Le rapport de synthèse, rendu par le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) à l’issue de la phase de consultation citoyenne des États généraux de la bioéthique, traite de nombreux sujets extrêmement différents, allant du don d’organes aux neurosciences en passant par l’intelligence artificielle et la médecine génomique.
Questions les plus brûlantes médiatiquement, car entrant en résonance avec les mobilisations sociétales des dernières années, les nouvelles techniques de procréation et l’accompagnement de la fin de vie relèvent pourtant désormais beaucoup plus de l’éthique stricto sensu que de la bioéthique. Si ces problématiques seront légitimement au centre des attentions lors de l’examen du projet de loi bioéthique, nous aurions tort d’oublier d’autres sujets soulevés par le CCNE. Certes, il paraît logique que nombre de nos concitoyens n’aient par exemple jamais entendu parler du « neuromarketing » ; mais qui aurait pu imaginer, il y a quelques décennies, que le mariage entre couples de même sexe serait adopté par des dizaines de pays dans le monde, y compris Cuba prochainement ?
Parmi les thèmes abordés, les neurosciences, la médecine génomique, les données et la robotique sont ceux qui stimulent le plus nos imaginaires, rappelant ces grands chefs-d’œuvre visionnaires de la littérature de science- fiction. Songeons donc à L’Ève Future de Villiers de l’Isle Adam qui inventait l’androïde pour satisfaire ses pulsions misogynes, à Cyteen de C.J. Cherryh qui anticipait la création de clones génétiquement modifiés et la généralisation de la reproduction ex utero pour les classes supérieures, à Isaac Asimov qui se faisait père des robots, comme déjà des sciences prédictives, grâce à la maîtrise des données, ou encore, plus méconnu, aux publicités sensorielles et enivrantes pensées par le poly-toxicomane Philip K. Dick pour sa nouvelle Blade Runner. Autant de rêves et de cauchemars fictifs devenus concrets, proches, envisageables à plus ou moins longue échéance, au moins techniquement possibles, dont le CCNE n’a pas fait l’économie dans son rapport.
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Dès lors que la science autorise tous les fantasmes, les questions éthiques doivent nécessairement s’en préoccuper. Ainsi, quand le Comité envisage l’introduction massive de robots pour les services d’aide à la personne, les personnes interrogées se partagent en deux groupes, selon qu’elles souhaitent donner une apparence anthropomorphe à ces machines ou bien accentuer leurs caractéristiques pour éviter tout risque de confusion. Preuve d’un choc générationnel, les aînés pensent qu’il est nécessaire que les robots ressemblent le moins possible à des êtres humains, afin de ne pas biaiser la relation, quand les plus jeunes croient au contraire utile « l’illusion de réciprocité », en donnant un style d’androïde de cinéma à ces machines, à l’image de ce que font présentement les Japonais.
Et si, demain, une intelligence artificielle était plus apte à nous soigner qu’un de nos congénères ? Quid des déserts médicaux ?
Dans le même ordre d’idées, le rapport s’aventure vers les eaux troubles de l’intelligence artificielle. Et si, demain, une intelligence artificielle était plus apte à nous soigner qu’un de nos congénères ? Quid des déserts médicaux ? La technique est-elle une solution pour combler le déficit démographique dans la population de médecins et de soignants ?
Plus baroque encore est la notion de « neuromarketing », évoquée comme un risque potentiel, lié au développement des neurosciences cognitives par les rapporteurs. L’outil pourrait être redoutable, et nul doute que les marques y seront sensibles, puisque le « neuromarketing » consiste en l’étude des mécanismes cérébraux qui interviennent lors d’un achat en vue de la création de stimulus publicitaires plus précis capables de provoquer une pulsion consumériste. De quoi faire frémir…





