[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1548434556086{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
Le « roi des forains » n’a jamais baissé les bras. À 78 ans, cerné par les contrôles fiscaux, il joue le tout pour le tout. Marcel Campion défie la classe politique pour devenir maire de Paris.
La vie de Marcel Campion commence comme un roman de Zola. Elle se poursuit comme un roman de Balzac. Elle commence dans la peine avec la déportation de son père en 1940 et la mort de sa mère dans un bombardement lorsqu’il avait trois ans. Elle se poursuit sous les lumières, sur les tapis rouges, en compagnie de stars et de politiques.
Lire aussi : Bernard Lugan : Afrique adieu
Les familles d’accueil se succèdent jusqu’au retour du père. Il rentrera brisé par la captivité, tuberculeux et transmettra la maladie à son fils. À douze ans, Marcel fugue et vit pendant deux ans avec les romanichels dans « la zone », l’ancien nom des bidonvilles qui grouillaient autour de Paris. Il y apprend le rempaillage de chaises et l’étamage. « On nous apprenait à travailler. Je ne me suis jamais considéré comme un malheureux, j’avais l’espoir de m’en sortir ».
L’espoir était un antidote à la misère. Dans la France des années 50 où tout est à refaire, Marcel ne voit que des opportunités. À 18 ans, il construit une baraque à frites en face du jardin des Tuileries. Les affaires se développant, il crée un réseau de baraques et se rapproche des foires. Les grandes familles de forains le tiennent à distance.
Le système Campion : une forte dose de culot servie par un courage de mineur.
Marcel et ses commerces restent aux abords, il ne peut s’installer dedans. « En les fréquentant, je me suis aperçu qu’il y avait de grosses faiblesses dans leur business. Les forains attendaient que les municipalités organisent des fêtes et les appellent. Ils ne démarchaient jamais ». À vingt-deux ans, certain d’avoir trouvé le filon, Marcel Campion retourne à l’école.
Assidu aux cours du soir, il apprend à lire et à écrire pour démarcher les trois cents communes aux abords de Paris. Dans ses courriers, il se présente crânement comme le dirigeant d’une vaste organisation. Il propose aux maires d’organiser des fêtes foraines en assumant la charge du coût financier, de l’installation technique et de l’affichage. Le bluff fonctionne, des maires sont intéressés.
https://twitter.com/campion_marcel/status/1082304984539189248
Il se rue chez un gros fabricant qui lui vend à crédit un vieux manège. « À l’époque, je n’avais qu’un camion, j’ai dû faire trente allers-retours pour le déplacer ». En février 1964, Campion et son groupe créent la surprise avec leur première foire : stupeur chez les forains qui ne travaillent pas durant la trêve hivernale. On commence à discerner le système Campion: une forte dose de culot servie par un courage de mineur.
Pendant la journée il tient son manège, le soir il tracte dans les boîtes aux lettres. Ce dynamisme fait rapidement sa notoriété. Deux ans plus tard il achète un nouveau manège, puis deux, enfin il fait construire sa première roue. Le succès lui donne des ailes et des idées. En 1983, il redonne vie à la fête à Neuneu. Pour faire pression sur la Mairie, il fait occuper le Champs-de-Mars.
Lire aussi : [ TRIBUNE ] Pour une vélorution
Chirac lui accorde un terrain dans le bois de Boulogne. Dix ans plus tard, il installe sa grande roue devenue mythique sur la place de la Concorde. « Une grande roue, cela permet de prendre de la hauteur et de voir le monde autrement ». Depuis, l’initiative a été suivie par quatre cents villes dans le monde. La création du marché de Noël en 2008 sur les Champs-Élysées est à la fois l’apogée de Marcel Campion et le début de ses problèmes politico-judiciaires.
Au départ, la mairie de Paris est ravie par la manne financière : deux mille emplois créés et huit cent mille euros de loyer. Jusqu’en 2017 où les élus votent la fin du marché de Noël, devenu une machine à fric médiocre et sans magie. « On dit que ma réputation est sulfureuse alors que ces élus sont des affairistes. Si je ne faisais pas autant de bruit, ils m’auraient déjà remplacé par plus offrant ».
https://www.instagram.com/p/BrFXakpAFwV/
Faire du bruit, Marcel Campion en connaît un rayon. Pour défendre sa profession, il n’hésite pas à faire le coup de poing contre les flics. Ce lobbying façon lutteur de foire ne plaît guère aux élites dirigeantes. Depuis dix ans contrôles fiscaux et perquisitions se multiplient. Bien qu’il n’ait jamais été condamné, on le dit clanique voire mafieux.
Aujourd’hui retraité des fêtes foraines, Marcel Campion se met en campagne pour la mairie de Paris. Avec son style habituel: « Il va falloir que l’on me dise où sont passés les six milliards de dette de la ville ». Les élus visés l’attendent de pied ferme. Mais que celui qui s’avise de faire une Fillon à Campion ait les reins solides: Marcel a des munitions pour tout le monde.
À ceux qui sont restés propres et purs tout au long de leur vie, Émile Zola adressait ces mots: « Quels gredins que les honnêtes gens! » Campion est comme sa grande roue. Indéboulonnable[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





