Skip to content

Pains perdus

Par

Publié le

9 février 2023

Partage

La « crise énergétique » sonne le glas des boulangeries, les seuls petits commerces qui avaient jusqu’à maintenant su résister aux assauts de la grande distribution. Un monde disparaît.
pain perdu

Dans les années 60, de Gaulle avait survolé l’Île-de-France en hélicoptère. Arrivé au-dessus des champs de betterave de la Beauce, il s’était accroupi sur les patins du ventilo, avait poussé bien fort et des entrailles de sa pensée étaient sorties les « villes nouvelles » : Cergy- Pontoise, Marne-la-Vallée, Sénart, Saint-Quentin, Evry (en partie), etc. Tout est moche, tout est toc, tout sent le vieux neuf dans ces villes. Certaines de ces verrues ont été créées sur le principe de l’anhistoricité. Aucune histoire ne doit être présente dans les dénominations de rue ! Surtout aucun nom célébrant l’histoire de France ! Ça pourrait donner des idées malheureuses au citoyen du monde. À Cergy-Pontoise par exemple, on habite « Rue des Gémeaux » ou « Avenue de l’Embellie », mais pas rue Charles Martel. Et sur le faux monument aux morts de la ville, il n’y a qu’un nom : celui du sculpteur !

De toute façon à Cergy, il n’y a aucun commerce authentique ou indépendant (à part les boutiques pour immigrés !). Juste des magasins de chaînes. Cergy-Pontoise, c’est le soleil invaincu du capitalisme de grands groupes. Avec des thuyas autour. À l’extrême opposé du spectre de l’aménagement urbain se trouvent les villes millénaires. De caractère ! Pierres. Chapelles. Histoire. Racines. La terre et les morts. Le panneau avec le nom de la ville dans la langue régionale locale. Le vieux Béziers (Besièrs en occitan), la plus ancienne ville de France, date, par exemple, de 625 avant Jésus-Christ.

C’est bien simple si EDF, l’Urssaf et Macron avaient existé au Crétacé, les dinosaures auraient disparu en moins de deux mois

Au moment où les villes nouvelles sortaient des boyaux du Général, les cités anciennes étaient encore pleines de commerces. Dans une ville bretonne de 2 000 habitants, on a compté jusqu’à 72 bistrots et 6 boucheries-charcuteries ! Les unes après les autres, les grandes surfaces ont avalé ces lieux de socialisation et d’enracinement : les épiceries d’abord, puis les boucheries-charcuteries et les poissonneries, remplacées par le pré-emballé de chez Carrefour. Les librairies-papeteries sont devenues des centres culturels Leclerc et les bijouteries se sont transformées en « Manèges à bijoux » à droite à côté des caisses. Dix grands groupes auront tué deux mille ans de petit commerce !

Dans les bourgs de la France et de la Bretagne éternelle ne restaient donc que deux types de commerces indépendants : les cafés et les boulangeries. Parce que boire chez soi, c’est moche et que le pain de chez Super U est bien dégueulasse. Ces dix dernières années, les bistrots sont arrivés au stade final de leur disparition. Restait les boulangeries. Souvent le dernier commerce ouvert dans le bourg. Jusqu’à la « crise énergétique », hélas. C’est bien simple si EDF, l’Urssaf et Macron avaient existé au Crétacé, les dinosaures auraient disparu en moins de deux mois. À défaut de diplodocus, ces trois grands prédateurs auront fait disparaître les boulangeries en trois factures à 50 zéros. Phénoménal ! Un véritable génocide. Pire que 1 000 astéroïdes ! 80 % d’entre elles devraient fermer d’ici quelques semaines.

Lire aussi : Ode à la baguette

À hurler, à pleurer. Les ours polaires résistent, la baguette tradition sera tombée au champ d’honneur des espèces disparues. Les anciens boulangers, quant à eux, peuvent d’ores et déjà pointer chez Bridor. Des commerces réapparaîtront. Un jour, quand la crise énergétique aura disparu et que Macron sera VRP chez McKinsey. Mais ce seront des chaînes de grands groupes, genre Carrefour contact. Et l’exode urbain s’accélérant, nos petites villes seront bientôt submergées de quartiers nouveaux, devenant progressivement villes nouvelles. Avec l’inévitable zone commerciale à enseignes criardes et les trois éco-quartiers avec des noms de fleurs du Nicaragua.

Finalement, les bouses du Général n’étaient pas une monstruosité datée des Trentes Glorieuses mais l’avant-garde de la France de demain : turbo-colonisée par la grande distribution, anhistorique, faussement écolo, aliénante, la France moche.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest