Celui qui deviendra saint Augustin Zhao Rong, figure de proue des 120 martyrs de Chine, naît modestement en 1746 dans la province du Guizhou, sous le nom de Zhao Rong. On sait peu de choses sur papa et maman, d’extraction paysanne. Le petit Zhao est élevé dans la tradition confucéenne, comme pratiquement tous les enfants de l’Empire du Milieu de cette époque. Pas d’œcuménisme sous la bannière du dragon.
Pour s’extraire de sa condition, et parce que le tissage de paniers ne l’intéressait que modérément, il s’engage dans l’armée pour ses vingt ans. À cette époque, la Chine est la proie d’immenses bouleversements. La dynastie Qing vient de chourer le pouvoir aux Ming, et les Européens débarquent sur les côtes à coups de canon et de comptoirs commerciaux. L’armée tient le pays à coups de conquêtes, notamment au Tibet et en Mongolie, mais ça coûte cher en bonshommes et en or. Zhao, en bon confucéen, se retrouve pris dans ce marasme et fait ce qu’on lui demande, sans trop gamberger.
Peu à peu, les paroles du vieil homme entrent dans son âme, et le voilà assis tous les soirs à côté du Père Dufresse, à boire ses paroles comme on étanche sa soif après une journée dans un désert étouffant
Arrive alors un vieux sage, comme dans toute bonne histoire de héros. Ce vieux sage s’appelle Gabriel Taurin Dufresse, un Français, qui a en plus le bon goût d’être prêtre catholique. Zhao prend ses ordres : il devra escorter ce dangereux séditieux et ses suiveurs jusqu’à Pékin, pour qu’ils y soient emprisonnés. N’ayant probablement rien d’autre à glander de ses journées, il écoute ce vieux prêcheur parler à ses ouailles. Il tend l’oreille, distraitement, pour occuper le temps. Puis un peu moins distraitement. Peu à peu, les paroles du vieil homme entrent dans son âme, et le voilà assis tous les soirs à côté du Père Dufresse, à boire ses paroles comme on étanche sa soif après une journée dans un désert étouffant. On l’imagine sans peine avaler un demi bouché de sa ration au coin du feu le soir, le regard perdu dans l’immensité des paroles du vieux maître. Touché au plus profond de son âme, il demande le baptême au sortir de son voyage initiatique.
Le vieux Père Dufresse baptise alors Zhao, qui décide instantanément d’apporter à toute la Chine ce qu’il a reçu
Le Père Dufresse est mis en prison, mais Zhao ira le voir aussi souvent que possible pendant son catéchuménat. Finalement, l’Empereur passe une bonne nuit et décide de relâcher les prisonniers chrétiens de ses geôles. Le vieux Père Dufresse baptise alors Zhao, qui décide instantanément d’apporter à toute la Chine ce qu’il a reçu. Pas question de s’arrêter en si bon chemin : il deviendra prêtre. Comme beaucoup de futurs saints, il fait ce que la plupart d’entre nous répugnerait à faire même en combinaison et masque : il s’occupe des plus miséreux, des orphelins et des malades, que la guerre crée inévitablement.
Pour continuer dans son chemin vers Dieu, il fait tout cela sans les chansons caritatives ringardes et pourries qu’on nous agite dans les oreilles pour nous tirer de la thune. Non, Zhao s’entoure de missionnaires européens et chinois convertis. Pas de séminaire non plus pour lui : pas le temps. Son éducation de prêtre, il l’aura sur le terrain. Il s’accompagne de prêtres avec qui il se cache dès qu’un officiel chinois pointe le bout de son nez. La Croix de Jésus sert à allumer des bûchers en ce temps-là. Ses efforts payent : à trente-cinq ans, il reçoit le sacrement d’ordination par François Pottier, le vicaire apostolique du Sichuan. Pas le temps, encore, de se reposer sur ses lauriers. Pour Zhao, désormais Père Augustin, il faut retourner sur le terrain. Sa parole convertit et encourage dans l’adversité ; on l’envoie donc au Yunnan, où les officiels s’amusent à faire de la compote de chrétien, pour redonner du moral aux troupes.
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Mais ce genre de lourd prêtre ne peut pas passer inaperçu bien longtemps. Inquiétés par sa street cred, les magistrats organisent de nouvelles rafles de chrétiens. On leur livre le Père Augustin Zhao Rong enchaîné dans leur cour. Les magistrats se foutent allègrement de sa tronche, puis le torturent pour se marrer un peu. Mais pas de quoi impressionner Augustin Zhao, qui a si longtemps prêché sur la Passion du Christ. Habité de l’Esprit Saint, il encaisse. On le jette alors en prison, le genre de prison dans lesquelles il n’y a pas de chauffage ni de télévision ni de ce concept étrange de droits de l’homme. C’est un Augustin malade et soufrant qui s’en va vers le Père éternel quelques jours plus tard, en joie, le 27 janvier 1815. On le fête les 9 juillet, comme figure des 120 martyrs de Chine. Prions pour qu’il veille sur ses enfants spirituels, encore en grande souffrance dans une Chine communiste.





