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Olivier Dard : robots après tout

Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à La Sorbonne, a co-dirigé L’homme augmenté en Europe; il est aussi le codirecteur avec Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois du Dictionnaire du progressisme qui vient de paraître au Cerf. Entretien.

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© Calvaire Drach

Pourquoi avoir choisi la période de l’entre deux-guerres en Europe pour parler de l’homme augmenté ?

Il y a différentes raisons. La première tient au fait que l’entre-deux-guerres est réputé concentrer les filiations du transhumanisme actuel – le mot transhumaniste étant employé à la veille du second conflit mondial par Jean Coutrot, ingénieur économiste et fondateur du Centre d’étude des problèmes humains, ancêtre de la Fondation pour l’étude des problèmes humains d’Alexis Carrel. En second lieu, l’entre-deux-guerres est la période d’élection des principales figures de l’homme nouveau totalitaire, qu’il s’agisse du fascisme, du nazisme ou du communisme. Une clarification s’imposait afin d’éviter les généalogies trop faciles et de tomber dans une définition trop extensive du transhumanisme et de l’homme augmenté aujourd’hui associés. S’ils ne sont pas sans liens avec l’entre-deux-guerres, ils n’en sont pas de simples avatars.

Pouvons-nous donner une définition minimale de l’homme augmenté ?

« L’homme augmenté » n’est pas une expression usitée durant l’entre-deux-guerres qui goûte bien davantage celle d’« homme nouveau ». L’homme augmenté peut être considéré comme une de ses variantes. Pour ses promoteurs de l’époque, qui se recrutent à l’échelle du continent européen parmi des intellectuels, des scientifiques, des industriels et des dirigeants politiques, « l’augmentation » de l’homme est réputée l’élever au-delà de sa condition « naturelle ». Pour ce faire, différentes techniques sont convoquées afin de modifier les comportements, les corps ou les aspirations humaines, le tout dans le cadre d’une reconfiguration des rapports entre le politique et le technologique. On songe bien sûr à la refonte des structures politiques, économiques, sociales et culturelles mises en œuvre dans les régimes totalitaires, mais aussi à l’eugénique et à la biopolitique, en vogue alors bien au-delà de ces seuls régimes. J’insisterais surtout sur l’importance de la montée en puissance de la rationalisation. Elle ne se réduit pas à l’organisation scientifique du travail symbolisée par le taylorisme et le travail à la chaîne. Pour Jean Coutrot, la rationalisation doit être « universelle » et concerner l’humanité tout entière. Elle est au service de l’avènement d’un « humanisme scientifique » (terme employé aussi par Julian Huxley) et ce à l’heure des débuts du management et du développement de multiples techniques réputées en mesure de résoudre les « problèmes humains ». [...

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