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Metal : l’interview croisée d’un chanteur et d’un prêtre

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Publié le

28 août 2018

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Nous nous sommes entretenus avec deux personnalités atypiques du metal. En premier lieu: Rose Hreidmarr, ancien chanteur d’Anorexia Nervosa et personnalité du milieu metal extrême français, et le père Robert Culat.

 

Cette exacerbation du mal relève plus d’une opposition au monde moderne. Rose Hreidmarr

 

Vous avez commencé dans les années 1990. Comment voyez-vous les changements au sein de la scène ?

Le milieu était plus restreint à l’époque, parce que beaucoup moins accessible. Tout a changé avec Internet, et par ailleurs, l’enregistrement des disques s’est démocratisé avec les nouvelles technologies. À l’époque, faire un disque était tellement compliqué et coûtait tellement d’argent qu’il fallait être signé sur un label ou être fils de milliardaire. Maintenant on peut le faire depuis sa chambre. C’est très bien en soi, mais l’effet pervers est que tout est noyé dans la masse.

 

Comment voyez-vous le fait que le metal se retrouve ainsi propulsé dans la culture populaire, entre Rihanna et Lady Gaga ?

À l’époque, il y avait le côté voyou et les gens fantasmaient sur ce qu’il pouvait se passer dans ce milieu. Vu que c’était très exigeant, ça demandait une implication totale, donc on avait des gens extrêmes – pas forcément des fous… Maintenant, on a des administrateurs réseaux complètement inoffensifs.

 

Pensez-vous qu’il soit possible d’être à la fois chrétien et amateur de metal ?

Les liens entre catholicisme et metal ont toujours étés ambivalents. Prenons l’exemple des attaques contre le Hellfest: les catholiques intégristes se trompent d’ennemis. Les attaques anti-chrétiennes des groupes de metal sont plutôt ancrées dans la culture nordique ou américaine protestante, mais l’espèce d’exacerbation du mal qui traverse le metal est quelque chose qui relève plus d’une opposition au monde moderne. Voilà l’adversaire. On refuse la soupe que l’on nous sert… Ces gens-là qui, à seize ans, prétendaient vénérer Satan, se retournent souvent vers le catholicisme, vers le sacré, comme avec le black metal orthodoxe (Ndlr: Batuschka, par exemple). Quoi qu’il en soit, les attaques anti-chrétiennes en France ne viennent pas des métalleux, ce ne sont pas eux qui égorgent des prêtres ou attaquent des salles de concerts à la kalachnikov !

 

Vous participez maintenant à un groupe appelé « Baise Ma Hache »…

Je les ai rejoints il y a deux ans, en arrivant en Savoie. C’est un de ces groupes qui ont plutôt mauvaise presse parce que catalogués « fascistes » par les antifas. Baise Ma Hache est nationaliste et évoque le virilisme, la fraternité, le retour à la terre, toutes ces choses pas très en vogue en ce moment, donc, et rien que pour ça, il se retrouve mis au ban, mais vend néanmoins beaucoup de disques. En France, c’est presque impossible de jouer à moins de participer à des concerts clandestins avec l’adresse donnée à la dernière minute. En revanche, là, nous nous rendons en Finlande dans un festival qui a pignon sur rue et qui n’a pas de problème à nous faire jouer. On voit le deux poids deux mesures…

 

Les fans de metal sont en général les personnes les plus douces du monde. Robert Culat

 

Le Père Robert Culat, qui sert aujourd’hui le Christ au Danemark, apprécie sincèrement un genre musical auquel il a consacré un livre L’Âge du Metal (éd. Camion Blanc, 2007).

 

La musique metal se caractérise avant tout par la violence qu’elle exprime. N’est-ce pas singulier de l’apprécier, pour un prêtre ?

Définir le metal comme une musique essentiellement violente est un raccourci qui ne correspond pas à la réalité d’un style aussi varié. Mais avant d’être un élément de la musique metal, la violence est d’abord une réalité de nos sociétés. Il y a bien sûr la violence des guerres et des conflits, mais aussi la violence d’État, la répression, sans oublier une violence beaucoup plus sournoise qui est celle des puissants de ce monde qui échappent aux lois et à la justice, et qui, par avidité, causent la misère de beaucoup et aggravent la crise écologique. Certains styles de metal incorporent donc cette violence bien réelle en cherchant à la transformer en objet esthétique, même si cette beauté est inhabituelle, voire choquante, car s’exprimant à travers l’agressivité. La violence de la musique et des paroles peut servir à certains de catharsis. Ce qui fait que, paradoxalement, les fans de metal sont en général les personnes les plus
douces et les plus pacifiques du monde !

 

Lire aussi : un catho-tra au hellfest !

 

Comment y avez-vous été initié ?

Avant de découvrir cette musique, j’ai rencontré des métalleux. Depuis 1994, cette rencontre m’a beaucoup apporté, d’abord en échanges humains et culturels avec des personnes souvent très intéressantes. Le metal n’est pas seulement une musique, c’est une famille.

 

Que pensez-vous des attaques subies par le Hellfest de la part de certains chrétiens ?

Ceux qui dénoncent le festival aiment généralement à citer des paroles particulièrement violentes et haineuses de certains groupes à l’égard du christianisme. Ces paroles existent en effet dans certains styles extrêmes de metal. Sont-elles pour autant l’expression d’un culte satanique ? Là est tout le débat et il est loin d’être simple. Je pense qu’il s’agit plutôt d’un antichristianisme très souvent primaire et peu argumenté intellectuellement. S’attacher à dénoncer le Hellfest comme mauvais à partir de ces paroles n’aboutit à rien, car les chrétiens qui s’attaquent au festival oublient que les fans viennent d’abord écouter de la musique et pas des thèses de philosophie religieuse… Je pense, dans la ligne de Paul VI, que le dialogue est toujours préférable à la condamnation et aux essais de censure. Ici au Danemark nous avons un grand festival de Rock/Metal à Roskilde. Un pasteur suédois a créé une équipe de volontaires qui distribuent gratuitement aux festivaliers une « Bible Metal » dans laquelle on trouve des passages de la Bible mais aussi des témoignages de musiciens qui sont croyants. Cela me semble infiniment plus constructif que de lancer des pétitions contre le Hellfest.

 

Le metal serait un genre inoffensif ?

Je ne nie pas que dans certains cas le metal puisse présenter un danger. Si un adolescent en pleine crise personnelle et aux idées suicidaires se met à écouter toute la journée des groupes « sataniques », cela peut contribuer à renforcer son déséquilibre intérieur et sa détresse personnelle… même si le cas contraire est aussi avéré ! Certains ont pu tenir bon en trouvant refuge dans une musique dépressive et pessimiste ou encore violente.

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