La pratique veut que l’Église donne son avis et son approbation sur le choix du président de la commission électorale. D’ailleurs, le poste a été occupé plusieurs fois par des prêtres. Mais cette année, le président Tshisékedi a réussi à imposer son homme. Est-ce un désaveu pour l’Église ?
Je ne vois pas en quoi ça pourrait être assimilé à un désaveu. Les évêques ne sont pas engagés dans une conquête du pouvoir et ne briguent donc pas de mandats politiques. L’Église fait le constat évident que la République démocratique du Congo est un pays immensément riche mais que la répartition de la richesse au profit de tous n’est pas équitable. Et pour cause, les systèmes politiques successifs n’ont pas mis l’homme congolais au cœur de la politique, au cœur des priorités, au cœur de leurs préoccupations premières. Le combat des évêques est de contribuer, en tant qu’acteurs de la société, à la consolidation de la démocratie pour que l’homme congolais profite des richesses de la terre où Dieu a voulu qu’il soit né. Le pape a été clair, en disant que l’Église ne doit pas se taire là où le peuple souffre.
L’Église craint-elle comme beaucoup de Congolais que la prochaine échéance n’ait pas lieu à bonne date ?
On a raison de se questionner sur la faisabilité de la chose et la tenue à bonne date du scrutin. En cela, je partage les craintes des Congolais. Le scrutin peut encore avoir lieu à temps mais cela dépendra de la bonne volonté du pouvoir politique et de la bonne foi des acteurs. Mais puisque l’Église est convaincue que la démocratie est le socle du développement, elle ne manquera pas de contribuer à renforcer cette démocratie. C’est d’autant plus important qu’en 60 ans d’indépendance, notre pays a été souvent très mal géré par les régimes successifs.
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Comment l’Église peut-elle encore jouer sa partition dans le processus électoral ?
À travers sa présence historique et sociale et le rôle qu’elle joue dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la lutte contre la pauvreté, l’Église est un élément important de la société congolaise. L’engagement de la Cenco est soutenu par la population du pays. Elle devrait donc continuer à jouer son rôle dans une société qui a plus que jamais besoin d’elle. Et en cela, elle sera présente pour accompagner le peuple dans le processus électoral.
François est un pape qui suit de près l’actualité du monde et s’en préoccupe. Il soutient sans doute l’engagement politique de l’Église au Congo?
Sans doute. Plusieurs personnalités de l’Église congolaise sont proches de lui. À aucun moment, il ne nous a reproché notre engagement, bien au contraire, il nous suit avec attention et nous porte dans ses prières. Le pape accompagne et soutient l’épiscopat par des messages directs mais aussi des allusions lors de ses angélus et audiences générales. Ma désignation comme chapelain du pontife est sans aucun doute une façon d’encourager le travail et l’engagement des évêques. Je viens aussi de recevoir une équipe venue du Vatican pour préparer son prochain probable voyage dans notre pays. Il s’agit là de signes d’une attention particulière à laquelle nous sommes tous sensibles.
« L’engagement de la Cenco est soutenu par la population du pays »
Mgr Donatien N’Sholé
Félix Tshisékedi vient de boucler trois années à la tête du pays. Quel bilan faites-vous de sa gestion?
L’Église et les évêques n’ayant pas fait un bilan de sa gestion, je ne peux pas me prononcer. Même si à titre personnel, je m’en suis fait mon idée qu’il ne serait pas judicieux d’exprimer ici.
En 2018, l’Église avait déployé 40000 observateurs. Ferez-vous la même chose en 2023?
On y réfléchit. L’observation est un facteur déterminant de la transparence électorale. Nous avons un avantage, nous en avons l’expérience. Il est donc normal que nous le fassions. Peut-être même allons-nous élargir cela à d’autres confessions religieuses, notamment l’Église du Christ au Congo (ECC) qui regroupe les protestants avec qui nous avons eu des positions concertées sur la Commission électorale. Ensemble, dans une dynamique plus large, on y gagne en crédibilité et en efficacité.





