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Libreville vassalisé par Moscou ?

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Publié le

3 octobre 2022

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Divers pays ont bloqué l’adoption d’un vote de résolution à l’ONU condamnant les annexions es régions ukrainiennes de Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson à la Russie. Parmi les États qui ont mis leur véto à cette demande, le Gabon : depuis plusieurs mois, le torchon brûle en effet entre Paris et Libreville, très courtisé par Moscou.
ali bongo

Fleuron de la Françafrique, dirigé par la famille Bongo depuis 1967, le Gabon a surpris en s’abstenant de voter contre « l’annexion des régions [ukrainiennes] de Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson » réclamé lors d’une session extraordinaire de l’Organisation des Nations unies, le 30 septembre. Ignoré par Emmanuel Macron lors de sa dernière tournée africaine, en juillet dernier, ce pays de l’Afrique de l’Ouest abrite une base militaire française depuis les années soixante. Mais ces derniers mois, Libreville s’est singulièrement rapproché de Moscou, au grand dam de Paris qui perd de plus en plus d’influence dans son pré-carré au profit de la Russie.

La dernière rencontre entre Ali Bongo et Vladimir Poutine remonte à juillet 2018. Le président gabonais avait été invité à se rendre à Moscou, afin de discuter du renforcement du partenariat économique (notamment le domaine des mines, du pétrole et du bois), entre les deux pays. Le volet sécuritaire avait été également abordé lors de cette visite officielle. Depuis deux décennies, le Gabon a multiplié les gestes en faveur de la Russie : ainsi, il n’a pas hésité à solliciter l’aide de Moscou dans la résolution du conflit centrafricain. « L’Afrique a besoin de vous. Votre pays est vaste, il dispose d’énormes possibilités et est capable de faire beaucoup de bien pour le continent (…) Je crois que ce serait merveilleux si nous conjuguions nos efforts pour que la paix se rétablisse dans ce pays », avait alors déclaré Bongo à Poutine, selon Afrique news info.

Une stratégie africaine payante pour Vladimir Poutine : la Russie assure désormais la sécurité au Centrafrique, par exemple. Le Kremlin n’a d’ailleurs pas hésité à vanter le « positionnement géostratégique (…) ainsi que le potentiel économique important » que représentent pour la Russie cette ancienne colonie française. Un pied de nez à Paris qui a toujours placé le Gabon au centre de son échiquier politique africain. Pis : en septembre 2021, la Russie et le Gabon ont signé deux accords importants d’investissements avec à la clef, la mise en place « d’une plateforme de rapprochement des associations d’employeurs russes [le consortium Renova exploite les gisements de manganèse] et la Confédération patronale gabonaise (CPG), ainsi que la création du conseil d’affaires Russie-Gabon », comme le rapporte le quotidien Le Nouveau Gabon.

Le Gabon serait-il la nouvelle prise de guerre de Vladimir Poutine ? Pour l’instant, rien ne permet de le confirmer avec certitude. Pourtant, certains signes montrent un net rapprochement entre Libreville et  Moscou

Le Gabon serait-il la nouvelle prise de guerre de Vladimir Poutine ? Pour l’instant, rien ne permet de le confirmer avec certitude. Pourtant, certains signes montrent un net rapprochement entre Libreville et  Moscou. Si le Gabon a condamné l’invasion russe en Ukraine dès le début du conflit, le représentant permanent du Gabon auprès de l’ONU, Michel Xavier Biang, a refusé par la suite de voter contre la Russie lors d’une session au Conseil des droits de l’homme en avril 2022. « Force est de constater que la démarche visant la suspension de la Russie du CDH est préjudiciable à la crédibilité de cette institution et de l’AG de l’ONU ainsi que du système multilatéral qui est fondé sur l’inclusion et non l’exclusion », affirmait le haut-fonctionnaire gabonais. Paris a exigé des explications de la part de Libreville qui a refusé de donner suite aux injonctions du gouvernement français, d’après Africa Intelligence, « estimant ne pas avoir de comptes à rendre à l’ancien colon » a même écrit le quotidien Gabon Review. Des relations qui ne risquent pas de se réchauffer. Peu de temps après, le 21 avril, quatre des frères et sœurs du dirigeant gabonais étaient mis en examen par la justice française pour la première fois dans le dossier des « biens mal acquis ».

Le véto récent à l’Onu pose la question de l’influence russe à Libreville. Interrogé en juin, le ministre d’État Alain Claude Bilie-By-Nze avait pourtant prévenu Paris : « Nous sommes partenaires avec plusieurs pays dans le monde. La Russie fait partie de nos partenaires. Certes, nous n’avons pas la même balance commerciale qu’avec la France, mais c’est un partenaire stratégique. Les problèmes de la Russie doivent être réglés, mais ce ne sont pas les nôtres ». Dont acte.

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