Quelle devrait être la priorité actuelle du gouvernement libanais ?
Il faut déjà savoir que le gouvernement actuel est un gouvernement en trompe-l’œil. Il n’a pas vraiment le pouvoir. C’est un gouvernement où on a placé des conseillers des ministres qui se sont succédé ces dix dernières années. Il n’y a aucun changement, et ce gouvernement de façade est accusé par le peuple libanais d’être corrompu, de favoriser le terrorisme et de porter atteinte à la souveraineté du pays. C’est aussi un peu le gouvernement du Hezbollah. Ce sont là les accusations du patriarche maronite, qui, lui, est pourtant très diplomate.
Ce gouvernement de façade est accusé par le peuple libanais d’être corrompu, de favoriser le terrorisme et de porter atteinte à la souveraineté du pays.
Depuis le début de la révolution, il appelle en effet le peuple à ne pas renverser le président de la République et à ne même pas manifester devant le palais présidentiel car c’est un poste chrétien. Aujourd’hui, il appelle toujours au calme même si président de la République manque à ses responsabilités et est totalement asservi par le Hezbollah. Là où l’appel du patriarche se démarque, c’est dans sa défense de la souveraineté du Liban.
En fait, le problème du Liban n’est pas économique. Les difficultés économiques ne sont que des conséquences de turpitudes politiques. Les secteurs qui devraient être subventionnés par l’État comme le blé et le carburant sont pillés par les miliciens du Hezbollah pour aider la Syrie en crise, qui est leur alliée. Les frontières entre le Liban et la Syrie sont en effet toujours poreuses, car le pays de Bachar el-Assad n’applique pas la résolution 15-59 votée il y a quinze ans aux Nations unies qui vise à délimiter la frontière entre les deux pays. Les aides alimentaires des Libanais reçues par l’étranger font aussi l’objet de ces vols du Hezbollah ! C’est aussi le cas des aides en devises envoyées par la diaspora. Le Hezbollah possède même une section spéciale à l’aéroport internationale de Beyrouth. Ce parti possède une mainmise totale sur le pays qu’il met au profit de ses alliés iraniens et syriens.
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Existe-il encore une solution politique à ce problème ou les ennemis du Hezbollah devront-ils prendre les armes pour le chasser du pays ?
Prendre les armes, ce n’est jamais le choix que feront les Libanais en premier lieu, même les chrétiens. La facture humaine de la guerre est encore dans toutes les têtes. Les chrétiens libanais et tous les opposants au Hezbollah veulent mener une bataille politique. Comment se mène-t-elle ? Premièrement, il faut resserrer les rangs : il y a aujourd’hui plusieurs fronts pour la défense de la souveraineté du pays qui se sont formés. Deuxièmement, la diaspora doit se mobiliser à l’étranger pour pousser les Nations unies à faire appliquer la résolution 15-59 et 17-01, qui garantissent respectivement la protection de ses frontières et sa souveraineté. Il y a aussi la révolution qui a certes ses défauts, il y a eu comme pour les Gilets jaunes une branche « black bloc », une branche « France insoumise », mais la cause est là et elle est juste.
S’il y a vraiment des dérapages sécuritaires et si le Hezbollah attaque des quartiers, les chrétiens ne s’engageront pas dans un processus de guerre mais d’auto-défense, afin d’assurer la sécurité de leurs quartiers.
L’Église catholique et la France ont-elle un rôle à jouer dans la protection des chrétiens libanais ?
Bien sûr. L’Œuvre d’Orient a déjà lancé des initiatives pour soutenir les écoles catholiques au Liban. 80 % de l’enseignement au Liban se fait dans ces écoles catholiques, à la fois pour les chrétiens et pour les musulmans.
Jean-Yves Le Drian poursuit la politique traditionnelle de la France de soutien aux établissements catholiques francophones au Liban. Le projet du gouvernement actuel en la matière n’est pas encore lancée mais elle a été annoncée dans un récent discours au Sénat du ministre des Affaires étrangères.
Jean-Yves Le Drian poursuit la politique traditionnelle de la France de soutien aux établissements catholiques francophones au Liban.
Par ailleurs, il y a beaucoup d’initiatives privées pour défendre cet enseignement catholique privé, notamment à Paris et en France. Il y a surtout le soutien du Vatican car l’église maronite qui a fait le Liban fait pleinement partie de l’église catholique. Le Vatican suit de très près l’évolution des événements au Liban et appuie le discours récent du patriarche maronite.





