Toutes ces préoccupations de mettre des femmes là où il y a des hommes, des filles là où il y a des garçons, ne sont commandées par aucune raison théologique, philosophique ou pastorale – lors même qu’elles contraignent des théologiens à exposer leurs limites. Jamais, en des temps plus rationnels, il n’est venu à l’esprit d’une femme sensée de se trouver frustrée dans sa prière, son adoration, sa sanctification ou son rôle dans l’Église à raison d’une quelconque discrimination sexuelle. Toujours et partout, pourtant, des femmes exceptionnelles y ont brillé de leur éclat, à commencer par Notre-Dame, qui ne s’est pas émue de n’être pas un homme ou de ne pas occuper la même charge que les Apôtres ou, a fortiori, que son Fils. Jamais une femme sensée, instruite un tant soit peu du sens des mots, ne s’est jamais émue ou sentie blessée de ce que les prêtres, pendant la messe, ne s’adressent pas aux fidèles en leur disant « frères et sœurs ». Il aura fallu entrer en ce temps abruti pour y parvenir.
La raison profonde est que ces sociétés plus rationnelles demeuraient encore des sociétés d’ordre et de sens commun où chacun savait devoir tenir sa place sans que cela fît naître de révolte à ne point occuper celle d’autrui, et, corrélativement, où chacun connaissait la fécondité particulière de son propre rôle et de sa vocation dans l’ensemble en lequel il vivait. La raison est peut-être aussi, en matière de liturgie, parce que les chrétiens dans l’ensemble, au sens générique de ce terme, allaient à la messe pour s’y effacer afin de rencontrer et communier à leur Sauveur, et non pour y exprimer leurs revendications sexualistes.
Il est pathétique de voir à quel point nombre de clercs se livrent avec enthousiasme à ces obsessions du jour, c’est-à-dire, pour parler sans ambiguïté, à l’esprit du monde
La période actuelle est une période de confusion totale, de dérèglement mental et de révolte dont l’expression culmine dans les discours échevelés de certains politiciens aliénés. L’ordre lui répugne fondamentalement, et la création avec lui. Elle est fascinée par une espèce d’égalitarisme qui constitue la réalisation d’une volonté de redéfinir souverainement la nature, la place et les différences entre les choses. C’est sa manière de faire de toutes choses table rase. Cette idéologie diabolique, comme il est logique – mais comme disait Chesterton, s’il est bien une chose que ne perdent pas les fous, c’est bien la logique – se rebelle ultimement contre la raison elle-même puisqu’elle est ordonnatrice. Elle se rebelle tout autant contre la langue, pour le même motif, afin de l’assujettir au service de ses révoltes. Sur ce fumier se développent maladivement des quantités d’obsessions dont les expressions finissent par s’imposer comme des exigences premières, religieuses ou politiques ; elles sont toujours politiques, d’ailleurs, y compris lorsqu’elles s’imposent dans l’espace religieux qui la lâcheté des clercs leur concède.
La première d’entre-elles, est l’obsession sexuelle, qui imprègne tout. On en voit spécialement la puissance caricaturale dans les pseudo-débats sur l’homophobie, qui prennent tellement de place dans les sociétés oxydantales, où des personnes se définissent et exigent le respect d’autrui, non pour ce qu’elles sont ou réalisent, non pour leur relation honorable à une norme supérieure – encore une affaire d’ordre – mais pour leurs prurits, leurs mœurs sexuelles, comme si leur être et leur identité humaine trouvaient leur réduction dans leurs désirs charnels et leur satisfaction baroque. On observe les mêmes obsessions, dans un autre ordre, à propos des races.
Cette obsession sexuelle innerve partout les prétentions « paritaires », jusqu’à devoir commander, jusque dans l’univers professionnel, gouverné pourtant par le souci de l’efficacité, le choix des personnes non pas tant pour leurs compétences ou leurs caractères, ce qui est une autre forme d’ordre, que par leur « identité » sexuelle. Là où il y a un mâle, il doit y avoir une femelle, fût-elle des plus sotte. L’égalitarisme, là encore, doit l’emporter sur tout ordre.
L’obsession à introduire des femmes ou des fillettes en ceci ou en cela dans l’Église, quelque pseudo-justification « pastorale » que l’on s’ingénie à y apporter, relève de la même idéologie. En définitive, en effet, si l’on choisit d’imposer des « servantes d’assemblée », par exemple, ce n’est pas parce que la nécessité le commanderait soudainement dans l’histoire ecclésiastique en ce XXIè siècle, mais précisément à raison de leur sexe, et uniquement pour cette raison. Il s’agit, par souci « paritaire », de conjuguer l’existant au féminin. Sous ce rapport, il est pathétique de voir à quel point nombre de clercs se livrent avec enthousiasme à ces obsessions du jour, c’est-à-dire, pour parler sans ambiguïté, à l’esprit du monde – que le pape François croit si opportun aujourd’hui, et si paradoxalement tout de même, de débusquer et de traquer dans la pratique liturgique des « traditionalistes » ou de ceux que, à son grand dam, la liturgie ancienne attire.





