Messeigneurs, balayez (aussi) devant vos parvis

Le réjoui du PAF et gazetier des têtes couronnées, lui-même intronisé héraut du patrimoine, a découvert la pierre philosophale du financement public des joyaux de notre pays : faire payer le public, pardi ! Dans une expression qu’il faut croire digne de la postérité de Prosper Mérimée où il s’inscrit, l’histrion a déclaré : « Il faut d’urgence faire payer l’entrée des cathédrales. » 

 

La puissance de cette prose a tout de go ébranlé l’épiscopat français, qui a répliqué dans un communiqué mon moins travaillé, où il défend « la dimension de gratuité que comporte la proposition de la foi » et où il cite pieusement les canons de la Loi de 1905 . Pressés par leur zèle, cependant, les successeurs des apôtres ont omis d’y citer la sentence définitive du Christ sur ce sujet : « Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce » (Jean II, 16). Et pourtant…

Certes, rares sont les églises dans lesquelles se pratique le négoce, comme la basilique Notre-Dame-de-la-Victoire à Saint-Raphaël, qui consacre une partie de son bas-côté à une boutique ouverte même le dimanche. Mais dans le même temps que la compassée contre-déclaration épiscopale, le touriste parisien peut apprécier l’usage qui est fait des églises de la capitale. Sur la Madeleine, c’est Axa qui pavoise.

 

https://twitter.com/JuanArtHerrera/status/927138616786276352

 

Bien sûr, la cause est humanitaire ; n’est-ce pas là un bel écho au message chrétien ? La très oubliée première encyclique de Benoît XVI, Deus Caritas Est, rappelle que l’activité de l’Église n’est pas humanitaire mais caritative, c’est-à-dire dictée par l’amour qui est Dieu (§30-31). Pour qui considère la distance infinie des corps aux esprits, et « la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité » (Pascal, Pensée 72), il y a plus qu’une nuance de l’un à l’autre. Soyons tout à fait clair, l’injonction d’Axa « Croyez toujours en vous » sur la façade de l’église proclame l’exact inverse de la foi en Dieu dont ce temple témoigne.

Las, ce n’est pas tout. Le même touriste parisien, quittant La Madeleine et remontant le boulevard Malesherbes, arrive quelques centaines de mètres plus loin devant l’église Saint-Augustin, où la scène est autrement forte, puisque cette dernière a disparu, sauf à lever haut le nez pour voir émerger une petite croix au-dessus de la gigantesque bague Boucheron qui a pris sa place. Et là, nul moyen de faire quelque raccord avec le sacrement du mariage…

 

fonds privé LLC

N’est-ce pas détourner les églises en cautions de Mammon ? Messieurs les prélats, ne deviez-vous pas vous émouvoir de cela, qui est affiché aux yeux du monde entier, autant que des élucubrations d’un vague missionné qui suggère de lever une taxe sur la participation au culte ? Il est temps de balayer devant vos parvis !

Homme de lettres

lucien@lincorrect.org

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