On peine à faire quelque distinction idéologique entre votre candidature et celle de Jordan Bardella. Incarneriez-vous un « RN des champs » contre le « RN des villes » de Bardella ?
Incontestablement, le RN est le parti de la France périphérique. Cette France des oubliés et des laissés-pour-compte de la mondialisation, à Perpignan plus qu’ailleurs je la comprends. Il faut rappeler que l’histoire de France ne se résume pas à l’histoire de l’Île-de-France. En forme de clin d’œil, je vous dirais que les Armagnacs ont davantage fait la France que d’autres. C’est comme dans tout, il faut être équilibré, mais l’implantation locale du RN devra nécessairement en plus de la France rurale et périphérique, repenser son logiciel d’implantation urbaine. Il y a une sociologie électorale RN qui s’impose à nous. Adaptons nos efforts d’implantation en conséquence.
« Il faut rappeler que l’histoire de France ne se résume pas à l’histoire de l’Île-de-France. En forme de clin d’œil, je vous dirais que les Armagnacs ont davantage fait la France que d’autres »
Louis Aliot
Louis Aliot élu, faut-il s’attendre à des changements au sein du RN ?
Il est clair pour moi que Marine Le Pen doit être candidate à l’élection présidentielle de 2027. Le leader naturel de notre mouvement, c’est elle. Dans les circonstances qui s’ouvrent, ou Marine Le Pen laisse la présidence du parti, nous devons faire place à une plus grande collégialité dans les décisions que nous prenons afin de former et implanter avec succès le mouvement partout en France. Nous devons aussi soutenir nos fédérations locales et mieux former nos cadres. C’est un enjeu vital pour nous. Enfin, nous faisons tous partie de la même famille et devons avoir une bienveillance réciproque. Il est évident que je travaillerai en étroite collaboration avec Jordan et ses amis. Quelles que soient nos préférences, nous faisons partie de la même équipe. Il faudra trouver un équilibre dans l’octroi des responsabilités au sein de l’appareil et démontrer a tous notre capacité à dépasser nos différences. Si je gagne, Jordan sera évidemment premier vice-président et ses soutiens intégrés totalement à la future gouvernance. Je le répète : nous ne formons qu’une seule équipe au service de Marine.
Comment diriger le RN sous la présence tutélaire de Marine Le Pen ?
Il n’a jamais été difficile de travailler avec Marine ! C’est plus difficile de gérer les égos et les ambitions démesurées qui peuvent naître ici ou là. Quand on a conscience d’avoir un chef, et c’est le cas avec Marine, on ne se pose pas d’autres questions. On travaille en équipe au bénéfice de l’intérêt général et de la progression de nos idées. Seule cette question est centrale : faire gagner nos idées. Marine est une femme accessible, généreuse, courageuse, avec un fort caractère plus que nécessaire à cette place-là et une grosse capacité de travail. Le plus difficile sera de préparer notre mouvement à gouverner le pays et à nouer des alliances utiles pour un large rassemblement.
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Avec 89 députés à l’Assemblée, votre parti est-il traversé de différents courants ? L’histoire récente a montré que des sensibilités différentes se transformaient vite en divergences irréconciliables.
Les 89 députés soutiennent la stratégie que conduit Marine au parlement, qui tend à établir une opposition constructive, prête le moment venu à prendre les responsabilités du gouvernement. À côté de ce groupe parlementaire important, le parti doit pouvoir mobiliser l’ensemble des autres forces qui le composent, des élus des territoires aux militants, le mouvement doit permettre d’élargir l’audience de ce qui se joue au Palais-Bourbon. Mais comme le faisait remarquer Édouard Philippe, tout ne se joue pas au Parlement. La France est plus complexe. Alors oui, il y a des sensibilités, c’est indéniable et c’est salutaire. Nous ne devons pas avoir peur des débats et des confrontations d’idées pour peu qu’elles respectent les parcours et les personnalités de chacun.





