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Les syndicats n’aiment pas les jaunes

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Publié le

10 décembre 2018

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Crédit Antoine Andrieux pour l'incorrect

Comment comprendre la gêne palpable des syndicats devant le mouvement des Gilets Jaunes ? Certainement parce que c’est une autre France qui s’exprime, dans un ordre spontané que l’on n’avait pas vu venir : une France sans privilèges.

 

Soutenu par 78 % des employés et ouvriers qui constituent pourtant leur base d’adhésion naturelle, nourri de revendications censées être le carburant de l’action syndicale, soit la défense des droits des travailleurs, la lutte contre la précarité et la défense du pouvoir d’achat, ce vaste mouvement de protestation populaire a davantage suscité l’embarras que la sympathie dans les instances nationales.

 

 

On a ainsi vu les porte-paroles de la CGT, de FO et autres se tortiller avec un malaise visible devant les caméras en expliquant au choix « que l’appel s’appuie sur une colère légitime mais dont les ressorts sont obscurs » (comme si le ras-le-bol fiscal n’était pas au contraire d’une parfaite clarté), « qu’il faut entendre la colère mais aussi qu’il faut faire la transition énergétique parce que c’est la question de notre vie sur terre qui est posée » (sans catastrophisme aucun !) et enfin qu’il n’était pas question de soutenir un mouvement « récupéré » par l’extrême-droite (formule paresseuse s’il en est mais particulièrement efficace pour jeter le discrédit sur quelque mouvement que ce soit).
Et si les syndicats avaient tout simplement raté le coche d’une évolution sociale majeure ? Leur vision du monde est structurée depuis leur création au XIXe siècle par le paradigme patrons/salariés, lequel se décline en riches/pauvres, oppresseurs/opprimés, privilégiés/défavorisés et ainsi de suite.

 

Quand le gilet gêne

 

Les syndicats n’ont pas correctement appréhendé un double phénomène qui brouille cette partition d’un bout à l’autre de l’échelle sociale : d’un côté les salariés favorisés, confortablement installés dans des emplois rémunérateurs, bien formés, résidant dans des bassins d’emplois dynamiques et en conséquence plus proches sociologiquement de ce que la CGT appelle un « patron »; de l’autre, les travailleurs pauvres qui regroupent désormais des salariés et des indépendants. Or, ces deux populations partagent la même précarité : alternance de périodes d’activité et sans activité, travail à temps partiel subi, horaires compliqués avec des « trous » dans l’emploi du temps et de longs temps de trajet non rémunérés, incertitude touchant les revenus à venir. Les mêmes peuvent d’ailleurs faire la navette d’un statut à l’autre : les nouveaux auto-entrepreneurs sont bien souvent d’anciens salariés qui ont fait le choix de l’indépendance, espérant échapper à une pauvreté qui les rattrape. À l’inverse, le patron de TPE qui a connu la faillite et se retrouve sans le filet de sécurité du chômage, sans droits ouverts à l’assurance-maladie faute d’avoir pu payer les cotisations et endetté comme caution de son entreprise accepte n’importe quel emploi salarié pour survivre.

 

Lire aussi : Les cocus sortent du placard

 

Faute de s’intéresser à ce phénomène qui remet en question leur grille de lecture traditionnelle, les syndicats demeurent inertes face aux injonctions contradictoires du gouvernement (« vous n’avez qu’à traverser la rue (ou plus exactement le département) pour trouver du travail » et « il faut décourager l’usage de la voiture via une fiscalité punitive ») et tétanisés devant les exigences écologiques qui bloquent tout projet de réindustrialisation de notre pays. La seule catégorie de salariés qui peut encore trouver son compte à s’abriter sous l’aile des syndicats tout en restant gaucho-compatible se limite donc, au terme de ce parcours sinueux, à celle des salariés dont le statut et l’emploi sont les moins menacés. Et c’est ainsi que les catégories populaires sont, une fois de plus, lâchées par ceux-là mêmes qui ont prospéré historiquement sur elles.

 

Lire aussi : [TRIBUNE] Louis Aliot : OUI aux « Gilets Jaunes », NON aux Gilets « Rouges, Verts ou Bruns » !

 

Au moment de clore cette tribune, je prends connaissance de l’appel de FO Logistique et Transport à soutenir ce mouvement. Qu’ils en soient remerciés, leur ralliement faisant ressortir la défection de tous les autres.

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