ni celle du mouvement mais bien celle des jeunes ». Argumentation spécieuse puisque la dite lettre comprenant le soutien à la cause LGBT a été remise officiellement dans le cadre du jamboree et avalisée sur le compte twitter des scouts et guides de France.

 

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Sur le fond, une telle affaire appelle plusieurs remarques. D’abord, ce n’est pas la première fois que le mouvement des scouts de France est épinglé pour son ambiguïté sur le sujet et son manque de cohérence par rapport aux prises de parole de ses membres. Le 17 mai dernier, François Mandil affirmait sur la radio chrétienne RCF, à l’occasion de la journée mondiale contre l’homophobie, qu’« il est important de ne pas présenter les mariages ou familles hétérosexuelles comme le seul horizon évident et naturel ». Sous-entendu, l’homosexualité serait aussi naturelle que l’hétérosexualité. Quant à Édouard Bailhache, chargé de mission au sein de l’équipe nationale des scouts de France, il se réjouit en ces termes du vote de la PMA sur twitter : « C’est le PrideMonth, et la PMA va enfin être votée en France grâce au gouvernement d’Édouard Philippe et à la mobilisation des associations LGBT depuis des années ». Peut-on avoir des responsabilités officielles dans un mouvement catholique et prôner des options aussi contraires à l’enseignement de l’Église ? On se rappelle également qu’une vingtaine de scouts étaient venus à la Gay Pride en 2017 avec banderole et uniforme. L’un d’eux était chargé des réseaux sociaux pour les scouts et guides de France. Le mouvement a-t-il réagi à la suite d’une telle provocation ? On n’a pas souvenir d’une quelconque mise au point.

Comment se fait-il qu’un mouvement qui se prétend catholique puisse s’affranchir aussi facilement de l’enseignement de l’Église sur une question aussi grave ?

Ensuite, comment se fait-il qu’un mouvement qui se prétend catholique puisse s’affranchir aussi facilement de l’enseignement de l’Église sur une question aussi grave ? Rappelons qu’au paragraphe 2357, le catéchisme de l’Église catholique affirme clairement que « les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas ». Certes, il est dit au paragraphe suivant qu’« on évitera à leur égard [les homosexuels, ndlr] toute marque de discrimination injuste » mais c’est pour affirmer in fine que « les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté » (§2359). Dans de nombreuses paroisses, on apporte un soutien matériel et logistique aux scouts de France, on leur prête des locaux, on accorde une large publicité au mouvement et les parents qui y inscrivent leurs enfants pensent légitimement qu’il s’agit d’un mouvement catholique. N’est-ce pas un manque grave de loyauté que de se détourner de l’institution qui vous abrite et dont vous vous revendiquez ?

« Ce soutien au mouvement LGBT est une fake news … Il n’y a donc pas de « réaction » à envisager » Vincent Neymon, directeur de la communication de la CEF

Enfin, on ne peut être qu’atterré par l’absence de réaction de la conférence des évêques de France. Contacté par nos soins, le directeur de la communication de la CEF, Vincent Neymon, est formel : « Ce soutien au mouvement LGBT est une fake news … Il n’y a donc pas de « réaction » à envisager mais plutôt une vraie colère envers ceux qui dénigrent, font leur miel de fausses nouvelles et enfoncent dans l’ignorance ceux qui les lisent et les suivent ». Le problème serait donc celui de ces médias comme le nôtre qui propageraient de fausses informations. Mais, les faits sont là et le tweet litigieux n’a, à ce jour, pas été supprimé. De plus, on est en droit d’attendre d’un mouvement catholique qu’il enseigne la doctrine… catholique. La responsabilité des évêques est donc écrasante. Oseront-ils retirer leur soutien officiel à une institution qui tourne ostensiblement le dos à l’enseignement de l’Église ? On peut légitimement en douter. Mais c’est la crédibilité de l’Église qui est en cause.

S’il devient impossible d’enseigner la doctrine catholique dans un mouvement catholique, par souci de plaire au monde et conformisme intellectuel, mieux vaut fermer boutique et renoncer à former la jeunesse.

S’il devient impossible d’enseigner la doctrine catholique dans un mouvement catholique, par souci de plaire au monde et conformisme intellectuel, mieux vaut fermer boutique et renoncer à former la jeunesse. L’avenir jugera cruellement tous ceux qui se sont rendus complice d’une telle lâcheté.

 

Essayiste

bdumoulin@lincorrect.org

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