Quel que soit le bord politique auquel on se tient, il est difficile de ne pas savoir qui est Marsault. Selon que l’on demande à gauche ou à droite, Marsault sera au choix un fasciste misogyne à exterminer au plus vite, un type à l’humour rigolo mais parfois lourdingue, ou un franc-tireur contre la pensée unique à la liberté de ton bienvenue. Mais n’est-il pas un peu de tout cela à la fois, et sûrement plus ?
Commençons par son parcours : contrairement à nombre de ses pairs de gauche, Marsault n’est pas un enfant de la balle ou un bourgeois empâté qui dessine pour passer le temps. Après avoir quitté « très tôt » le système éducatif (« Je n’étais pas fait pour l’école »), il « part en formation professionnelle ». « J’ai fait un CAP de maçonnerie. Par la suite, pour gagner ma vie, j’ai fait un peu d’intérim, de l’usine, et cætera », explique-t-il. Il quitte alors la région parisienne pour Rennes, où il travaille notamment à l’usine PSA. Mais voilà, après avoir dessiné toute sa vie, à 20 ans, il décide de « concrétiser sa passion et d’en faire un métier ». Autodidacte, il décide alors de s’y « mettre un peu plus sérieusement », et, de façon lapidaire, conclut : « Et j’en suis là aujourd’hui ».
Véritable enfant de France, il nous confie sa passion pour la variété française, les films de Belmondo, mais aussi Gotlib, Astérix, Tintin
Cependant, comme dirait Vald, « l’histoire est plus complexe » : Marsault publie au départ ses dessins sur Facebook, qui attirent l’attention d’une base de fans grandissante, mais aussi, bien évidemment, internet oblige, de haters qui arrivent à plusieurs reprises à faire supprimer sa page.
Pourtant, si Marsault a orienté ses encrages vers un public généralement classé à droite, pour lui, la question de savoir s’il est un dessinateur politique est « épineuse » : « Je ne suis pas engagé. Disons que je suis juste un Français excédé parmi les autres, mais un Français qui sait dessiner. Donc à partir de là, mon dessin allant à l’encontre de la pensée dominante, cela devient politique, par la force des choses ».
C’est en effet bien là le problème de Cordicopolis, dont la monstruosité et l’outrance sont telles qu’elles poussent tout le monde à bout. Il ne tardera pas avant que Marsault soit repéré par l’ancien éditeur de Maurice G. Dantec, auprès duquel il reste six ans avant de s’enfuir en même temps que Laura Magné, Laurent Obertone et Papacito (avec lequel il aura entre temps produit plusieurs ouvrages).
Vient alors un nouveau projet, un mook trimestriel appelé La Furia, en compagnie des trois trublions, mais aussi d’autres personnalités, telles que Peno, Stéphane Édouard, ou encore Julien Rochedy. Si le projet ne se veut pas « droitard », mais plutôt libre, chouette glaviot punk façon Hara Kiri (avant que le journal ne devienne le funeste Charlie Hebdo), il concentre tout de même des personnalités que nos lecteurs n’auront pas manqué de reconnaître.
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Mais cette liberté a un prix, et ce prix, Marsault le connaît bien : menacé par l’extrême gauche, il a dû faire plusieurs séances de dédicaces sous protection policière, les thuriféraires de la liberté menaçant de lui casser les mains afin qu’il ne puisse plus jamais dessiner. Comme il nous le confie : « maintenant qu’il y a prescription, je peux le dire, on m’a déjà raccompagné avec des mecs armés ».
Peut-être les gauchistes ont-ils encore du mal à différencier l’auteur de son œuvre : car s’il y a bien une chose frappante lorsque l’on rencontre Marsault, c’est qu’à part sa coupe de cheveux (ou plutôt, l’absence d’icelle), il n’a pas grand chose à voir avec son personnage emblématique, Eugène, sorte de sergent-instructeur bourrin qui « breume » à tout va. Tout comme Michel Sardou ne voulait pas vraiment violer des femmes lorsqu’il chantait Les Villes de grande solitude, Marsault ne parle pas en hurlant d’une voix autoritaire.
Véritable enfant de France, il nous confie sa passion pour la variété française, les films de Belmondo, mais aussi Gotlib, Astérix, Tintin. « Je n’ai pas une culture en bédé, ni une culture tout court, très étendue, mais ce n’est pas un souci », avance-t-il. Question cinéma, ne comptez pas sur lui pour faire l’éloge de Ken Loach. « Quand je vois des films avec des vieux ouvriers, moi, c’était ma vie. Je n’ai pas besoin de me réclamer de ça, d’un style de vie, d’un style de livres. Moi, cette vie dure, je l’ai vécue », lance-t-il, avant d’envoyer une pique à un certain chanteur « bourgeois qui se la joue bleu de travail ». « On ne pense à personne, mais Ricard », quoi.
Si Marsault a de nombreux projets à venir, à part La Furia, ils sont hélas tous secrets, et il est impossible de lui décrocher un mot sur le sujet. Mais gageons que les succès seront au rendez-vous.





