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Nicole Esterolle : « l’art contemporain est de la spéculation intellectuelle et financière »

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Publié le

24 novembre 2017

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Nicole Esterolle vient de faire paraître un ABC de l’art dit contemporain. Derrière ce malicieux pseudo se cache un personnage bien introduit dans le milieu de l’Art contemporain, dont il décrit avec férocité et profondeur les inouïs travers. Rencontre.

 

Tout le monde tourne autour de ce mot tabou, sans s’y risquer : y a-t-il une définition possible et réelle de l’Art contemporain ?

L’art contemporain a pris la suite de l’art moderne. Restera-t-il contemporain encore longtemps ? Sera-t-il plus contemporain demain qu’aujourd’hui ? C’est Marcel Duchamp, ai-je lu récemment dans un petit gratuit culturel lyonnais, qui « a fait basculer l’art moderne en art contemporain »… Tout cela semble évidemment d’une totale et hilarante absurdité et mérite en effet quelques éclaircissements. Disons, pour faire à la fois simple et exact, que pour obtenir le label art contemporain, l’art doit être vidé de toute substance ou mise en forme sensible ou poétique, de tout savoir-faire, de toute invention formelle.  « C’est quand j’ai compris que l’art contemporain n’était pas de l’art que je suis devenu artiste contemporain », a déclaré un jour « l’artiste français internationalement reconnu », Bertrand Lavier. Et c’est pour cela qu’il s’est mis à peindre en blanc des réfrigérateurs déjà blancs, et qu’ainsi, on a beaucoup parlé de lui et qu’il devenu riche et célèbre.

L’art contemporain est donc par définition un trou, une absence d’art, qui va générer un ample et sophistiqué discours pour combler sa béance aspiratrice de mots. L’art dit contemporain, c’est donc du rien, de la négativité, de la dérision, de l’autodérision, de la subversion gratuite, de la provocation spectaculaire, du scandale, etc.  : tous ces ingrédients qui induisent du commentaire, de la communication, de la notoriété, et, au bout du compte de l’argent. L’art dit contemporain, c’est de l’intellect pur, de l’attitude, de la posture et du questionnement sociétal. C’est de la spéculation à la fois intellectuelle et financière. Et c’est justement l’absence de contenu qui lui confère cette légèreté lui permettant d’être international. Car contemporanéité et internationalité y sont indissociables. Le mot contemporain a donc été l’objet d’un détournement d’acception, d’une sorte de hold-up sémantique scandaleux, pour l’usage exclusif d’un type d’art bien spécifique, où le scandale est en effet consubstantiel.

L’art dit contemporain, c’est de l’intellect pur, de l’attitude, de la posture et du questionnement sociétal

Vous le comparez pour son pouvoir de destruction à l’agrochimie. N’est-ce pas un peu exagéré ?

Il y a en effet dans l’art dit contemporain un mépris du circuit court, du « durable », de l’enracinement local, du régional, voire du national, considéré comme nationaliste extrême-droitier et régressif. On n’y pense qu’international, et le jeune post-diplômé des Beaux-Arts   devient vite « émergent sur la scène artistique internationale », à coup de subventions et d’injonctions esthétiques ministérielles, s’apparentant fort aux engrais et pesticides qui détruisent la flore naturelle .

 

   Lire aussi : Snobisme & art contemporain

 

Domestikator, Piotr Pavlenski et autres FIAC : on a l’impression que cette farce n’en finit jamais. Y a-t-il espoir d’en sortir un jour, et comment ?

Les Russes pensaient n’en jamais finir avec le soviétisme. Avec le duchampo-contemporainisme, c’est certes plus compliqué  ; puisque s’y conjuguent les vertus du communisme et du grand capital  ; puisque cette logique dévastatrice est incrustée à tous les étages  : des institutions, du grand marché, de l’enseignement, du cerveau des culturolâtres, etc.  ; puisqu’il existe une omerta et un tabou en effet concernant cette pieuvre dont tout le monde voit bien les ravages mais n’ose en parler parce que terrifié : le terrorisme né de l’intégrisme contemporainiste étant l’exact homologue du religieux. Mais il n’est pas imaginable qu’un jour cet énorme fibrome ne s’autodétruise et ne se néantise dans l’inepte-même qui le constitue

 

 

ABC DE L’ART DIT CONTEMPORAIN

Nicole Esterolle

Jean-Cyrille Godefroy

240 p. – 18 €

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