« Au nègre Joyeux », quand les communistes se la jouent communards

 

Au nègre joyeux » : c’était le nom d’un établissement situé dans le Vè arrondissement de Paris, connu pour avoir probablement été la première chocolaterie de la capitale. Aujourd’hui il n’en subsiste plus qu’une enseigne. Le budget participatif ayant plébiscité sa rénovation, les riverains ne s’attendaient pas ce que le conseil de Paris décide… de la retirer.

 

L’affaire a surpris tout le monde. À commencer par les riverains de la Mouffe, qui découvrent un beau matin qu’au cœur de leur quartier trônait « une présence insultante et blessante », « rappelant les crimes de l’esclavage » selon les propres mots de Raphaëlle Primet, élue communiste du Conseil de Paris. L’objet du scandale ? Un tableau, sur lequel on voit une blanche servie par un noir. Selon la légende, il s’agirait de la duchesse de Berry et de son serviteur nommé Tabor. Et au-dessus, un panneau : « Au nègre joyeux ». Cet assemblage daterait de 1748 et constitue le vestige d’une époque, à deux pas des Arènes de Lutèce. Aucune trace de maltraitance, on y voit sourire un personnage noir debout, vêtu à l’européenne et serviette autour du cou, devant une dame de haute société qui d’ailleurs le lui rend bien.

Parfaitement intégrée au paysage, l’enseigne est l’une de ces mille pièces historiques qui font de Paris, au même titre que Rome ou Istanbul, des musées à ciel ouvert, témoins permanents de l’Histoire commune. Mais avant tout cela, c’est surtout un morceau de l’identité du quartier auquel les habitants tiennent beaucoup.

Le budget participatif de la Ville de Paris, c’est une consultation annuelle des Parisiens organisée par la mairie, pour que la population puisse demander le financement de projets. Il s’agissait d’une promesse de campagne d’Anne Hidalgo. Dans le  Vè arrondissement, la restauration et la pose d’une plaque pédagogique ont été plébiscitées par les habitants en 2016. La demande était parfaitement raisonnable et consensuelle : il s’agissait de restaurer une œuvre appartenant tout de même à la mairie de Paris et inscrite à l’inventaire du musée Carnavalet. D’autre part, le tableau étant régulièrement vandalisé, le fait de placer une plaque explicative permettait de clore les malentendus. Le budget participatif est quelque chose de très respecté par la mairie de Paris, et les exemples de demandes refusées sont rares. Florence Berthout, maire Les Républicains du  Vè arrondissement n’imaginait pas une seconde ce qui allait se produire.

Le groupe Communiste-Front de gauche du conseil de Paris a déposé lors de la séance des 14, 25 et 26 septembre 2017 un amendement glacial : « La plaque n’étant pas en adéquation avec les valeurs antiracistes portées par notre époque et notre Ville, celle-ci ne saurait demeurer dans l’espace public ». Sous la pression, le Conseil a décidé que l’enseigne serait restaurée, puis exposée au musée Carnavalet avec des explications sur le contexte.

Ne pas répéter les erreurs du passé

Une levée de boucliers a immédiatement eu lieu, menée par Florence Berthout qui défendait ses administrés, esuivie largement par des élus de tous bords au Conseil de Paris. Une grande partie des élus est révoltée par l’amendement, dont Bruno Julliard, premier adjoint au Maire de Paris qui a appelé à voter contre l’amendement. Constater l’inadéquation de la plaque avec l’époque et décider de ce fait de la supprimer de l’espace public est en soit absurde. À quelques centaines de mètres, les Arènes de Lutèce ont probablement vu des spectacles cruels et qui nous paraîtraient aujourd’hui odieux ; et pourtant c’est une trace importante du passé antique de la ville et à ce titre un trésor intouchable. De même pour la Conciergerie par exemple. Pourquoi en serait-il autrement de cette enseigne naïve ?

C’est la position adoptée par Sandrine Mees, élue Les écologistes qui est d’accord point pour point avec le projet initial « pour ne pas cacher l’Histoire, mais au contraire pour se souvenir ». Se souvenir est peut-être la clef pour ne pas répéter les erreurs du passé. Un peu comme l’État Allemand qui veut rééditer Mein Kampf pour que le souvenir du nazisme bloque toute possibilité de résurgence. Dans ce cas également, l’œuvre est accompagnée de textes et de témoignages destinés à expliquer l’époque. Par exemple, rappeler que ce sont les Européens qui ont aboli l’esclavage, au terme d’un intense travail intellectuel mené entre autres par l’Église Catholique.

Le fait que l’esclavage ait été une abomination n’est absolument pas le débat. Celui-ci se situe sur le rapport que nous devons entretenir avec notre passé. Sans l’ancrage dans la réalité qui nuance toujours, on donne champ libre à tous ceux qui veulent instrumentaliser l’Histoire au profit de leur communauté de sang ou de pensée. Supprimer une trace historique, c’est supprimer un mot du vocabulaire ; les deux reviennent à appauvrir le jugement. Pour des citoyens éclairés, il paraît peu cohérent de se priver de certaines lumières, même si elles piquent les yeux, comme c’est le cas de cette enseigne.

Journaliste

llecomte@lincorrect.org

Commentaires

  • Robert Patulacci
    28 septembre 2017

    Passionnant ! Excellent article. Il nous en faudrait plus de ce genre. Vive L’Incorrect !

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