USA : ce que cachent les scandales médiatiques

 

donald Trump en donne toujours à son public, multipliant les joutes médiatiques. Ainsi, la tension entre l’exécutif et une partie des joueurs de la NFL révèle une profonde césure identitaire.

 

Meurtris, les Etats-Unis se remettent difficilement des drames des derniers jours, d’un massacre de masse toujours inexpliqué qui aura relancé le débat sur la libre circulation des armes aux incendies en Californie ayant déjà fait plus de 10 victimes. Sujet sensible pour l’administration Trump, les armes divisent profondément l’électorat, les partisans du Président se concentrant ultra-majoritairement dans des régions dénonçant l’« hoplophobie » des libéraux, refusant absolument toute réforme d’un droit perçu comme inaliénable et garanti par le second amendement, d’aucuns diront essentiel et existentiel pour certains Américains qui le comparent au droit de vote.

Pourtant, sans s’immiscer dans une problématique étrangère complexe, il y a une nuance entre le fait de pouvoir posséder une arme de défense et les libertés de certains Etats, dans lesquels un simple citoyen peut posséder un véritable arsenal d’armes automatiques. Que James Paddock ait été, ou non, un islamiste comme le prétend l’Etat islamique, sans que l’enquête n’ait pu établir aucun lien entre ce monstre et l’organisation terroriste, ni même avec le culte islamique, n’a au fond que peu d’importance quant à ce que cela nous dit de l’état présent de l’Amérique et des Américains, plus que jamais divisés, sinon irréconciliables sur de nombreux sujets majeurs, les armes donc, mais aussi le sport professionnel, Hollywood, les « droits des minorités », la place de la religion ou la politique étrangère.

 

Bataille médiatique au sommet entre Donald Trump et la NFL

 

Contrairement à une légende tenace, ces fractures ne sont pas apparues avec la dernière campagne présidentielle américaine. Elles ont simplement été exposées au grand jour, accentuées par la guerre médiatique que se sont livrés les différents organes de presse, notamment en ligne avec Breitbart, Vice, Slate ou le Huffington Post. Révélatrice, la discorde opposant l’administration Trump à de nombreux joueurs de la NFL (ligue de football professionnelle) témoigne d’une profonde « césure identitaire », selon l’expression de Corentin Sellin.

À l’été 2016, Colin Kapepernick, ancien charismatique quaterback des San Franciso 49ers, aujourd’hui « agent libre » en recherche d’un nouveau club, avait posé un genou à terre et refusé d’écouter l’hymne américain, comme le veut pourtant la coutume avant les matchs, en signe de protestation contre les meurtres supposément racistes d’hommes noirs par des policiers blancs, remonté notamment contre l’acquittement des membres des forces de l’ordre de Baltimore impliqués dans la mort de Freddie Gray (parmi lesquels plusieurs afro-américains, soit dit en passant). Cette posture est depuis lors devenue virale. Adoptée par des dizaines de footballeurs professionnels noirs, très nombreux dans ce sport, le « take a knee » exprime la solidarité des condisciples de Colin Kaepernick, que certains croient sans club en raison d’un « blackballed » quand de nombreux observateurs neutres ont souligné la médiocrité générale de ses performances des dernières saisons.

 

 

 

Une césure identitaire

 

Courroucé, voire franchement hors de lui, Donald Trump a réagi au moins de septembre, déclarant« Virez moi ces fils de pute ! » en réaction à cette vague de militantisme afro-américain dans une ligue habituellement peu coutumière du fait. Paradoxalement, le propos fleuri de Donald Trump constituait ce que les observateurs de la vie politique étatsunienne appellent un « smart move ». En effet, un sondage réalisé par CBS News en septembre a montré que près de 52 % des personnes interrogées désapprouvaient le manque de respect à l’hymne national affiché par les grassement payés joueurs de la NFL, contre 38 % approuvant le geste. Mike Pence, vice-président, s’est d’ailleurs levé après que les joueurs ont posé un genou à terre lors d’un match des Colts, quittant le stade accompagné de son épouse. Un coup probablement savamment orchestré, car il ne pouvait ignorer que les joueurs récidiveraient.

Si les derniers sondages ont montré une évolution, de plus en plus d’Américains soutenant les joueurs, la base électorale de l’exécutif y est toujours farouchement opposée. Du reste, les fans les plus fidèles de la NFL, ainsi que du football universitaire qui est encore plus populaire, se trouvent majoritairement dans les Etats du sud, traditionnellement républicains et pro Trump. « The show must go on » ? En clivant, Donald Trump sait pouvoir compter sur des soutiens dévoués, épuisés par l’Eglise du politiquement correct et la dictature des minorités, mais il ouvre le flanc à ceux qui l’accusent de ne pas vraiment gouverner par des mesures concrètes, se contentant de raconter l’Amérique des fantasmes, celle des grands espaces de liberté et des chaînes de montage des usines Ford de Detroit. Une fiction ?

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grobin@lincorrect.org

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