Les Français sont les plus gros consommateurs de miel d’Europe : 40 000 tonnes de miel sont dégustées chaque année, soit 600 grammes par habitant. Mais seule la moitié de ce miel est produite dans l’hexagone. La France l’importe principalement de trois pays, l’Espagne, l’Ukraine et la Chine. La part de l’Espagne (6 000 tonnes) baisse depuis quelques années au profit de l’Ukraine qui devient le principal fournisseur de la France. Cette importation massive favorise des pratiques malhonnêtes. Certains fournisseurs peu scrupuleux coupent le miel au sirop industriel ou nourrissent artificiellement les abeilles. Et les grandes surfaces françaises, en tirant les prix vers le bas, favorisent ce type de procédés.
Déstabilisés par les grandes surfaces, les apiculteurs subissent par ailleurs les assauts de l’agrochimie : les pesticides sont responsables de la disparition de milliards d’abeilles et, alors que les importations de miel augmentent, le nombre d’apiculteurs français baisse. Ils étaient 84 000 en 1994, ils ne sont plus que 56 000 aujourd’hui.
Sombre constat ! Soyons toutefois optimistes en ce début d’année : la grandeur du métier d’apiculteur attire aujourd’hui les vocations. Les lois de la nature et ses valeurs de simplicité et d’authenticité séduisent les cœurs.
La grandeur du métier d’apiculteur attire aujourd’hui les vocations. Les lois de la nature et ses valeurs de simplicité et d’authenticité séduisent les cœurs
Si les abeilles font partie de la famille des guêpes et des fourmis, contrairement à ces dernières, elles ont une alimentation particulière. Alors que les fourmis passent l’hiver sans se nourrir, les abeilles stockent du miel afin de survivre à la saison froide. Dans la ruche, chaque abeille à son rôle : la nourrice, la nettoyeuse et la gardienne. L’abeille butineuse récolte dans un rayon de cinq kilomètres le nectar des fleurs. L’apiculteur ne prélève qu’une faible partie de la production de miel de la ruche.
Apiculteur depuis 30 ans, Régis Baujard, dirige la société Butimiel. Il possède 700 ruches en Auvergne : « En cinquante ans, le travail de l’apiculteur s’est complètement transformé. Autrefois il suffisait d’avoir des ruches pour faire du miel. Les apiculteurs étaient des paysans qui possédaient quelques ruches dans leurs jardins, ils produisaient le sucre de la famille. Aujourd’hui le travail est beaucoup plus technique. Nous avons souvent les mains dans la ruche et le travail se situe essentiellement avant la récolte ».
Le développement des menaces (pesticides, réchauffement climatique) nécessite une attention accrue. Régis Baujard doit être vigilant aux signes d’affaiblissement de la ruche : mort des abeilles reines, parasites. « Mon travail débute en février alors que la récolte a lieu en mai ».
Le miel récolté est ensuite mis en pot ou transformé en produits dérivés. Baujard réalise la moitié de son chiffre d’affaires dans le domaine du bien-être (savons, crèmes et lotions à base de miel). Les vertus du miel sont en effet multiples : antibactériennes et anti-inflammatoires. « Dans le domaine alimentaire, je produis un vinaigre de miel qui convient parfaitement aux personnes souffrant de brûlures d’estomac ».
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Outre ses vertus thérapeutiques, l’univers du miel possède de vraies valeurs. En 2017, Harold Panhard est producteur de son dans la publicité. Dégoûté par ce monde factice, il décide de s’installer en Bourgogne pour communier avec la nature. « J’ai fait une formation d’apiculteur au bois de Vincennes à Paris durant un an. Rapidement on comprend l’importance de l’environnement dans lequel les abeilles butinent. J’ai appris à reconnaître les fleurs, les plantes et les arbres ».
Être apiculteur, c’est faire une expérience sensorielle : sentir, goûter, toucher, observer la nature. C’est établir des rapports plus simples et plus profonds avec les choses. Peu de mondanités, peu de bavardage mais une quête perpétuelle d’autonomie et de liberté.
Aujourd’hui dirigeant des Abeilles de Bourgogne, Harold Panhard possède trente ruches. « J’ai la chance de vivre dans un environnement protégé de l’agrochimie. Ici il n’y a pas de culture intensive. Mes voisins sont des vaches. Mes abeilles profitent des vergers, des vignes, des tilleuls et des châtaigniers ». Son rêve d’apiculteur, Harold Panhard le communique à ses clients dans sa boutique parisienne (43 rue de Trévise, 75 009, Paris).
Ce rêve d’une vie plus saine est celui de nombreux urbains. Leaya était infirmière en Picardie lorsqu’elle s’est un jour effondrée : « J’ai fait un burn-out, je ne supportais plus la dégradation des conditions de travail à l’hôpital. Pour ma reconversion, j’ai hésité entre une activité de maraîchage ou d’apiculture. Dans le nord de la France, la production de légumes nécessite une serre, soit 10 000 euros d’investissement. L’apiculture est plus abordable ».
Le Rucher de Leaya produit du miel bio de forêt, de fleurs et de ronces. Le but est de valoriser au maximum la récolte de miel afin de ne pas dépasser les 150 ruches. « Le prix d’achat aujourd’hui du miel est de 25 euros le kilo. Quand je le transforme en savon, j’atteins les 70 euros le kilo ». On peut donc atteindre un chiffre d’affaires identique en exploitant moins l’écosystème. Élevage, reproduction des essaims, production de miel, l’apiculture est un artisanat de précision.
Être apiculteur, c’est faire une expérience sensorielle : sentir, goûter, toucher, observer la nature
Dès l’âge de 13 ans, Damien Merit produisait du pollen pour se faire de l’argent de poche. À 20 ans il élève des abeilles reines qu’il vend à d’autres apiculteurs. Depuis trois ans il produit un miel haut de gamme, acheté par des grands restaurants comme l’Atelier Joël Robuchon à Londres.
Dans sa recherche d’excellence, Damien Merit s’inspire du vin. Comme il existe des cuvées parcellaires, l’apiculteur veut récolter des miels issus d’une seule fleur (miel de chèvrefeuille, miel de houx, miel d’origan). Ces miels sont obtenus par le biais de la transhumance. L’apiculteur transporte ses ruches vers des lieux spécifiques. « La transhumance s’effectue au fil des floraisons. Au printemps, les ruches sont installées vers Béziers. Les abeilles bénéficient d’un climat méditerranéen et produisent du miel de garrigue. Durant les fortes chaleurs de l’été, nous les transportons sur les monts du Haut-Languedoc où elles produisent du miel de montagne ».
Porter de l’intérêt à l’apiculture, c’est porter de l’intérêt aux lois de la nature. Des lois qui nous libèrent de la soumission aux fausses valeurs. Il devient urgent de simplifier nos vies pour vivre libre. Assis dans sa cabane au fond des bois, Henry-David Thoreau écrivait dans son journal : « Le sauvage est bien souvent un sage. Notre Indien est bien plus un homme que celui qui habite une ville. Il vit comme un homme, il pense comme un homme, il meurt comme un homme ».





