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Tournée avortée de Bertrand Cantat suite aux pressions, scandale de la venue de Médine au Bataclan, restriction progressive de la liberté d’expression en France : Patrick Eudeline, homme-panthère et gourou rock, évoque ces questions brûlantes pour L’Incorrect d’une manière aussi subtile que directe.
Je n’ai jamais pu supporter Bertrand Cantat, quant à Médine, je vous laisse supposer. Mais tout cela laisse un arrière-goût amer, un mauvais goût dans la bouche. Un goût de censure et d’interdit. Salles qui se retirent, procès imputés à des écrivains, comiques poursuivis, loi anti-fake news à l’horizon qui propose ni plus ni moins que de faire plier Internet de gré ou de force, la liste est longue et l’atmosphère délétère. On a envie de conclure comme le fort rock-and-roll Chateaubriand : « Les excès de la liberté mènent au despotisme; mais les excès de la tyrannie ne mènent qu’à la tyrannie ».
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Mais on ne peut confondre le destin de Cantat avec l’« affaire Médine ». Ce que j’aurais souhaité, personnellement, comme destin, au Jim Morrisson bordelais, c’est une déshérence, des salles vides et des ventes nulles. C’est tout ce que mérite sa poésie affligeante et son image pour la moins désagréable de cogneur de femmes et pervers narcissique. En forçant les salles à annuler la programmation sous la pression, sous le chantage, en le poussant pratiquement à jeter l’éponge, le système pourrait en faire un martyr. C’est lui faire trop d’honneur que de lui offrir une telle stature.
Médine et la taqiya
Le cas Médine, donc, est bien différent. Évacuons d’autorité le prévisible couplet: « C’est une invention de la fachosphère ! Que reproche-t-on à ce rappeur? Il n’a pas arrêté de clamer lui-même qu’il n’était pas un terroriste. C’est de l’islamophobie. » Et d’ailleurs… Son album Jihad ? « C’est le combat intérieur ! », clame-t-il évidemment. Allons donc ! Pourquoi porte-t-il alors sur la pochette du disque incriminé le sabre sacré du combat, l’épée même de Mahomet sur la pochette, le Zulfikar ? Il est écrit sur cette arme de légende que « Tuer un incroyant, c’est gagner son paradis ». Bon. Sinon, il s’est rétracté, une semaine après l’attentat du Bataclan: « Don’t laïque », sa chanson phare, serait une caricature, rien de plus. En fait, contrairement à ses dires, rien n’indique une distance envers son sujet. C’est bel et bien Médine qui parle et harangue. Quand Mick Jagger évoque le « midnight rambler », les flics, certes, ne sont pas venus l’arrêter pour meurtre : le « midnight rambler », ce n’était pas lui. Oui, on sait tout ça. Merci pour la leçon… Mais il suffit de lire le texte de Médine, de relever l’emploi du « nous ». Son « Don’t laïque » est un impératif, une leçon. Nul second degré là-dedans. Il se victimise, criant à l’amalgame ? D’autres chansons, de toute façon, prouvent d’où il nous parle, dans les albums Protest song ou 11 septembre, par exemple. Nous connaissons tous la pratique musulmane de la « taqiya », le double langage institutionnalisé, l’hypocrisie et le déni faits armes. Nous sommes en plein dedans.
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Médine est bel et bien un islamiste pur et dur, proche des frères musulmans, ami intime de Tarik Ramadan, à la fille de six ans déjà voilée. Tout l’indique. Et pas seulement l’association islamiste radicale dont il est l’ambassadeur: le « Havre de savoir ». Il est assez finaud pour savoir comment ne pas être poursuivi et user de métaphores (francs-maçons, illuminati, laïcards, etc., jamais « juifs » ou même « sionistes »). Il n’a pas le courage frontal d’un Dieudonné ou d’un Soral. Il avance en partie caché, afin de pouvoir se dédouaner le cas échéant (la fameuse taqiya). Mais il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour comprendre : ainsi son entreprise de T-shirts vend des maillots avec le portrait ridiculisé d’Anne Frank, ou des slogans anti-Israël. Médine, oui, est un antisémite pur et dur. Cet art de la dissimulation est ce qu’il y a de plus déprimant chez lui, probablement.
Les seules « censures » admissibles sont pour moi celles du public, de la critique et de la postérité
L’Olympia des rappeurs
Le Bataclan est pour les rappeurs ce que l’Olympia fut pour les rockers, visiblement : une consécration. Sa chanson « Bataclan », si souvent citée, n’exprime qu’un seul sentiment, un an après le drame : il veut y jouer! Et zut! Avec cette histoire, on va l’en empêcher, geint-il: « J’ai des flashes de quand je n’étais qu’un enfant / Tout ce que je voulais faire, c’était le Bataclan. » Fort émouvant. On en est tout retourné. Médine, présent sur la scène depuis des années, n’est pas Booba ou Maître Gims. Autoproduit, ne vivant que de ses tournées et de merchandising, cette histoire, quelle qu’en soit l’issue, est pour lui une improbable aubaine. En quelques jours, il est devenu aussi connu que Dieudonné… Orelsan est désormais une star mainstream avec quasi la même recette (et, j’ai du mal à oser la comparaison, que les Stones, Bowie, Doors ou Pistols, jadis, qui tous ont usé du scandale et de la provocation pour s’imposer – leur but n’était néanmoins certes pas de voiler les femmes et de punir les sodomites). Médine était le matin du 18 juin devant Trump et Macron dans les moteurs de recherche. Voilà. Un rappeur a statué : « Tu l’as bien cherché, mais tu l’as pas mérité ». Bien vu.
Poitiers à Paris
Son plan de carrière nous importe peu, mais une chose est sûre, si Médine se produit au Bataclan, ce sera Poitiers. Antifas, LDJ, banlieues, les Identitaires, gauche outrée, tous seront devant la salle pour en découdre. Et salement. Afin que Médine joue, ou pour l’en empêcher. Guerre civile ! Qui parlait de menace à l’ordre public ? C’est une arme ambiguë qui peut permettre les pires censures, mais en ce cas précis, c’est peu de dire qu’elle s’impose. Le préfet aura-t-il une autre solution ? Qui veut voir ces factions ennemies dans la rue ? Ceux qui ont invité Médine au Bataclan avaient interdit de concert, et même de présence dans la salle, les Eagles of Death Metal, parce que Jesse Hugues avait lâché dans une interview que, ce soir-là, il avait vu des trucs louches et qu’il croyait à de possibles complicités au sein du service d’ordre. Pourquoi pas, au fond ? C’est un témoignage de première main et à prendre en tant que tel, mais il n’y a jamais eu d’enquête policière.
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C’est le même Jules Frutos, professionnel aguerri, qui a eu la joyeuse idée d’accepter Médine au milieu de dizaines de noms possibles, rappeurs y compris, établis ou en phase ascendante. En fait, même dans le rap, il ne pouvait pas choisir pire. Médine est, de tous les rappeurs, le plus engagé dans l’islam militant. Pourquoi, alors ? Incompétence, hasard malheureux? « Vivre-ensemblisme » délirant? Frutos prétend avoir du mal à caster des artistes, même si le public répond présent. On a énormément de mal à le croire. Le Bataclan est plus que jamais une salle prestigieuse. À la contenance idéale, ce qui est rare, et qui explique son importance stratégique depuis 50 ans. Alors ?
L’Occident piégé
Mais je m’enflamme, je m’enflamme et je le regrette. J’étais parti pour dire bien autre chose. Cantat out, c’est une nouvelle ambiguë dont on n’est pas sûr de devoir se réjouir. Médine au Bataclan, oui, c’est improbable, c’est une profanation invraisemblable. Mais… Rappelons! Le lynchage de Dieudonné, la censure, le climat actuel de délation, ces procès qui se multiplient contre des intellectuels, le chantage au portefeuille (asphyxie financière…), loi anti-fake news. Oui. Tout cela s’appelle l’État de Dictature. Je suis viscéralement contre toute censure.
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J’ai même une fort nette tendance à soutenir et défendre les stigmatisés, les bannis, les montrés du doigt, à vouloir m’en faire l’avocat. Par principe. L’idée, donc, d’interdire une salle, de faire un procès à un écrivain, tout cela me révulse. Les seules « censures » admissibles sont pour moi celles du public, de la critique et de la postérité. Celle-ci a su rendre à Flaubert ou Baudelaire les fleurs qu’ils méritent. Et c’est donc un fort pervers cadeau que Médine, en osant prétendre jouer au Bataclan, fait à l’Art, à la Liberté. Il veut forcer l’Occident à l’interdire, quitte à en récolter les blés médiatiques. Osons espérer que cela ne soit que de la roublardise.
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