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Marc Verillotte : Raid et souple à la fois

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Publié le

20 août 2021

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Héros français, Marc Verillotte l’est sans aucun doute. Après une carrière de judoka, il a rejoint les colonnes d’assaut du RAID et a été de toutes les opérations contre les attentats récents. Au point d’échapper de peu aux balles de Mohamed Merah.
Marc_Verillotte©Benjamin_de_Diesbach-1

Quand Marc Verillotte nous reçoit sous la petite véranda de sa demeure, c’est avec un succulent jus de pomme fait maison. L’homme est attable et, naturellement, le tutoiement s’impose. S’engage alors une discussion plus que passionnante : fascinante. Écouter Marc, c’est se replonger dans l’histoire de la dernière décennie : une histoire écrite en lettres de sang et au son de la kalachnikov.

Vous souvenez-vous de ces nuits d’horreur, ces nuits de sidération, ces nuits rythmées par les voix nasillardes des chaînes d’info, cadencées par les noms de « Merah » ou d’« Abdeslam », hantées par les spectres de l’angoisse et de l’insomnie ? Vous souvenez-vous de ces nuits de deuil et de sang ? Marc était là, de l’autre côté de l’écran : c’était l’un de ces anonymes couleur d’ombre, l’une de ces sombres silhouettes marchant en cohorte pour éradiquer le mal. Marc était un membre des colonnes d’assaut du RAID. Après une carrière de judoka couronnée par quatorze sélections internationales, il a endossé l’uniforme des troupes d’élite. Il nous raconte son parcours : « Le judo a été mon sport favori, le RAID a été mon deuxième sport favori… Pendant très longtemps, ç’a été ma vision des choses, car je ne suis pas entré dans la police par vocation mais plutôt dans un esprit de recherche de la performance : arrêter le plus de voyous possible, les plus dangereux possible, comme si c’était un sport. La vocation est venue plus tard, en voyant des victimes. Au RAID, on enjambe des morts, on enjambe des blessés qui hurlent de douleur, on entend des téléphones vibrer dans les poches de personnes qui ne rassureront jamais ceux qui les appellent. On voit l’injustice. Alors ce spectacle affreux te donne la foi, la foi en l’intérêt commun qu’il faut absolument protéger des parasites, des individualistes, des profiteurs et autres tricheurs. Tu finis par ne plus supporter ceux qui ne respectent pas les règles du jeu ».

Le 21 mars 2012, le major frôle la mort. Deux balles tirées par Merah l’atteignent coup sur coup

Ainsi, ce qui n’était qu’un défi est devenu un sacerdoce. Au cours de ses dernières années de service, Marc était en tête de colonne. Son rôle ? Artificier et dépiégeur d’assaut. Un boulot à haut risque : « Pour ouvrir une porte, nous dit-il, on ne peut pas toujours placer les outils de manière sécurisée. Il y a un moment où l’on doit s’exposer, et à ce moment-là, tu te dis : “Pendant les six prochaines secondes, si ça tire, je vais prendre une balle” ». À plusieurs occasions, notre policier compare la prise de risque à un « lancer de dés » – or dans la bouche de Marc, la métaphore du coup de dés est plus limpide, plus saisissante que sous la plume du sibyllin Mallarmé.

Mais à trop jouer sa vie au 421, l’on risque parfois de faire nénette. Le 21 mars 2012, le major frôle la mort. Deux balles tirées par Merah l’atteignent coup sur coup : « Une première dans le casque, ce qui m’a heureusement fait basculer, sinon la deuxième aurait atteint la gorge ». Le second projectile transperce finalement son épaule : « Ça m’a simplement arraché la viande de l’omoplate, narre-t-il sobrement. Après, quand je suis tombé dans l’escalier, il a vidé son chargeur, cinq autres balles, pour essayer de m’avoir par ricochet, mais elles ne m’ont pas touché ». La camarde a laissé passer sa chance : Marc se remet rapidement et part derechef au front. En 2015, il traque les terroristes de Charlie Hebdo puis participe aux opérations de l’Hyper Cacher et du Bataclan, avant de prendre part à l’assaut du 18 novembre à Saint-Denis.

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Après deux décennies de bons et loyaux services, des centaines d’interventions et une légion d’honneur, il tire sa révérence en 2018.Il renoue alors avec le sport qu’il n’avait jamais totalement délaissé : le judo. En vue d’obtenir sa 6e dan, il travaille actuellement un antique kata. Il enchaîne des prises affublées d’imprononçables noms nippons et dont les traductions laissent rêveur : « moulin tournant par la force de l’eau », « courant d’eau du ruisseau »ou encore « averse estivale du soir ». Pour Marc, ces appellations symbolisent « l’amalgame entre le physique et la poétique. On fait tomber l’adversaire, mais poétiquement ».

Le jeune retraité s’engage également dans une activité de conférencier : il intervient sur la gestion du stress – un domaine qu’il connaît mieux que quiconque. « J’avais envie de transmettre mon expérience, explique- t-il. Je pense qu’il ne faut pas uniquement mettre en avant la pensée des cadres. Celle des artisans, des ouvriers, des hommes de terrain doit l’être tout autant. Les monopoles de toutes sortes entraînent des travers. Les monopoles de la parole aussi ». Dans ses interventions mêlant sérieux et traits d’humour, il évoque entre autres la prise de décision sous pression, l’inhibition et la gestion de l’incertitude, à la lumière d’un parcours qui lui a appris non seulement à agir mais aussi à penser l’action, arme au poing ou kimono sur le dos : « À l’entrée de l’INSEP, nous apprend-il, il y a une statue d’Héraclès. Et c’est dommage de réduire le sport à cette statue-là. Ils devraient mettre le Penseur à côté ! »Reste à obtenir l’accord du Musée Rodin.

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