Marche pour la vie : « On ne veut pas s’en foutre de ce que vivent les femmes »

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La « Marche pour la vie » sera cette année aux couleurs de l’Argentine, qui a rejeté la loi légalisant l’avortement en août dernier. Entre 30. 000 et 50. 000 participants sont attendus dans les rues parisiennes le 20 janvier. Entretien avec Adélaïde Pouchol, porte-parole de la « Marche pour la vie ».

 

 

Dans quelle actualité s’inscrit la « Marche pour la vie » cette année ?

 

Il y a d’abord l’Argentine : le Sénat argentin a refusé la légalisation de l’IVG. Pour nous, c’est important d’en parler en France. Les opposants nous disent souvent comme une fatalité « on est en 2019 ! ». Justement, en 2019, il est grand temps de remettre en cause l’avortement, et on peut le faire politiquement.

Il y a également l’actualité liée à la liberté de conscience. Depuis un an déjà, avec la loi sur le délit d’entrave numérique à l’IVG, la liberté de conscience n’est pas respectée, puisqu’on n’a pas le droit de dire ce qu’on pense de l’avortement.

 

« On a longtemps marché pour les enfants qui sont tués dans le sein de leur mère, maintenant, on marche aussi pour les médecins. » Adélaïde Pouchol

 

Il y a aussi cette proposition de loi de Laurence Rossignol pour supprimer la clause de conscience spécifique liée à l’avortement pour les professionnels de santé. Pour nous c’est gravissime, puisque les médecins sont comme une sorte de fonctionnaires de la puissance publique, avec tout ce que la « puissance » peut avoir d’oppressant. On a longtemps marché pour les enfants qui sont tués dans le sein de leur mère, maintenant, on marche aussi pour les médecins.

 

 

La « Marche pour la vie » invite cette année un sénateur argentin, Mario R. Fiad, qui a présidé la commission du sénat argentin sur la proposition de loi sur l’avortement. L’Argentine a rejeté la loi sur l’avortement. Qu’est-ce qui est marquant ?

 

D’un point de vue français, on voit qu’en 2019, la question de l’avortement peut encore être posée. En France, le débat n’est pas possible. C’est la grande spécialité de Marlène Schiappa : elle associe exprès la question de l’avortement avec des questions absurdes comme le droit de cuissage, ou la peine de mort. Ce sont des procédés rhétoriques extrêmement connus mais très efficaces. Ce qui s’est passé en Argentine est la preuve du contraire.

 

Alors que la population argentine n’est majoritairement pas favorable à l’avortement, on a laissé entendre dans les médias français que c’était une mainmise de l’Église, qu’heureusement, les femmes étaient là pour libérer la population. Dans la réalité, merci, les gens sont libres de penser comme ils veulent, et ils n’ont pas eu besoin de l’Église pour vouloir préserver la vie. Le slogan des défenseurs de la vie argentins, « Sauvons les deux vies », devrait être aussi le nôtre, il résume notre ambition.

 

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Aujourd’hui, des Français font le choix de la stérilisation volontaire pour répondre à l’urgence écologique. Les Français ont-ils un problème avec la vie ?

 

En effet. Il y a aujourd’hui une sorte d’écologie fragmentée : on protège une partie du vivant mais pas l’autre.  Je suis très critique envers ceux qui défendent la vie mais sont indifférents à l’égard du reste du vivant. Pourtant, cela reste plus grave de penser qu’il est plus important de protéger les pandas que les embryons humains.

 

Il y a un problème avec la vie qui relève du découragement. On a oublié que pour pouvoir répondre aux problèmes, il faut avoir des humains, parce qu’il faut pouvoir réfléchir, il faut pouvoir agir. Ces stérilisations volontaires sont pour moi l’aboutissement du désespoir.

On le sait aujourd’hui, il y a eu pas mal de vagues de stérilisations massives dans les pays pauvres, et nous en sommes arrivés à le faire nous-mêmes. C’est de la servitude volontaire, du désespoir à l’état pur.

 

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Une marche de riposte féministe s’est montée contre la « Marche pour la vie ». Quel est le clivage profond entre les deux ?

 

Je crois qu’au fond, la question n’est pas d’abord celle de l’avortement en tant que tel. Au fond, nous ne sommes pas d’accord sur la vision de la liberté. C’est la raison pour laquelle le combat contre l’avortement est essentiel. C’est un combat politique : la liberté n’est pas de faire ce qu’on veut. Tuer quelqu’un est un acte répréhensible et tuer quelqu’un n’est jamais bien, même au nom de la liberté. Cela peut paraître basique de dire les choses comme cela mais nous sommes dans la définition même de la liberté.

 

« On ne veut pas s’en foutre de ce que vivent les femmes. » Adélaïde Pouchol

 

Toutes les personnes qui promeuvent l’avortement ne cessent de dire « c’est mon corps, c’est ma liberté. Si tu ne veux pas avorter, ne le fais pas, mais si je veux avorter, je fais ce que je veux. » C’est cela une société ? C’est un groupe d’humains où l’on pense que notre acte n’a aucune conséquence sur les autres ? Notre combat se situe là : nous pensons que la liberté, c’est d’abord de faire le bien. Et nous sommes soucieux du bien commun, car ce que l’on fait a forcément des répercussions sur le reste de la société. On ne veut pas s’en foutre de ce que vivent les femmes.

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mdonoy@lincorrect.org

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