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Mais Zemmour, pourquoi sauver l’école ?

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Publié le

14 janvier 2022

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Invité sur BFM TV, le candidat Éric Zemmour a présenté sa conception de l’éducation, et a donné quelques indications sur son programme dont les conséquences sont claires : à défaut de refaire des Français, son école ne sera qu’un instrument de renforcement de l’État.
Zemmour

Pour justifier son projet de « révolution conservatrice » de l’école, avec « sanctuarisation » et rétablissement de « l’autorité, de l’excellence et de la blouse pour supprimer les inégalités sociales », Zemmour s’autorise de Hannah Arendt, qui aurait dit que « chaque nouvelle génération d’enfants qui naît est une génération de barbares que les adultes doivent civiliser ». C’est déformer d’une façon cavalière le propos de La Crise de l’éducation, et flatter implicitement des adultes qui ne se croyaient pas si « civilisés ». Arendt avertit au début de son essai qu’« une crise ne devient catastrophique que si nous y répondons par des idées toutes faites, c’est-à-dire par des préjugés ». Or, c’est précisément ce que fait Éric Zemmour.

Pour Arendt, l’autorité des adultes n’est pas si naturelle, elle fait fond sur une conception globale que la société romaine a défendue le plus purement, à savoir que l’adulte qui éduque l’enfant le place dans une tradition, l’introduit dans un monde dont il prend la responsabilité. Or, explique Arendt, « [dans le monde moderne] l’autorité a été abolie par les adultes et cela ne peut que signifier une chose : que les adultes refusent d’assumer la responsabilité du monde dans lequel ils ont placé les enfants ».

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Qui a le courage encore de prendre la responsabilité de ce monde si peu semblable au cosmos – beau et ordonné – des Anciens ? Qui veut introduire de légèreté de cœur les « nouveaux venus », les neoi, aux joies des manipulations génétiques, des crises financières, du travail aliéné, de l’obligation de formation perpétuelle pour rester employable ? Qui a encore assez de courage pour vanter les mérites et les joies du monde moderne ? Notre monde est-il si civilisé, et nos enfants sont-ils si barbares de le rejeter ?

Toutefois, sans cette prise de responsabilité pour ce monde, on ne rétablira pas l’autorité, mais la simple coercition. De plus, même si on le voulait, comment prendre cette responsabilité, quand le progrès technique inexorable rend obsolète les savoirs et ceux qui les enseignent à rythme de plus en plus rapide ? C’est louable de souhaiter, comme Éric Zemmour, que les enseignants instruisent et transmettent des savoirs qu’ils aiment. Mais c’est ne pas remarquer que personne ne sait plus quels savoirs ne vont pas être périmés dans deux ans.

C’est louable de souhaiter, comme Éric Zemmour, que les enseignants instruisent et transmettent des savoirs qu’ils aiment. Mais c’est ne pas remarquer que personne ne sait plus quels savoirs ne vont pas être périmés dans deux ans

De plus, le monopole de l’école sur la transmission des savoirs, qui justifiait jusqu’à un certain point l’enfermement obligatoire des jeunes, a volé en éclat depuis quinze ans, avec le développement d’Internet. Si l’on veut apprendre, à portée de clic on a une myriade d’enseignants passionnés, dans tous les domaines. Nombre d’élèves et d’étudiants obtiennent leurs diplômes grâce à ceux-là, plutôt qu’aux profs qu’ils sont obligés d’écouter en classe. 

Et les diplômes justement reflètent de moins en moins l’acquisition d’une compétence réelle, utilisable en dehors de l’école. Ces diplômes ne sont souvent que des conditions arbitraires posés pour l’exercice d’emplois qui exigent des savoirs acquis d’une toute autre manière. Pourquoi faudrait-il avoir le bac pour être vendeur à McDo ? Pourquoi devoir faire un Master pour être instituteur, alors qu’on enseigne des matières élémentaires ? Ivan Illich a déjà fait cette analyse dans Une Société sans école, il y a cinquante ans, et elle n’a pas pris une ride.

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L’école de Zemmour ne referait pas des Français, mais ne serait qu’un instrument de renforcement de l’État – une tentative pour en refonder l’emprise vacillante. Car, comme l’expliquait Ernest Gellner dans Nations et nationalisme, « le monopole de l’éducation légitime est aujourd’hui plus important, plus central [pour la puissance de l’État] que ne l’est le monopole de la violence légitime ». Mais comment ce monopole éducatif pourrait-il être réinstauré aujourd’hui sans violence, ce qui le délégitimera d’emblée ? Agir comme si rien n’avait changé depuis soixante-dix ans dans la diffusion des savoirs, dans la progression de l’obsolescence des métiers, dans la mécanisation de la vie, c’est détruire non pas des « barbares », mais ce « nouvel espoir », ce « ferment nouveau » qu’était pour Arendt chaque nouvelle génération.

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