Loustaunau-Lacau : L’ISSEP reprend le flambeau abandonné par la Grande Muette

Alors que les élèves-officiers de Saint-Cyr seraient contraints de renoncer à leur nom de promotion, les étudiants de l’ISSEP, l’institut lancé par Marion Maréchal, ont décidé de placer leur promotion sous le patronage de George Loustaunau-Lacau.

 

La Grande Muette porte décidément bien son nom. Elle n’en finit plus d’avaler des couleuvres. Tandis que le 203e promotion de Saint-Cyr Coëtquidan, placée sous le patronage du commandant Loustaunau-Lacau, pourrait être bientôt débaptisée, sous la pression conjointe du pouvoir politique et des autorités militaires, des officiers rongent leurs freins. Leurs élèves avaient choisi de vénérer un héros français dont le seul tort était de détester autant le totalitarisme communiste que son alter ego nazi. Et d’avoir, il est vrai, publié, dans le cadre de ses activités journalistiques d’avant-guerre, des propos antisémites.

 

Doit-on, dès lors, passer au peigne fin de la censure morale tous les propos qui heurtent nos consciences contemporaines ? Et ne retenir que les profils aseptisés, ne présentant aucune anicroche ? Assurément, Loustaunau-Lacau a tenu des propos antisémites, notamment quand il remet en cause la loyauté des Français juifs. Mais c’était en 1938 et non après la guerre. Et, à compte-là, pourquoi ne pas retirer aussi Voltaire et Rousseau du Panthéon pour leur antisémitisme virulent ? Et pourquoi ne pas débaptiser les nombreuses écoles Jules Ferry, en raison du colonialisme de celui qui invoquait « le droit des races supérieures » ? On le voit, ces positions idéologiques sont intenables et ouvrent une boîte de pandore infinie.

Doit-on, dès lors, passer au peigne fin de la censure morale tous les propos qui heurtent nos consciences contemporaines ?

Dès lors, il est préférable de se fonder sur les actes que sur les propos. Loustaunau-Lacau fut un héros militaire français des deux guerres ainsi qu’un combattant de la Résistance qui fut à l’origine du réseau Alliance avec Marie-Madeleine Fourcade. Un engagement qu’il paiera cher en étant livré à la Gestapo en 1943 puis interrogé cinquante-quatre fois par la SS avant d’être déporté à Mauthausen.

 

En réalité, si son profil gêne autant, c’est qu’il remet en cause une version officielle de l’histoire qui voudrait que les militants de la droite nationaliste aient rejoint la collaboration alors qu’ils étaient majoritaires en 1940 dans les réseaux de résistance, quand les communistes faisaient reparaître L’Humanité grâce aux Allemands à Paris. De plus, cette même résistance pouvait trouver appuis et relais à l’ombre de l’Armistice : c’est ainsi que Loustaunau-Lacau bénéficia de l’aide matérielle et financière de Pétain pour monter ce qui deviendra ensuite le réseau Alliance. L’histoire est décidément plus complexe que ne semblent l’admettre nos censeurs.

 

Dès lors, devant cette dérobade de l’armée qui préfère se soumettre au politiquement correct plutôt que d’honorer la mémoire de nos héros, fussent-ils des personnalités complexes comportant des zones d’ombre, il est heureux de voir les élèves de l’ISSEP, l’institut lancé par Marion Maréchal, se placer sous le haut patronage de Loustaunau-Lacau. D’après nos informations, les élèves de cette promotion devraient expliquer leur geste dans une tribune à paraître demain dans Valeurs actuelles. Une liberté de ton que devraient jalouser beaucoup d’élèves-officiers de Saint-Cyr…

Essayiste

bdumoulin@lincorrect.org

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