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Louis XX est mort, viva Luis II !

« Les monarchistes devraient parier sur Luis-Alfonso de Borbón, c'est-à-dire Luis II d'Espagne ». Secouée par divers scandales financiers, attaquée par la gauche républicaine et les indépendantistes, l’avenir de la monarchie espagnole est sombre. Certains Espagnols voient dans le prétendant au trône de France un recours.

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Nostalgiques du franquisme, carlistes de la première heure ou encore ultra-monarchistes qui refusent de voir la princesse héritière Léonor monter sur le trône, ils se cherchent un nouveau prince. Pour une fraction d’entre eux, le plus espagnol des prétendants au trône de France est le candidat idéal. Un appel en ce sens est paru récemment dans la presse afin que l’aîné de la maison de Bourbon puisse ceindre la couronne à la place, ou à la mort, de Felipe VI.

C’est une décision de son arrière-grand-père, le roi Alphonse XIII, qui a privé cet aîné de la maison de Bourbon de monter sur le trône. Louis-Alphonse de Bourbon est en effet l’aîné des cousins de Felipe VI, et vit entre Caracas et Madrid où il s’occupe des affaires de son beau-père, Victor Vargas, le banquier vénézuélien du régime Maduro. De France au trône de quoi il prétend aussi depuis la mort tragique de son père en 1989, on ne retient que les rares voyages qu’il effectue dans l’Hexagone, traîné par ses partisans (légitimistes-alphonsistes) dont le passe-temps favori est de vilipender ou de tenter de disqualifier sur les réseaux sociaux la branche rivale des Orléans menée par le prince Jean, comte de Paris. De cette querelle qui perdure depuis 1883, date à laquelle est mort sans postérité Henri V, comte de Chambord, Louis-Alphonse de Bourbon semble n’avoir cure. Titré duc d’Anjou, il préfère s’exprimer en espagnol, et reste plutôt discret dans les médias français qui le classent volontiers dans la catégorie « people », à de rares exceptions près.

Entre le fils du prince Alphonse et de Carmen Franco, fille du général, et la France, c’est un certain « je t’aime, moi non plus » et ses apparitions deviennent de plus en plus rares au grand désespoir de son cousin, le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme qui s’est récemment épanché sur le sujet. En 1989, Louis-Alphonse confessait déjà son peu d’intérêt pour le pays de Louis XIV à Point de Vue. Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et d’Edouard Balladur, le biographe du prince Louis-Alphonse, Daniel de Montplaisir explique que sa brève expérience française n’a pas « renforcé en lui l‘amour de ce pays qui lui a pris sa mère, puis à partir de 1987, lui a volé son père ». Sa nationalité française, Louis-Alphonse la tient de sa grand-mère, Emmanuelle de Dampierre, qui a épousé en 1935 Don Jaime de Borbón, le fils aîné du roi Alphonse XIII. Or, à cette époque, les lois en matière de nationalité française étaient plus strictes qu’aujourd’hui. Elle la perd avec son mariage et n’en demandera pas le maintien malgré son divorce et son remariage en Italie. Il n’existe d’ailleurs aucune trace de réintégration qui aurait fait l’objet d’une publication au Journal officiel. Son fils Alphonse va pourtant se prévaloir en 1986 d’un passeport français avec titulature et prédicats d’Altesse royale afin de démontrer qu’il est bien français par filiation. Une obtention que l’on dit avoir été facilitée par le président Mitterrand et qui continue d’agacer ses détracteurs qui affirment qu’avec cette zone d’ombre d’un demi-siècle, ces Bourbon ne peuvent se prévaloir de leur nationalité française. Un fait qui a été récemment l’objet d’un photomontage humoristique sur la page Facebook des « Memes royalistes ».

La même controverse existe pour son fils qui a reçu son passeport et ses nouveaux papiers d’identité qu’en mars 1989. Son acte de naissance a été modifié étrangement à diverses reprises. De Luis Alfonso de Borbón y Martínez-Bordiú à sa naissance en 1974 à Louis–Alphonse de Borbón en 1994 pour terminer en Louis-Alphonse de Bourbon en 2015, l’obsession de ses partisans à le franciser transpire. Pourtant tout respire l’Espagne chez lui : il y a fait toutes ses études et quand vient le choix de son service militaire (1998), il demande à servir en France mais conformément à la loi sur les binationaux, Paris comme Madrid lui indiquent que c’est son lieu de résidence qui prime. Sur les conseils des Franco, il choisit donc l’armée de l’air à Grenade, expliquant sa fierté d’avoir porté le même uniforme que le défunt duc de Cadix. Il effectuera quelques jours de stage au sein de la marine française dans le cadre d’échanges inter-armées avant de prêter serment au drapeau « sangre y oro », devant un parterre de personnalités, et de l’embrasser. Aux journalistes présents, il fait part de cette « émotion qui l’a étreint comme lorsqu’il a eu son diplôme universitaire ».

Pour les franquistes, carlistes ou ultra monarchistes qui répugnent à voir monter sur le trône une femme, ce Bourbon est le nouveau prince bleu (en référence à la couleur des phalangistes), à la suite de son père, un temps pressenti pour monter sur le trône d’Espagne en lieu et place de Juan Carlos. 

Par ailleurs, Louis-Alphonse assume son double héritage monarchique et franquiste, faisant l’éloge du régime dont son arrière-grand-père a été le dirigeant de 1936 à 1975. Lorsque le gouvernement socialiste a décidé de déterrer le corps du Caudillo, le prince a vu aussi rouge qu’un taureau dans l’arène. De rebondissements en rebondissements, l’Espagne se divise sur le sujet tout comme ses partisans en France s’inquiètent des retombées que cela pourrait avoir sur ses prétentions au trône de France. En juillet 2018, il se rend en famille à la Vallée de Los Caïdos et sous les bras tendus des nostalgiques du franquisme, il descend le parvis du mausolée sous les cris de « Tu es notre roi ». L’Espagne conservatrice en pleine crise politique se cherche une référence. Pour les franquistes, carlistes ou ultra monarchistes qui répugnent à voir monter sur le trône une femme, ce Bourbon est le nouveau prince bleu (en référence à la couleur des phalangistes), à la suite de son père, un temps pressenti pour monter sur le trône d’Espagne en lieu et place de Juan Carlos. 

Récemment, un journal catholique, La Hispanidad, a ouvertement appelé à la montée sur le trône du futur duc de Franco et Grand d’Espagne. « Désormais, si un roi chrétien est recherché pour l’Espagne catholique, on ne peut que se tourner vers l’héritier le plus direct, plutôt que Felipe VI, de la monarchie bourbonienne : Luis Alfonso de Borbón y Martínez-Bordiú, arrière-petit-fils d’Alphonse XIII et de Francisco Franco. C’est un chrétien cohérent, qui n’a pas honte d’en être un et qui a plus de droits dynastiques que quiconque », écrit le journaliste José Eulogio López. 

Ce n’est pas la première fois qu’une telle demande est observée dans la presse espagnole. Déjà en décembre 1990, un groupe de monarchistes madrilènes étaient venus acclamer « Luis II » dans les jardins des Tuileries. Il y a deux ans, un groupuscule d’extrême droite n’a pas hésité à faire de ce Capétien son champion. Outre sa filiation avec le généralissime, il a tout pour plaire aux franquistes tant le duc d’Anjou ne fait pas mystère de son rejet du mariage pour tous de l’euthanasie, de l’avortement et affiche sans complexes sa proximité avec le parti Vox. Pour autant, Louis-Alphonse n’a jamais fait part de ses intentions de ceindre la couronne de son cousin Felipe VI. « Si l’Espagne est unie, c’est bien grâce à la monarchie », a déclaré le prince Luis Alfonso de Borbón y Martínez-Bordiú qui ancre définitivement sa maison dans cette Espagne qui l’a vu naître et où demeurent ses racines.

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