Existe-t-il encore une industrie en France ?
Oui bien entendu ! Mais depuis quelques années, la grande industrie délocalise car elle juge son activité peu rentable. Le corollaire de ce phénomène est le départ des sous- traitants. En une vingtaine d’années, l’industrie française a diminué de moitié. Ce qui nous place en bout de peloton. Sur les vingt-sept pays de l’Union européenne, nous sommes avant dernier, juste devant la Grèce. La part de l’industrie dans le PIB de la France qui était de 20 % il y a trente ans, n’est plus que de 12 % aujourd’hui. Nous sommes nettement derrière l’Allemagne (20 %), la Suisse (25 %), l’Italie (22 %) et l’Espagne (15 %). Le recul de l’industrie française est une donnée, pas une vue de l’esprit.
Par quoi avons-nous remplacé l’industrie en France ?
Par rien ! C’est la raison pour laquelle nous vivons actuellement une paupérisation des classes populaires et moyennes. L’activité industrielle est le poumon de l’activité économique. Cette évidence est rejetée par les élites françaises depuis des décennies. Selon eux, l’industrie est terriblement polluante. Leur rêve est de construire une économie sans usine. Cette chimère est une vraie catastrophe ! Orcontrairementàcequ’ilspensent, l’industrie a de l’avenir, il suffit de regarder les chiffres. Le nombre d’habitants sur Terre augmentant, nous devrons transformer dans l’avenir davantage de matières naturelles en produits consommables.
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Quels sont les secteurs industriels dans lesquels la France domine encore ?
Il en existe de moins en moins. Seules l’aéronautique et l’automobile demeurent des secteurs compétitifs. Dans les années 80-90, nous étions capables de produire pour tous les marchés. Malheureusement, les délocalisations en Asie ont provoqué non seulement une perte d’emplois, mais aussi de savoir-faire. Car le « faire » va avec le « savoir-faire ». Cette notion pourtant simple est incompréhensible pour nos dirigeants. Ces derniers ne savent plus rien faire, ils n’ont plus vraiment de métier, leur culture scientifique est nulle. On peut aujourd’hui devenir polytechnicien sans avoir jamais étudié les sciences physiques. L’important pour eux, c’est la communication, l’émotion. Ce sont des rêveurs qui veulent aujourd’hui créer une industrie automobile électrique alors que nous n’avons aucun élément pour la construire. Dans quelques années, nous assisterons à la disparition pure et simple de l’industrie automobile thermique en France.
Peut-on dater le rejet de l’industrie par les élites ?
En 1997, l’idéologie a pris le pas sur la réalité. Lionel Jospin et son groupe de trotskistes ont fait entrer l’écologiste Dominique Voynet dans le gouvernement. Dès lors ils ont voulu partager le travail, une idée complètement absurde. La « moraline » a tout envahi, l’industrie est devenue le vilain petit canard. Résultat : les délocalisations ont augmenté dès les années 2000 et ont provoqué une diminution de la production française. Le même délire anime aujourd’hui les macronistes. Il y a quelques mois le gouvernement se félicitait de la baisse de consommation en énergie des entreprises. Or il ne s’agissait pas d’économies, mais d’une chute de la production. Les entreprises ne sont pas devenues vertueuses, elles ont fermé !
En quoi la « moraline » est- elle néfaste ?
Comme toutes les idéologies, cette « moraline » écolo provoque le contraire de ce qu’elle promet. Loin de protéger la planète, la « moraline » anti-industrie accroît la pollution. Quant aux Allemands, les rois écolos de l’Europe, ils abandonnent le nucléaire pour relancer les centrales au charbon. Même constat d’échec avec l’énergie éolienne qui n’est pas verte.
La « moraline » a tout envahi, l’industrie est devenue le vilain petit canard. Résultat : les délocalisations ont augmenté dès les années 2000 et ont provoqué une diminution de la production française.
Les pales ne sont pas recyclables et le bétonnage tous azimuts n’a rien d’écologique. Quant aux panneaux photovoltaïques chinois, ils sont produits dans des usines dont l’électricité provient de centrales au charbon. Si l’on veut une décarbonisation réelle, la seule solution réside dans le nucléaire. C’est pourquoi je suis un écologiste pro-nucléaire.
Comment jugez-vous la politique actuelle de réindustrialisation ?
Elle est tout simplement délirante. Ce n’est pas en déversant des flots d’argent que l’on construit une industrie. Nos dirigeants devraient méditer l’échec du plan Calcul, un projet lancé par Charles de Gaulle en 1966 pour créer une industrie informatique française. Ce fut un puits sans fond car nous n’avions pas en France un Steve Jobs ou un Bill Gates, c’est-à-dire un « homme calcul ». Il faut comprendre une chose fondamentale : l’industrie est une aventure humaine. Au départ, il y a un entrepreneur qui souhaite réaliser un projet et qui trouve ensuite l’argent pour le financer. Le contraire est voué à l’échec. Au lieu de distribuer de l’argent, nous ferions mieux d’arrêter d’empêcher les industriels de produire, arrêter de leur imposer une montagne de normes.
Aujourd’hui, la politique de réindustrialisation est un jeu intellectuel qui se résume à des souhaits : il faudrait faire ceci ou cela. Mais qui veut faire ? Qui veut développer une industrie de piles pour l’automobile ? Avons-nous en France un monsieur Dassault ou un monsieur Michelin des piles ? Non ! Il n’y a personne. Une industrie ne se développe pas avec des concepts et de l’argent, mais avec des entrepreneurs.
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Emmanuel Macron avec « Choose France » tente de relancer l’industrie par l’investissement étranger. Comment analysez-vous cette action ?
« Choose France » est exactement l’inverse de ce que l’on doit faire si l’on souhaite une industrie forte. Un entrepreneur commence par construire une activité à partir de son marché national. Une fois qu’il est assez puissant, il se tourne vers les marchés extérieurs. « Choose France » repose sur le raisonnement inverse. En faisant appel aux investisseurs étrangers pour développer notre industrie, nous adoptons une attitude de pays sous-développé. Comme nous n’avons plus d’industrie, nous célébrons nos derniers avantages comparatifs : « Venez-vous installer chez nous, on vous fera de l’énergie bon marché, vous toucherez des aides, etc. » En d’autres termes, « Choose France » est une politique financée par les contribuables qui ne sert à rien !
Quel est l’impact du coût de l’énergie sur la production industrielle française ?
Il n’y a pas de développement humain possible sans une énergie abondante, bon marché et souveraine. L’attitude des élites face à cette évidence est de répondre : sobriété ! Or pour moi, sobriété est synonyme de pénurie, c’est-à-dire un choix entre la vie et la mort. Dans le futur, il faudra donc désigner ceux qui pourront vivre et ceux qui devront disparaître. La seule solution pour éviter ce choix dramatique est de revenir au principe vital de l’humanité : énergie abondante, bon marché et souveraine. Il faut donc nous retirer rapidement du tarif européen de l’électricité.





