« Je suis ici pour vous dire, la main sur le cœur, que je n’ai pas menti à la Chambre [des Communes] » a déclaré solennellement Boris Johnson devant la Privileges Committee mardi dernier. Cette commission parlementaire est chargée d’enquêter sur la possibilité que Boris Johnson ait menti aux Communes en affirmant que les règles en vigueur pendant les confinements de mai puis de novembre 2020 ont bien été respectées à Downing Street.
La mise à l’épreuve fut difficile pour BoJo, alors qu’en parallèle de son audition il subissait une défaite symbolique à la Chambre des communes
Une enquête à ce sujet avait été déclenchée après les révélations dans la presse sur la tenue de fêtes dans les bureaux du Premier ministre, à partir de décembre 2021. La mise à l’épreuve fut difficile pour BoJo, alors qu’en parallèle de son audition il subissait une défaite symbolique à la Chambre des communes, qui a adopté le cadre de Windsor (Windsor Framework) par 515 voix contre 29 seulement, dont la sienne. Une victoire pour le Premier ministre Rishi Sunak, mais une défaite sévère pour son prédécesseur qui espérait sans doute susciter une opposition plus large à ce texte. Parmi les rebelles à cet accord se trouvaient les six députés du parti unioniste nord-irlandais, le DUP (Democratic Unionist Party) et des figures du parti conservateur, dont l’ancienne Première ministre Liz Truss et Jacob Rees-Moog, ancien ministre et fidèle de BoJo.
Un cadre controversé
Le cadre de Windsor, signé entre Rishi Sunak et la présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen en février dernier, résout enfin la question des rapports commerciaux entre de la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord. Il s’agissait d’une renégociation du protocole d’Irlande du Nord, arraché par Boris Johnson en 2020. Le nouveau cadre prévoit l’établissement d’une zone verte en mer d’Irlande, entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, exonérant les biens traversant cette zone de contrôles ou de droits douaniers. Le protocole précédent rétablissait à l’inverse une barrière douanière en mer d’Irlande et donc des contrôles et des tarifs douaniers pour tous les biens transitant entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord.
Le problème est simple : le cadre prévoit toujours l’application de lois commerciales de l’UE en Irlande du Nord
Salué presque unanimement en République d’Irlande, l’accueil fut plus froid chez les brexiteers et le parti Unioniste nord-irlandais, le Democratic Unionist Party (DUP). Le problème est simple : le cadre prévoit toujours l’application de lois commerciales de l’UE en Irlande du Nord, ce qui est inacceptable à leurs yeux. Une critique qui n’est qu’en partie fondée, puisque l’accord prévoit que le parlement nord-irlandais puisse interrompre temporairement tout changement des règles européennes sur les biens s’il craint qu’ils aient « des effets significatifs et durables sur la vie quotidienne ». Une souplesse qui ne satisfait pas les hard-line brexiteers pour autant. Mais l’ambition de supprimer toute règle européenne est difficile à mettre en œuvre en Irlande du Nord. La nation possède en effet une frontière ouverte avec la République d’Irlande, membre de l’UE, et donc avec le Marché unique européen. Des contrôles douaniers ne peuvent s’appliquer entre les deux pays, mais les lois commerciales européennes le doivent « pour tous les biens qui risquent d’entrer sur le Marché unique européen », comme l’affirme le communiqué de presse commun du gouvernement britannique et de la commission européenne.
Rishi, le vent en poupe
Le vote de ce texte est un vrai succès pour Rishi Sunak, qui a su démontrer la volonté des députés de tous bords de quitter enfin l’ère du Brexit pour se concentrer sur l’avenir. Interrogé sur les conséquences de la rébellion échouée de BoJo, le Premier ministre s’est montré confiant, affirmant que le texte « est passé solidement avec des votes conservateurs et cela s’explique par le fait que ce soit un bon accord, un bon accord pour le peuple, pour les familles et les entreprises d’Irlande du Nord. » Les succès semblent s’accumuler pour l’ancien chancelier de Boris Johnson depuis deux mois. Après le Windsor Framework, les accords sur l’immigration avec la France et le départ de Nicola Sturgeon, Rishi Sunak pourrait bien inverser une tendance jusque-ici très défavorable aux conservateurs.
Rishi Sunak pourrait bien inverser une tendance jusque-ici très défavorable aux conservateurs
Les travaillistes menés par Keir Starmer peinent encore à proposer une alternative crédible. D’ailleurs, le dernier sondage Deltapoll réduit désormais l’écart entre les deux partis, qui n’est plus que de 10 points : 45% pour les travaillistes et 35% pour les conservateurs. Le Labour recule de cinq points par rapport à la précédente enquête d’opinion. Sunak sera-t-il donc le Premier ministre qui tournera la page tumultueuse et contrastée de Boris Johnson ? Les conclusions du Privileges Committee dans les prochaines semaines seront sans doute importantes pour l’avenir de ce dernier.
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Toutefois, il ne faut pas négliger la capacité de Boris Johnson à rebondir. Comme ce vote l’a montré, il possède encore le soutien de personnalités influentes et de nombreux militants chez les tories, qui continueront sans doute à l’encourager à revenir sur la scène. Le feuilleton n’est donc pas terminé.





