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Littérature : une sélection pour l’été

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Publié le

12 juillet 2018

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Nimier, un illustre inconnu

 

« Ce n’est pas vraiment un écrivain, c’est un personnage », écrivait Jacques Chardonne, portant, comme à l’accoutumée des jugements teintés de mépris sur ses cadets, surtout quand ceux-ci avaient du talent. Autre vilaine saillie rédigée dans une lettre à son complice Paul Morand, en octobre 1960 : « On ne sait pas si Nimier est entré en littérature par Les Épées ou par une Jaguar ». Spécialiste des désenchantés de l’après-guerre, Alain Cresciucci recompose le portrait d’un Nimier sans fard, iconoclaste qui, au-delà de sa construction littéraire, sut être tout autant éditeur, préfacier, « agent et thérapeute », ayant tissé sa toile d’araignée dans un Paris des lettres où être catalogué à droite revenait à afficher une forme d’anarchisme teinté de dandysme. Outre ses nombreuses collaborations aux revues littéraire (Arts, La Parisienne ou La Nouvelle NRF), Nimier ne serait pas Nimier sans Le Hussard bleu, L’Étrangère, Les Enfants tristes, D’Artagnan amoureux ou Le Grand d’Espagne, romans ou essais qui laissent éclater le style enjoué d’un jeune homme pressé aimant la fantaisie et l’outrance, loin « de ce monde de la mesure ».

Personnage ? Oui, mais celui du roman de Jean-Louis Curtis, Les Justes causes, quand Thibault Fontanes avoue aimer Retz et Bernanos, pratique « la boutade à froid » et « la plaisanterie biscornue » en gardant « les paupières mi-closes ». Cresciucci écrit joliment que Curtis « l’a silhouetté, avec son talent de pasticheur, en jeune homme à la mode brillant, ambitieux et, en apparence, très sûr de lui. » Un hussard clamant qu’il faut conduire comme on écrit et comme on vit, en frôlant la mort à chaque seconde ». Propos prémonitoires, il est vrai. Le livre s’achève sur Nimier et l’amitié, sentiment qui, selon Sanders, l’un de ses héros, « excite les sarcasmes ». Reste l’image d’un Nimier selon l’auteur de cet essai lumineux, « méconnu mais illustre », expression, d’après Robert Kanters, de la joie de vivre et de la jeunesse. Certains pourraient oser dire qu’il fut notre Fitzgerald même s’il ne fut pas tout à fait Gatsby.

Gilles Brochard

 

Roger Nimier, masculin singulier, 

Alain Cresciucci, 

P-G.D.R. 

300 p. – 25 €

 

 

 

A lire aussi : Maurice G. Dantec, un monstre à Boboland

 

Voir Gandhi et mûrir

 

Un Parisien du début des années 1930 qui se promenait du côté du Parc Monceau pouvait croiser un échalas marchant pieds nus, un carnet dans une poche, la NRF dans l’autre, apparemment nourri de pain sec et de thé. Son nom? Lanza del Vasto (1901-1981), intellectuel italien non-conformiste et polyglotte, chrétien thomiste introduit dans les milieux d’art, dandy mystique et ascète, qui caresse l’idée de plaquer l’Occident pour se rapprocher, en Inde, de Gandhi, dont Romain Rolland a popularisé les idées. Romancier et scénariste de BD, Frédéric Richaud est venu à Del Vasto par l’écrivain Luc Dietrich (1913-1944), son grand ami, auquel il a consacré une biographie. Voir Gandhi n’est pas une biographie de Del Vasto à proprement parler (le récit s’arrête au retour l’Inde en 1939, bien avant la fondation de la première communauté de l’Arche), ni un essai: plutôt un portrait, une évocation fragmentaire centrée sur les années de formation et le périple en Inde qui, au-delà du seul aspect spirituel, met aussi l’accent sur la dimension poétique et littéraire du personnage.

Ce beau livre personnel est à prendre comme une introduction à la vie et la pensée de Del Vasto, qui conduira naturellement le lecteur vers ses textes, notamment les Principes et préceptes du retour à l’évidence. Et s’il faut à tout prix mettre Del Vasto dans l’actualité, on mesure en lisant Richaud combien son refus de l’industrialisme, du progrès et de la concentration, urbaine résonnent dramatiquement avec les impératifs écologistes d’aujourd’hui. Lors d’un périple à pied dans la campagne italienne en 1933, avec une besace pour toute possession, il écrit à Dietrich: « Si tous les hommes vivaient comme je vis depuis quinze jours, il n’y aurait pas de révolutions, ni de guerres, ni de crimes, ni la pourriture et la misère des grandes villes, ni aucune des abominations et des gênes que nous avons souffertes pendant tant d’années, pour le seul fait que nous croyions  écessaire et inévitable d’y prendre notre part ». 

Jérôme Malbert

 

 

Voir Ghandi, l’extraordinaire périple de Lanza del Vasto. 

Frédéric Richaud, 

Grasset 

210 p. – 18 €

 

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