Mauvaise surprise pour le RN dimanche soir. Malgré des sondages plus que favorables, seul Thierry Mariani prend la première place en PACA avec 36,38 % des voix, devant le président sortant LR Renaud Muselier (31,91 %). Un sondage IFOP révèle que 73 % des électeurs de Marine Le Pen de 2017 ont boudé les urnes pour ce premier tour. Comment expliquer une si faible mobilisation malgré les pronostics ?
On peut parler d’abstention ou participation différentielle. Les électeurs de gauche se sont bien davantage mobilisés que les électeurs du Rassemblement national, notamment en Occitanie. Dans cette région, les sondages donnaient le candidat RN Jean-Paul Garraud en tête à 30%, devant la socialiste Carole Delga (28%) et Aurélien Pradié (LR, 14%). Finalement, c’est Carole Delga qui domine avec 39,57% des voix, devant Jean-Paul Garraud (22,61%) et Pradié (12,19%). Selon Gabriel Robin, directeur de campagne de Garraud [Gabriel Robin est également journaliste à L’Incorrect]: « L’électorat de Carole Delga a bien compris qu’il y avait des avantages à avoir une proximité avec le Président de la région. Notamment pour l’attribution des subventions. Carole Delga a diabolisé le Rassemblement National et la liste de Jean-Paul Garraud, en brandissant la menace de la suppression des subventions aux associations. Cette diabolisation a été reprise par les médias régionaux, via le groupe Midi Libre qui appartient à la famille Baylet, radicale-socialiste ».
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Pour lui, les électeurs du RN, plus portés sur les sujets nationaux, n’ont pas saisi l’importance capitale de ce scrutin en vue de l’élection présidentielle. « Même au-delà des électeurs du RN – je pense à ces électeurs de droite qui ont de la sympathie pour Éric Zemmour – une droite n’a pas compris que s’abstenir lors de cette élection rendait caduc ses revendications face à Macron. Les véritables responsables sont ceux qui ont découragé le peuple durant quinze ans. Le référendum de 2005 n’a pas été respecté, et la Manif pour tous n’a servi à rien malgré l’ampleur de la mobilisation. Découragé de ne pas être entendus malgré de fortes mobilisations, l’électorat de droite a fini par se détourner des urnes ». On peut aussi interpréter cette abstention massive par un « je m’en foutisme » généralisé des Français devant leurs devoirs civiques, les professions de foi et les bulletins de vote non-distribués, mais surtout par la fin du confinement, le beau temps et la réouverture des terrasses.
Malgré tout, une mobilisation en vue du second tour n’est pas impensable. En 2015, Louis Alliot récoltait 650 000 voix au premier tour dans la région, cette fois-ci Garraud n’en a récolté que 350 000. Ces personnes ne s’étant pas volatilisées, il reste une possibilité de victoire pour le candidat RN, à condition de réussir à convaincre les électeurs de se rendre aux urnes. « Lorsque nous faisons un mauvais score au premier ou au second tour des régionales, cela envoie un message catastrophique au pouvoir en place : “l’immigration ce n’est pas important”, “la sécurité ce n’est pas important”, “la désindustrialisation ce n’est pas important”. Il faut que les gens se réveillent, ces élections revêtent une importance capitale dans le devenir de la France », continue Gabriel Robin.
Reste à espérer pour Jean-Paul Garraud et les autres candidats du RN que les électeurs de droite prendront la mesure de ce second tour et surtout le temps d’aller voter entre le pastis et l’aquaponey.
En plus de ceux qui n’ont pas voté, Jean-Paul Garraud espère séduire les électeurs LR, qui n’ont aucun intérêt selon lui à voter pour Aurélien Pradié qui ne constitue aucunement une opposition face au PS. Robin affirme que le groupe LR-UDI au Conseil régional d’Occitanie a voté en faveur de 94% des propositions du PS, y compris sur l’attribution de subventions à SOS Méditerranée, et pour des projets d’éoliennes. Pour le reste, ils se sont abstenus, à l’exception du budget. D’où l’intérêt, selon le directeur de campagne de Jean-Paul Garraud, pour les électeurs LR de se tourner vers un réel parti d’opposition. Reste à espérer pour Jean-Paul Garraud et les autres candidats du RN que les électeurs de droite prendront la mesure de ce second tour et surtout le temps d’aller voter entre le pastis et l’aquaponey.
Aurore Leclerc





