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Il est manifeste que la réponse que le gouvernement apporte au mouvement des Gilets jaunes ne suffit pas à le calmer. Est-ce parce que les revendications sont disparates et même parfois saugrenues ? Certes, mais tel n’est pas le fond de l’incompréhension actuelle.
Le drame est que de nombreux Gilets jaunes ne saisissent pas les causes profondes de la situation qui les a amenés à se révolter. Or seule la mise en lumière de celles-ci permet d’espérer une issue positive à la crise actuelle. Mais hélas, il est à craindre que la radicalité d’un tel diagnostic nous mette devant des maux si anciens, objet de si puissants tabous, que seule une politique extrêmement déterminée et courageuse pourra transformer cette crise en occasion au service du bien commun.
L’exaspération face à la hausse des taxes est réelle et doit être entendue mais il serait illusoire de penser que le malaise dont les Gilets jaunes sont le symptôme se limite à cela. La violence des dernières manifestations ne peut être renvoyée aux seuls « casseurs professionnels ». Elle exprime le ras-le-bol de tous ceux qui se sentent marginalisés par le système économique et politique actuel, composite monstrueux de libre-échangisme (pour l’extérieur) et d’étatisme (à l’intérieur). Ces peuples ruraux et périurbains se sentent objet de la condescendance, pour ne pas dire du mépris, des soi-disant « élites » métropolitaines.
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Bref, si comme beaucoup l’ont dit « les Gilets jaunes, c’est la France périphérique », il faut oser nommer les causes structurelles d’un tel mouvement : au premier chef, la politique européenne absurde dans laquelle François Mitterrand a engagé la France dans les années 1980, choix assumé sans sourciller par tous les gouvernements depuis lors.
La bombe a explosé
Comme le montre, après d’autres, Marcel Gauchet dans Comprendre le malheur français (Stock, 2016), le choix d’un euro calé sur le mark, donc trop fort pour l’économie française, joint à la mondialisation du libre-échange, au dogme de la mobilité des capitaux et des personnes ont été et sont source de destruction ou de délocalisation de pans entiers de nos industries et donc de chômage. Mitterrand affolé par la réunification allemande menée tambour battant par Kohl a voulu arrimer l’Allemagne à une Europe économique plus intégrée. Les Allemands ont accepté de se séparer du mark à condition que la nouvelle monnaie en soit le décalque en termes de gouvernance monétaire. Dans le contexte d’une convergence imposée pour des raisons idéologiques, la réunification allemande a donc été financée par le chômage français.
Depuis lors, les dogmes libre-échangistes exposent notre économie à la concurrence mondiale sans pouvoir utiliser l’euro comme vecteur de compétitivité. Il suffit d’ajouter à ces choix (ou à ces non-choix dictés par la peur et le complexe d’infériorité face à la puissance allemande) le développement d’une politique fiscale très lourde, d’une rigidité administrative exponentielle et le maintien de flux migratoires vers la France pour arriver à la création de cette fameuse France périphérique qui, rappelons-le, est majoritaire (60 %).
Il ne s’agit pas de nier les phénomènes de la mondialisation mais de renoncer à la passivité politique, symptôme exemplaire du nihilisme européen actuel.
Ces différentes composantes font système car il faut bien financer le chômage par une redistribution toujours plus lourde et financer l’immigration par l’entretien de l’assistanat (donc par l’impôt et par la dette qui n’est qu’un impôt différé) et la promotion du multiculturalisme, celui-ci créant une insécurité culturelle accroissant l’insécurité économique. L’étatisme fiscaliste et libertaire qui étouffe notre tissu économique, notamment les PME, est donc l’envers du libre-échangisme mondialisé.
Retrouve la maîtrise du destin
Comme le disait très bien Marcel Gauchet voici deux ans, tout ceci « est une bombe politique à retardement dont on ne sait quand elle explosera ». Désormais, on sait. Le pire serait que cette bombe fût de nouveau désamorcée temporairement par des « mesurettes » ne faisant que repousser la solution de fond. En effet, la procrastination et le déni du problème, telle est la ligne suivie systématiquement depuis des décennies par tous les gouvernements dits « de droite » ou « de gauche ».
Si nous voulons réellement changer de politique, il faut préalablement vouloir retrouver la maîtrise de notre destin national.
Les Gilets jaunes, c’est cette immense colère accumulée face aux mensonges de tous ces candidats aux élections présidentielles promettant le « changement » et qui, une fois aux affaires, ne font que gérer les conséquences délétères de choix qu’ils refusent de remettre en cause. Cette impuissance est le résultat d’une servitude volontaire face à une réalité perçue comme inéluctable et nécessaire et dont les noms invoqués magiquement sont construction européenne, ouverture à la mondialisation, etc. Si nous voulons réellement changer de politique, il faut préalablement vouloir retrouver la maîtrise de notre destin national.
Il est donc urgent de profiter de la prochaine campagne des élections européennes (mai 2019) pour objectiver clairement le nœud qui nous asphyxie et promouvoir une autre politique en Europe. La situation internationale et européenne n’a jamais été aussi favorable à cette remise en cause du dogme maastrichtien et de ses implications. Il convient comme le préconise Ligne droite, l’excellent site animé par Bruno Mégret, de travailler à transformer l’Europe en un réel pôle de puissance, sachant enfin protéger la vie économique et culturelle des Européens. Il ne s’agit pas de nier les phénomènes de la mondialisation mais de renoncer à la passivité politique, symptôme exemplaire du nihilisme européen actuel.
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Choisir d’installer des écluses douanières aux frontières de l’Europe, légitimes pour éviter le sabordage social et écologique ; changer le statut et la mission de la Banque Centrale Européenne afin de faire de l’euro un vecteur de compétitivité pour l’ensemble des pays de la zone et non plus le seul vecteur de la puissance allemande ; réformer en profondeur les institutions pour les libérer du diktat technocratique de la Commission européenne ; enfin baisser les charges pénalisant les entreprises françaises (et donc l’emploi) et alléger la bureaucratie soviétique qui paralyse l’initiative et le travail dans notre pays.
Tout cela exigera temps, méthode et surtout courage. Tout cela exigera bien sûr un bras de fer avec l’Allemagne ; donc un gouvernement français sachant puiser sa légitimité dans les mânes du peuple de France en lui exposant en vérité la situation et en lui fixant un cap. Qui peut soutenir qu’une telle détermination de la France ne rencontrerait pas de puissants échos dans d’autres pays européens ? La colère des Gilets jaunes est l’envers d’une espérance. Qui saura convertir celle-là en celle-ci ? [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





