Les propos de Mgr Éric de Moulins-Beaufort sur le secret de la confession ont déclenché une polémique et de nombreuses attaques. Pouvez-vous rappeler en quoi le sacrement de la confession est indissociable du secret ?
On est dans un ordre qui est au-delà du secret professionnel, que le droit permet de lever dans certaines circonstances, surtout quand il s’agit d’une faute grave. Le secret de la confession est d’une autre nature : c’est la garantie par le droit de l’Église de la confidentialité et de la liberté de la relation du pénitent avec Dieu lui-même – et non pas seulement avec un professionnel de santé morale. Le prêtre n’a pas barre sur cette relation de conscience de la personne qui s’adresse à Dieu dans sa demande de pardon. On ne peut donc pas y toucher. Le prêtre n’est pas le maître dans la relation ; il est le ministre, le serviteur, l’instrument de cette relation très spéciale de l’homme avec Dieu. On est bien au-delà d’une relation purement sociale.
Le secret de la confession est reconnu par le droit français, et ne posait jusqu’ici aucun problème, alors qu’il y a toujours eu des crimes confessés. Sous quel statut juridique cette acceptation se faisait-elle ?
Il y a une jurisprudence qui fait que la République française (comme l’a d’ailleurs souligné Mgr de Moulins-Beaufort dans son communiqué) a toujours respecté le secret de la confession qui touche à la liberté de conscience. L’Église est au service de la conscience. Cela pourrait ne pas être compris dans le monde d’aujourd’hui, surtout avec les scandales qui nous éclaboussent. Pour autant, cela ne veut pas dire que l’on n’aide pas – pour ce qui est de la part humaine du sacrement – le pénitent à parler dans un autre contexte.
Il s’agit de la relation entre le croyant et Dieu, sur laquelle nous, ministres du culte, n’avons pas barre
Le secret de la confession est donc lié à la liberté de conscience. Il implique un facteur proprement religieux qui n’est pas inhérent aux lois de la République, surtout dans le contexte de la laïcité où l’Église et l’État sont séparés. D’ailleurs, l’article premier de la Constitution garantie non seulement la liberté religieuse, mais aussi la liberté de conscience. Et c’est là que l’on se situe d’un point de vue juridique. Il s’agit de la relation entre le croyant et Dieu, sur laquelle nous, ministres du culte, n’avons pas barre. Nous ne sommes que « ministres », c’est-à-dire au service de cette relation. Le pénitent ne vient pas voir le prêtre comme il irait voir un professionnel qui aurait la possibilité de résoudre tous ses problèmes. Il vient voir le Seigneur lui-même qui est source de guérison intérieure à travers le prêtre.
Beaucoup de catholiques ont été heurtés par la « convocation » de Mgr Éric de Moulins-Beaufort par Gérald Darmanin. Avez-vous été choqué par cette convocation ?
J’ai surtout été surpris. Lorsqu’un évêque s’exprime sur ce qui appartient au domaine cultuel, en principe séparé de l’État qui n’a aucune autorité sur l’organisation du culte, il me paraît anormal qu’il soit « convoqué » pour rendre des comptes au ministre de l’Intérieur. Mgr de Moulins-Beaufort a préféré parler d’une « invitation ». Une « invitation » à discuter, échanger, dialoguer me paraîtrait en effet comme quelque chose de plus normal. Lorsque le président de la Conférence des évêques de France parle du secret de la confession, il parle de quelque chose qui appartient au domaine du culte, sous sa seule responsabilité. Il n’est pas un simple fonctionnaire de l’État et en ce sens, il n’a pas à être convoqué comme tel.
Certains profitent de cette polémique pour faire un parallèle grossier avec le séparatisme islamique. Que leur répondez-vous ?
Cela n’a rien à voir. Le séparatisme islamique désigne le fait pour une communauté, en l’occurrence la communauté musulmane, de vouloir mettre en danger l’ordre public. Ce terme évoque une menace claire sur l’ordre public, et une manière parfois très violente de se séparer de la vie sociale. Concernant le secret de la confession, il s’agit de ce qui relève du culte lui-même dont la pratique est garantie par la Constitution.
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L’expression « au-dessus des lois de la République » déclenche systématiquement une hystérie collective, alors que cela est naturel pour un croyant. Cette affaire ne montre-t-elle pas une incompréhension totale du fait religieux par notre époque ?
D’abord l’expression « au-dessus des lois de la République » n’est pas tout à fait appropriée. Il s’agit ici d’une question propre à l’organisation du culte et qui ne relève donc pas du même ordre que lesdites « lois de la République ». Celles-ci ne peuvent pas régir ce qui appartient à la religion, sauf si l’ordre public est remis en cause.
Le prêtre, s’il trahit le secret de la confession, fait l’objet de la peine la plus lourde qui soit dans l’Église. Il est excommunié et réduit à l’état laïc. Mais tout cela est difficile à appréhender dans notre société. Un sondage récent révèle que seulement 49 % des Français croient en un dieu (pas nécessairement le Dieu des chrétiens). Le fait religieux devient donc de plus en plus étranger à la vie de la société, à la vie du monde. Il n’est donc pas étonnant que dans un contexte de sécularisation, la plupart des gens ne comprennent pas ce qu’est le fait religieux. Même si le fait religieux appartient à l’homme et est garanti par la Constitution. Le rapport de la CIASE crée une effervescence dans laquelle les gens ne comprennent pas le principe du secret de la confession qu’ils associent à la loi du silence ou au « secret de famille », et pensent que l’Église essaye encore de cacher des choses, alors que c’est elle qui a commandé ce rapport.





