Le monde d’aujourd’hui est un mille-feuilles de catastrophes qui s’enchaînent. Elles nous giflent le cœur, nous happent la conscience et nous laissent souvent seuls, désemparés face à un quotidien qui devient de plus en plus pesant. Pourtant, on a souvent tendance à banaliser l’ampleur d’un événement tragique dès qu’un nouveau drame vient lui faire de l’ombre.
Il y avait peu de chance qu’une crise puisse voler la vedette au virus. C’est pourtant ce qu’a fait l’explosion apocalyptique survenue dans le port de Beyrouth le 4 août 2020 à 18h07. « Beyroshima », surnommé ainsi à cause sa puissance destructrice, fut au cœur de l’actualité mondiale quelques semaines durant. Plus de 200 morts et près de 7 000 blessés, sans parler des dégâts matériels (la moitié de la capitale soufflée) qui ont achevé un pays qui tombait déjà en ruines faute à son gouvernement corrompu, il y avait bien matière à faire la Une.
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Il est une croyance populaire qui affirme qu’un mal arrive toujours pour un bien. Face au drame qu’il me fallait surmonter – étant une victime directe de l’explosion – je décidais de m’y raccrocher. J’y croyais dur comme fer, j’étais persuadée que cette fois-ci, cette énième épreuve allait être salvatrice. Les médias internationaux réussiraient à lever le voile sur le calvaire qu’endurent les Libanais depuis des mois, le pays du Cèdre recevrait enfin de l’aide extérieure pour se débarrasser de la corruption, Ali Baba et ses quarante voleurs allaient être coffrés, les « grands » de ce monde ne nous laisseraient pas tomber, tout rentrerait dans l’ordre. Comme je me trompais…
À l’instant où j’écris ces mots, près d’un an après l’apocalypse, plus rien ne va au Liban qui était autrefois connu comme la Suisse du Moyen-Orient. Contrôle des capitaux, « haircut » menaçant, inflation grandissante, pannes d’électricité, pénuries de médicaments et d’essence, fuite des cerveaux, corruption, blanchiment d’argent, mais aussi opacité totale concernant le résultat de l’enquête internationale consacrée à l’explosion : les habitants sont à bout de forces et n’arrivent plus à se battre. Ils n’ont plus d’espoir de voir le Phénix renaître encore une fois de ses cendres. Les seules armes qui pourraient les défendre sont entre les mains de la communauté internationale qui regarde depuis le début, en faisant semblant de vouloir agir, s’effondrer un pays et son peuple sans le moindre état d’âme, sans la moindre humanité. Les Libanais sont livrés à eux-mêmes, fiers légionnaires sur lesquels il ne reste que quelques morceaux de chair accroché aux os que se convoitent les rapaces de « la haute » avant de les laisser rendre l’âme. Et puis, près d’un an après l’apocalypse, on ne parle plus du tout de Beyrouth dans les médias. Chers lecteurs, ce que vous venez de lire est la triste réalité que vivent les habitants du Liban, prisonniers livrés à eux-mêmes d’un paradis aujourd’hui devenu un enfer.





