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Meurtre, trajectoire vers la perfection

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Publié le

18 septembre 2020

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« L’œuvre dure en tant qu’elle est capable de paraître tout autre que son auteur l’avait faite » Paul Valéry / « La mort est un acte de foi » Lacan / « La visibilité est un piège » Michel Foucault / « C’est la parole qui a tout fait et tout réalisé. J’ai laissé agir la parole » Luther
monory

Votre rapport au réel est défaillant. Votre parole embaumée, toujours tactique, voulant s’inscrire quelque part. Vous avez oublié qu’elle était dangereuse et qu’elle ne se reprenait pas. Vous avez oublié votre besoin de manger du symbolique (Lévi-Strauss) et la découverte de votre image dans le miroir (Lacan). C’est ce putain de symbolique qui constitue l’homme. Le sens est une liberté surveillée. Le non-sens l’a battue. Comme une fatalité. Le sens, jamais définitif, détaché de tout, est suspendu. À force de tout brouiller, nous avons créé une fête triste et funèbre.

Les sacrements sont l’étreinte d’un reste d’art existentiel. Il faut bien trouver un moyen d’expulser l’affection. Nous sommes tous en morceaux. Comme preuve, et parce que les choses sont éternelles et les harmonies acides, allez voir l’exposition Jacques Monory à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence. On y trouve du sexe froid, de la détonation, et des tirs justes. On y déglingue le spectacle en se concentrant au maximum. Le tireur d’élite doit être en parfait accord avec son action.

Pute par l’image, la frivolité est exacerbée jusqu’à l’insupportable. L’effraction est partout, immédiatement déchiffrable, code minimum

La possibilité de la conscience de soi-même se fera au niveau le plus immédiat : on mange, on s’habille, on parle un peu. Tout recule au profit de l’aléatoire. Pute par l’image, la frivolité est exacerbée jusqu’à l’insupportable. L’effraction est partout, immédiatement déchiffrable, code minimum. Le savoir a été remplacé par la propagande ou par ce catéchisme – qui ne consiste qu’à une répétition. Il est bon de voir une valorisation parfaite de l’insignifiant. La vérité est peut-être là. Dans la compréhension de ce que les gens ignorent. D’éclat en éclat. Dans le discontinu. Le fragment est le plus beau trouble-fête.

On ne dira qu’une seule et longue phrase jusqu’à la mort. Le reste ressemblera à des alibis et des déguisements (n’oubliez pas votre putain de masque). Tout s’arrêtera un jour. La mort est la meilleure des promesses. Tout peut arriver et surtout rien. La facilité a créé l’obsession. On a déjoué les codes en entrant en eux. Tout procède plus du néant que de la chair. La négativité est une donnée de l’être. L’élection est une donnée de l’amour. Dieu dit à Israël : « Je te choisis ». Le désir ne manque de rien. On ne manque de rien.

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Nous ne refoulons plus, nous sommes dans le déni. La réforme se fera par l’inertie. Il ne vous reste que la délation. La vérité, elle, est indiscernable. La normalisation a réduit tout espace de liberté. La transgression est finie. On greffe ses obsessions sur les situations. Les regards sont distants et dispersés. On voit ce qu’on veut voir dans la vie comme dans les tableaux. L’intervention simple sur les images entre superpositions, montages et agrandissements. On ruse avec la surface et sa profondeur. Nous sommes dans ce purgatoire absolu, à attendre qu’il n’y ait plus rien à attendre. Espérant encore une plénitude du fond des âges. Déchus avant même d’exister. Nous regardons ces hommes et ces femmes se débattre avec le projet d’une œuvre à faire. « Nos rapports avec les autres relèvent de la balistique », dit Monory. Tirer, tirer, tirer. Rio/Cachan, Guerlain/Guernica. Se libérer de l’aliénation du langage. La puissance se trouve dans un vieux pacte avec l’ascèse.

On agit et on pâtit. L’expérience n’étant jamais à la hauteur des archétypes. L’exact flirte avec le mensonger. On paraît parce qu’on a totalement perdu l’être. Le tir est précis et fulgurant. On se fait son petit shoot émotionnel. On se tient au bord de la fêlure. L’exception fait excès : torcher l’extase. « J’espérais l’extase, je n’ai eu qu’un supplément de détachement » (Monory). Dévoration, sortir gentiment de sa position. Petite suppression pour rester soi-même. Dormir sur une culotte sale. 

L’amour est la politique du christianisme. Mais celui qui veut vivre libre ne craint pas la mort et sait que rien n’est pur. La violence est accueillie au milieu de ce réel infecté par la mauvaise réputation. 

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