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En janvier dernier, le Premier ministre Édouard Philippe présentait un « projet de loi asile-immigration », immédiatement taxé de « texte de dissuasion migratoire systématique » par la Pravda du soir. De quoi fouetter un chat, vraiment ?
Asile et immigration, deux mots associés dans une loi pour mieux les distinguer. C’est que la confusion est de mise. Le sacro-saint droit d’asile représente l’irréductible humanisme des Français, alors que l’immigration, même choisie, est un repoussoir pour un peuple qui se sent de moins en moins chez lui. Le défi de Macron se résume donc ainsi : « plus d’humanité et plus de fermeté. »
En France, la bataille de l’opinion est toujours première, transformant l’Assemblée en chambre d’enregistrement des émotions relayées par les médias. Sans attendre le débat parlementaire d’avril, les corps intermédiaires se sont donc déchaînés depuis l’annonce de la loi. Le 8 décembre, les associations claquèrent la porte du ministre qui leur présentait une volonté de recenser les migrants dans les centres pour mieux distinguer l’immigration illégale des demandes d’asile. Le 11 janvier, vingt-sept associations déposèrent une requête pour demander l’annulation de tout ou partie du texte. De la Fondation Abbé Pierre à Médecins sans frontières, la liste est longue de ces associations subventionnées annonçant leur volonté de désobéir. On rappelle les victoires passées.
Le gouvernement veut avant tout dissuader les migrants de venir en France Serge Slama
En 2007, l’amendement Mariani proposant l’interdiction de l’hébergement d’urgence aux étrangers avait fait un tel tollé qu’elle avait disparu du projet de loi. La menace est donc formulée : les associations vont fabriquer l’opinion pour obliger le gouvernement à dénaturer sa loi. Au-delà du recensement, les associations pointent du doigt des mesures comme le raccourcissement du délai pour déposer un dossier de demande d’asile de 90 jours au lieu de 120. « Le gouvernement veut avant tout dissuader les migrants de venir en France », analyse Serge Slama, professeur-militant à l’université de Grenoble. L’analyse est bonne, c’est la découverte de cette ambition qui est étonnante.
La majorité des « migrants » sont hors la loi républicaine
Et si on cherchait simplement à rappeler qui est hors-la-loi ? Les premiers demandeurs d’asile aujourd’hui sont albanais, un pays réputé sûr, il s’agit donc d’une immigration illégale. Le glissement sémantique du clandestin vers le migrant fait oublier le caractère hors-la-loi de ces immigrés, les enregistrer relèverait simplement de l’action régalienne de base. Une autre confusion vient quand on parle d’intégration pour les réfugiés de pays en guerre. Au-delà de l’accueil qu’un pays civilisé doit à des populations fuyant la guerre, notre honnêteté ne peut que souscrire à la parole de Gérard Collomb quand il dit qu’« il s’agit d’accueillir, mais aussi d’organiser des retours ». Après avoir voulu assimiler les clandestins aux réfugiés, la promotion de l’intégration de la part des associations vise à transformer les réfugiés en immigrés. Pour garder un équilibre entre la fermeté et l’humanité, et ainsi aligner les godillots LREM, le gouvernement donne des gages notamment par une extension de la réunification familiale pour les frères et sœurs des réfugiés mineurs.
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Mais côté fermeté, malheureusement, la loi ne remet en cause une certaine préférence à l’illégalité pratiquée par les collectivités qui rendent les transports urbains gratuits pour les migrants, ni n’attaque la CMU, ou l’économie du trafic humain entre passeurs et militants no border… Et côté humanité, malheureusement, la loi ne dit rien non plus du nécessaire codéveloppement avec les pays d’émigration. On jugera sur les résultats pour savoir si Macron aura su aller plus loin que Sarko, ou s’il continue de buter sur ses corps intermédiaires et sur la confusion de toutes les politiques publiques en matière d’immigration.
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